samedi 28 février 2026
Whisky, fausse monnaie et p'tits monstres en Ecosse
vendredi 27 février 2026
Edgar Rider Howecraft et les bagarres de tavernes du temps jadis
Il se retrouve en effet dans le monde campé dans "Dans les ruines de Serjilla", et retrouve la quête de la tiare du basileus Buscem'a. L'intrigue prend dès lors la forme un peu... informe d'une succession de bagarres bien sanguinolentes que l'écrivain décrit avec un sens certain du spectacle et de l'épique – shooté à l'hyperbole pour faire bon poids.
On retrouve dans ces bagarres mortelles le personnage de Jon le Cimmérien, qu'une femme puissante, Narcissa Thuringwethil, balafrée mais debout, met au défi. Et au fil des pages, la possibilité d'une idylle se dessine entre les deux personnages. Autour d'eux, jusqu'à la bagarre terminale, les cadavres s'entassent.
L'auteur reprend dans "Entre vie et mort" l'idée de faire allusion à tout un tas de gens qui ont gravité autour de Conan le Barbare, au cinéma comme à l'écrit. Ces allusions s'étendent cependant sur ce coup-ci, à l'équipe qui tient la collection Damned elle-même. Derrière les personnages très secondaires de Mhorié et HbHovvon, on devine en effet Patrick Morier-Genoud et Stéphane Bovon, écrivains et piliers de la collection.
Il y a donc pas mal de morts dans "Entre vie et mort", et aussi quelques vivants, heureusement, pour éventuellement prolonger cette saga – laissée en suspens, dans ce roman, par une dernière phrase qui, en suspension à la manière d'un cliffhanger, appelle une suite. Celle-ci trouvera place dans un passé fantasmé au polythéisme de fantaisie, à la violence sans concession, fût-ce à la pudeur.
Edgar Rider Howecraft, Entre vie et mort, Lausanne, Nouvelles Editions Humus, 2025, traduit de l'anglais par Elisa von Göldin Aronowicz, femme féconde, puissante et superbe, et, mon dieu, si sensuelle.
Le site des Nouvelles éditions Humus.
mardi 24 février 2026
Un picaro des temps modernes, en mode mineur
Cartographe? La cartographie de ce personnage ne doit pas grand-chose à la création de cartes de géographie. Elle est plus proche du dessin d'un itinéraire sur un grand papier où les pays et les villes sont indiqués. Justement, Lazare est nanti d'un tel document. Le lecteur le découvre vraiment cartographe lorsqu'il se décide à écrire ses notes de voyage et états d'âme, sentimentalement marqués par une certaine Elena, sur cette carte.
Roadie par excellence, rompu au montage des installations requises pour un concert de rock réussi, Lazare a tout du picaro moderne, personnage bon à rien donc bon à tout, qui va couvrir de grandes distances. En Gil Blas d'aujourd'hui, Lazare trouve les bons plans sur son chemin, se montre filou d'auberge, se mêle à la population dans l'espoir de manger, de boire, de dormir, voire de connaître une bonne fortune.
Tantôt riche, tantôt mendiant, ce picaro n'a cependant pas l'aspect flamboyant de ses ancêtres littéraires. L'auteur rappelle le côté plus prosaïque d'un tel personnage lâché sur les routes: l'espace du temps peu défini du roman qui le porte, Lazare n'a rien d'attirant. On le voit sale jusqu'à dégoûter les femmes du voisinage, sa barbe qu'il faut bien raser parfois, ses vêtements en pagaille – dans ce registre, ses chaussures qui bâillent apparaissent comme un leitmotiv, et tout le reste dit la misère matérielle foncière d'un voyage au jour le jour.
C'est aussi dans cet esprit d'humaine imperfection que l'auteur signale les inquiétudes de ce personnage: assassin presque malgré lui, voleur d'auberge, il attire la police à ses trousses, puis lui échappe. L'auteur en joue, et cela crée du suspens: Lazare va-t-il passer ces frontières garnies de gabelous à puissantes casquettes?
De la rive est de la Méditerranée jusqu'aux confins de la mer Noire, "Le cartographe" retrace un immense voyage, mené au gré du hasard. Outre les picaros, on repère parmi les influences de ce roman un certain Ulysse, et force est de relever que le chien qui accueille Lazare quelque part à Paris rappelle l'animal domestique du roi d'Ithaque. Et comme on est sur la route, on imagine que le fait, pour Lazare, de sauter sur des trains de marchandises ne peut que rappeler le clochard céleste Jack Kerouac.
On garde l'âme voyageuse lorsqu'on referme "Le cartographe", un roman court, dense et doux-amer qui relate une errance riche en rencontres et en péripéties qui se révèlent fécondes pour l'expérience du personnage principal. Celui-ci va en effet trouver, en fin de roman, que sa place n'est pas dans la Ville Lumière: le voilà transformé, reconnaît le lecteur, heureux d'avoir dévoré les 181 pages de ce petit livre aventureux.
Guillame Jan, Le cartographe, Paris, Editions Intervalles, 2011.
dimanche 22 février 2026
Dimanche poétique 731: Amalita Hess
samedi 21 février 2026
Un mort très rock'n'roll au festival
Au cœur de l'intrigue, se trouve Darrell Foster, chanteur vedette adulé partout: une parfaite rock star au top de sa carrière, qu'il pense cependant à interrompre. Tête d'affiche du festival, il est saisi d'un malaise à la fin de son concert. Ce malaise pourrait être imputable à la fatigue des concerts alignés sans fin. Mais voilà: de ce malaise, Darrell Foster meurt, face à un public d'auditeurs nombreux qui pourraient être autant de suspects. Pour le bien-être du lecteur, cependant, l'auteur dirige les forces de police qu'il met en scène vers un nombre réduit de suspects, concentrés entre autres au sein d'un fan club jeune qui échange de manière frénétique sur les forums en ligne.
L'écrivain a le mérite de dépoussiérer les modalités d'enquête. Certes, les policiers qu'il met en scène font leur travail de terrain, s'adjugeant un local pour interroger tout témoin dans les règles de l'art. Mais l'enquête évolue aussi du côté des réseaux sociaux pour faire tomber les masques, sous la conduite d'un personnage qui, de façon brève mais très utile, incarne une fonction encore peu connue dans le monde du roman policier: la forensique numérique. Parce ce que oui: en enquêtant du côté des réseaux sociaux et des fan's clubs en ligne, les policiers vont faire tomber quelques masques, en attendant de trouver le coupable. Un indice? C'est un personnage que le lecteur a bien vu et soupçonné, mais qu'il aura sous-estimé dans cette fonction. Et le voilà attrapé, comme il aime l'être.
Enfin, à un "Bamboulé!" près (ce cri de ralliement originel et endémique, presque attendu, n'y apparaît pas...), l'auteur de "Nuit blanche à Paléo" recrée d'une manière crédible, voire immersive, l'ambiance du Paléo Festival Nyon. Celui-ci a donc ses espaces de camping, sa cuisine cosmopolite qui n'oublie pas le vin blanc vaudois: festivalier enthousiaste, le jeune Oliver en aura sa dose, ce qui va épuiser les nerfs de son demi-frère, le sobre Tom Shapley, détective privé, qui jouera son rôle de témoin en partageant telle ou elle hypothèse. C'est qu'en matière de fausses pistes, suggérées entre autres par un Oliver qui passe maître ès délits de fuite, l'auteur se montre très adroit...
"Nuit blanche à Paléo" est un roman policier solide, capable de se jouer de son lectorat jusqu'à la révélation finale: le coupable fait bel et bien partie de l'entourage de la rock-star Darrell Foster en ce soir de concert, mais ce n'est pas forcément le suspect numéro un. Le premier roman de Cyriel Nghiem est porté par une écriture efficace et captivante. Concernant la victime, l'auteur trouve la bonne manière d'en parler, la plaçant comme un musicien suffisamment universel pour que chaque lecteur, à son tour, puisse imaginer sa propre idole à sa place.
Et en plaçant son intrigue dans un festival qui a su rester jeune, enfin, le romancier a donné à son tour, d'une manière gourmande, un coup de jeune au genre du roman policier de terroir. Autant dire que "Nuit blanche à Paléo", un roman policier parfaitement construit, pourra bien valoir une nuit blanche trépidante à son lectorat!
Cyril Nghiem, Nuit blanche à Paléo, Fribourg, éditions Montsalvens, 2025.
Le site des éditions Montsalvens.
Egalement lu par Rebecca.

mercredi 18 février 2026
"Croissez et multipliez"... à l'infini? Un écrivain interroge
L'essayiste développe une réflexion qui s'ouvre de façon classique sur la corrélation, qu'il juge certaine – études à l'appui – entre le dégagement de CO2 et le réchauffement climatique: il n'y a pas de hasard. On le verra développer l'idée que l'humain est devenu une "espèce invasive": sommes-nous trop nombreux? Il développe aussi, pour la dénoncer, la philosophie du "plus", qui regroupe la croissance individuelle (avoir une voiture plus grosse que celle du voisin) et économique, à travers le PIB, indicateur valorisé.
Fort de ses études en géographie et de son expérience de vie qui est celle d'un aîné qui a vécu au contact de contemporains suffisamment divers, l'auteur devine cependant que le principal obstacle à la contention du réchauffement climatique, c'est l'humain lui-même, de manière presque invariable: l'humain est-il capable de réagir rapidement à ce que l'essayiste considère, non sans anxiété, comme une urgence? La technologie, selon lui, peut apporter son secours, mais il faudra passer par un épisode prolongé de dégagement majeur de CO2 pour s'adapter, par exemple en faisant en sorte que les bâtiments résistent aux événements météorologiques extrêmes que promet l'évolution du climat. Quid, par ailleurs, de l'idée que nous sommes trop d'humains sur Terre? Evoquant entre autres le Planning familial et les changements de mentalités à impulser (le titre du livre renvoie à la Genèse, premier livre de la Bible), l'auteur semble, au fil des pages, un adepte conditionnel de la décroissance de la population mondiale, et aussi d'une économie devenue trop amie du "plus".
L'essayiste est conscient du caractère impopulaire des mesures qu'il faudrait prendre dans l'urgence (et il est permis de lui rétorquer qu'il ne faut jamais décider dans l'urgence...): renoncer à la démocratisation du progrès, instaurer des gouvernements autoritaires, fonctionnant comme nos gouvernements démocratiques en période de covid-19, en composant avec les mécontentements que cela a pu générer – mais un gouvernement autoritaire ne compose pas, il interdit et embastille les porteurs d'opinions divergentes, si argumentées qu'elles soient, et on finit par l'appeler "dictature". Et une autorité forte pulsée par l'impératif de sauver le climat est appelée à devenir du "provisoire qui dure", bien plus que le temps d'une pandémie.
De tout cela, l'essayiste est conscient. Il laisse donc le lecteur face à l'alternative ultime: l'humain peut-il, aujourd'hui encore, s'emparer de la question du climat ou lui faut-il s'en remettre à l'arbitrage de la nature? Face à cette dernière possibilité, la conclusion de l'auteur est dure mais optimiste à sa façon: "Ce serait douloureux, mais ce ne serait pas la fin du monde. Ni celle de l'humanité." En somme: faire ou laisser faire...
Si "Croissez et multipliez" est le fruit d'une réflexion avant tout personnelle née d'un ressenti de jeunesse, donc parfois porteur d'émotions marquées par une urgence qui fait naître une inquiétude pas toujours bonne conseillère (sacrifier la démocratie, vraiment?), ce petit livre constitue aussi, grâce à son argumentation solide et sourcée, un apport synthétique intéressant, évocateur avant tout des limites aux actes possibles qui s'offrent face à ce qui est présenté comme une urgence, aux débats et aux enjeux qui entourent l'évolution du climat.
Gilles de Montmollin, Croissez et multipliez, Chêne-Bourg, BSN Press, 2026.
Le site de Gilles de Montmollin, celui des éditions BSN Press.
lundi 16 février 2026
Du pain et des mystères dans le Gard
Tout tourne en effet autour de quatre personnages dans ce roman: un ambassadeur américain et sa conjointe, et la femme du boulanger, Elodie, que son mari délaisse au profit de la recherche obsessionnelle du pain parfait. En quête d'attention, Elodie va être troublée par Violette, l'épouse de l'ambassadeur: est-ce l'aveu d'une attirance homosexuelle? On y arrive. Mais lorsqu'Elodie entre dans le monde du couple de Violette, elle devra aussi en accepter quelques codes qui lui sont étrangers, par exemple l'histoire de la rencontre de Violette et de son mari, réinventée en fonction des interlocuteurs.
Au centre de ce quatuor, c'est Elodie, la femme délaissée, qu'on découvre, délaissée mais désirante tant envers son propre mari qu'envers Violette, à qui elle écrit des lettres qui constituent, dans "Le pain et le poison", un contrepoint introspectif. Roman d'atmosphères, ce livre a le chic pour installer une ambiance constamment marquée par la sensualité, voire par un érotisme d'atmosphère puissant, soulignée par le constant rappel de la couleur rouge – il y a le rouge à lèvres que l'ambassadeur aime voir sur les lèvres de sa femme, mais pas seulement. Il y aura même un peu de sang...
La description d'ambiances prenantes, d'un érotisme diffus, a pour conséquence que "Le pain et le poison" a cette saveur caractéristique des livres qui imposent qu'on prenne le temps de les lire, lentement, comme au temps où l'on avait vraiment le temps de lire. Comme dans les années 1950, où se situe l'intrigue.
Une intrigue, enfin, qui s'inspire d'une affaire réelle et non élucidée malgré la déclassification de documents, celle du "Pain maudit", survenue en 1951 à Pont-Saint-Esprit (Gard). L'autrice s'interroge, et le lecteur avec elle: verre pilé, additif américain pour rendre la pâte du pain plus blanche? L'ambassadeur américain est peut-être moins débonnaire qu'on ne le croit. Ce que peuvent suggérer, symboliquement, certains appels à l'aide de Violette...
Sophie Mackintosh, Le pain et le poison, Le Bouscat, Editions du Gospel, 2026, traduit de l'anglais par Ninon Chaupy.
Le site de Sophie Mackintosh, celui des éditions du Gospel.
dimanche 15 février 2026
Dimanche poétique 730: Parme Ceriset
samedi 14 février 2026
De l'Irak à Paris, itinéraire d'un converti
Dans son esprit, pourtant, celui qui s'appelait Mohammed Moussaoui partait gagnant, fort de ses préjugés envers les chrétiens de son pays, certain même d'être capable de les convertir. Sa première rencontre avec un chrétien, lors de son service militaire, va le secouer. Cela, à partir de peu de chose: lire le Coran en y réfléchissant quelque peu, puis lire l'Evangile.
Le témoignage de Joseph Fadelle n'occulte rien. Il relate le contexte hostile aux chrétiens qui règne dans les années 1980 en Irak, un contexte qui rend à leur tour méfiantes les quelques communautés chrétiennes qui y subsistent: il n'est pas facile d'y obtenir son baptême, et aucune communauté ne tient à se mettre en danger pour accueillir celui qui reste un inconnu. Cela, sans oublier la corruption, endémique.
La rupture est également consommée avec une famille qui, c'est peu de le dire, ne comprend pas ce choix d'un changement de religion. De son côté, l'auteur de "Le prix à payer" regrette le côté formel et matérialiste de son clan, prêt à payer ou à faire acte de violence pour faire revenir "son" Mohammed Moussaoui au bercail. Face à un narrateur convaincu, ces tentatives peuvent faire figure de tentations quelque peu diaboliques aux yeux du lecteur. Mais le narrateur tient bon, persuadé que le message d'amour et d'espérance de l'Evangile est plus profond, plus sain(t) pour lui et pour les siens.
Persuadé? Certes. Mais l'auteur se montre sincère jusqu'au bout, indiquant dans son témoignage ce que tout croyant profond a sans doute ressenti un jour: le doute est indissociable de la foi, dès lors que la vie l'éprouve. L'écrivain n'en cache rien, rappelle ses moments de péché ainsi que ses accès de désespoir face à la difficulté d'être chrétien en Irak, puis en Jordanie. Il a des alliés ici-bas, cependant, à commencer par son épouse et ses enfants. De belles rencontres le feront avancer aussi, là où il semble qu'il n'y a pas de chemin.
"Le prix à payer" apparaît ainsi comme le beau témoignage, exemplaire diront même certains, d'un homme converti au christianisme dans un contexte résolument hostile. On peut aussi le voir comme la réalisation actuelle de cette invitation du Christ à tout quitter pour Le suivre, même si c'est difficile. Et aussi, enfin, comme un appel fait au lecteur à, simplement, dépasser ses préjugés et ses habitudes pour devenir meilleur. Et ce dernier message s'adresse à tout le monde.
Joseph Fadelle, Le prix à payer, Paris, Editions de l'Œuvre, 2010/Presses Pocket, 2012.
mardi 10 février 2026
Valentin Perrier a-t-il violé?

lundi 9 février 2026
La confession d'un homme chassé
Chassé de chez lui, le personnage qui s'exprime évoque toute une vie, la sienne, avec ses sentiments et ses galères. Le métier de bûcheron qu'il endosse n'est pas le sien, mais il le vit, en dit les techniques et les liens humains qu'il implique.
Se souvenant, il évoque aussi les femmes de sa vie, et aussi cette Christine vers laquelle il craint d'aller, fragilisé par la rupture et travaillé par des zones d'ombre dont il a peur.
Au fil des pages, c'est donc une confession qui se développe, profonde, introspective bien entendu – celle d'un homme qui se demande s'il a pu se tromper quelque part. Celle aussi du ressenti d'une sorte de dieu déchu, soudain rejeté par les femmes – et rejetant à son tour les lèvres tendues de Christine, offrant un baiser au bord d'un lac.
A force d'évoquer avec une profonde sincérité les amours du narrateur, "Départ" est empreint d'une sensualité de tous les instants, dite sans filtre. Cette fête des sens passe cependant aussi par la nature rugueuse du style oral que l'écrivaine recrée pour son personnage principal. Les "ne" des négations s'effacent, les phrases se passent parfois de verbes, les retours à la ligne après peu de mots rythment par moments le récit.
"Départ" est un roman rapide et percutant, travaillé et porteur d'un propos dense. Il explore jusqu'au bout tout ce qu'un homme peut ressentir lorsqu'on le quitte par surprise.
Claire Genoux, Départ, Chêne-Bourg, BSN Press, 2026.
Le site des éditions BSN Press.
dimanche 8 février 2026
Dimanche poétique 729: Joachim du Bellay
vendredi 6 février 2026
Le pape est mort!
La scène d'ouverture de ce roman a dû faire sensation à l'époque: l'écrivain décrit, de manière détaillée mais aussi caricaturale, un office religieux d'adoration à Lucifer. San-Antonio y participe parce qu'il a deux ou trois questions à poser à celui qui mène l'office, "pape" de cette anti-religion, par rapport à deux défunts retrouvés avec des photos de propagande sur eux. Mais ce pape est-il vraiment le maître du jeu?
A grand renfort de coups de théâtre et de retournements de situation (dont la mort du pape, justement – c'était à prévoir), l'écrivain sait surprendre son lectorat; quant au personnage de San-Antonio, il va épater son entourage professionnel. Un entourage qui n'a pas encore pris la forme familière qu'on lui connaît: pour cet épisode, Bérurier reste hors jeu et c'est un certain Georgel qui accompagne l'inspecteur. Un Georgel pas très futé, et surtout peu enclin à collaborer: San-Antonio et Georgel ne sont pas de la même section de la police.
Le lecteur relève du reste, de manière générale, que l'entourage du personnage principal est globalement assez gris, et San-Antonio, observateur impitoyable de ses semblables, n'en fait pas mystère. Il est permis de trouver le commissaire un peu hautain, pour le coup.
Ce cher San-Antonio, d'ailleurs... certes, c'est un homme à femmes, on le reconnaît au fil des pages, et l'auteur lui prête 35 ans. Mais cela ne paraît pas spécialement obsessionnel dans "C'est mort et ça ne sait pas": s'il courtise une secrétaire et s'il va au déduit avec elle, c'est parce qu'il est sincèrement épris, ne serait-ce que pour une nuit, et qu'il souhaite lui soutirer quelques informations mine de rien. Sa tête reste froide... et quitte à pousser un peu un désir de toutes façons déjà installé, tout le monde sera content. Un poil transactionnel? Pas faux, mais du moment que tout le monde y trouve son compte, hein...!
Mais il convient de relever que dans cet épisode, on voit surtout un San-Antonio qui ne recule jamais devant la castagne, entre autres pour amener tel ou tel suspect ou témoin à résipiscence.
On n'est pas non plus encore dans le monde langagier novateur qu'on prête à San-Antonio dans "C'est mort et ça ne sait pas": l'écriture est certes canaille, mais pour l'essentiel, plutôt que d'inventer à tout va, elle recherche sa musique dans les argots pratiqués à Paris: un peu de javanais, de la poésie gouailleuse, et quelques calembours pour faire bon poids.
Après avoir refermé "C'est mort et ça ne sait pas", le lecteur garde le souvenir d'un roman policier classique d'une habileté consommée, qui part d'une secte anecdotique pour trouver in extremis la clé du mystère dans des relations politiques internationales de haut vol. C'est aussi un produit de son temps: l'approche des femmes a un côté conquérant qui n'a plus guère cours aujourd'hui, et les clins d'œil artistiques renvoient aux célébrités alors à la mode, Gina Lollobrigida par exemple. Enfin, c'est un texte qui se lit rapidement, frénétique et plein de surprises. Et où l'on rit beaucoup, y compris avec les personnages.
San-Antonio, C'est mort et ça ne sait pas, Paris, Fleuve Noir, 1955. Avec une page de publicité intercalée pour "Le Standinge", du même auteur.
Le site des éditions Fleuve Noir.
Egalement lu par Eireann Yvon, Pierre Faverolle.
Et je fais coup double...
jeudi 5 février 2026
Quand un "like" fait le tour du monde... c'est-à-dire à chaque fois!
lundi 2 février 2026
Désir du désir: la quête de Mouille d'Été au mésolithique
Les tensions de ce nouveau roman de Morgan Glendish, édité dans la collection spécialisée "Damned", prennent une couleur politique au début du roman, lorsqu'il s'agit de débattre des avantages comparés de la vie nomade et de la vie sédentaire. L'auteur présente la vie nomade comme plus égalitaire que la sédentarité, qui exige une répartition des tâches qui, lit-on entre les lignes, va favoriser le mâle de l'espèce humaine. Ce qui n'est pas forcément du goût de Mouille d'Été – une belle femme farouchement nomade d'âge mûr dont le corps, relève l'auteur, raconte la vie au gré des cicatrices. Femme dont l'autorité est du reste contestée.
Mais tout cela paraît bien sérieux... Ce n'est qu'un début. Au fil des pages, l'auteur laisse s'exprimer un grain de folie qui ne peut s'empêcher de croître, ni de prospérer. Celui-ci passe par une parole libre et familière qui épouse à l'occasion des accents bien actuels et ne néglige pas l'humour à répétition, surtout lorsqu'il s'agit, pour les personnages qui entourent Mouille d'Été, d'avoir tous envie de "faire flak-flak" avec elle. Cela, à une époque où cet acte à la fois intime et agréable n'était pas aussi codifié qu'aujourd'hui...
L'humour de ce roman de quête décomplexé et très nature, où l'on se propose la botte sans y mettre davantage de formes que cela, naît aussi des noms de ses personnages, souvent suggestifs et ambigus même si l'auteur, malicieux, suggère que ce n'est jamais ce que le lecteur serait enclin à penser. Ainsi voit-on évoluer Pine de Sanglier, Vol de Nuit ou Queue d'Écureuil. Des personnages nommés Brok, par exemple, apparaissent dès lors immédiatement comme quelque peu extérieurs au clan décrit par l'écrivain.
Morgan Glendish a signé d'autres romans dans la série "Damned", notamment "Sexe ou silex?", et annonce une suite intitulée "Tambour et aisselle". On le retrouve aussi en préfacier de "C'est pas la longueur qui compte" de Padraig Morishknee. Padraig Morishknee et Morgan Glendish sont-ils la même personne, d'ailleurs? Les noms d'auteurs de la série "Damned" étant les pseudonymes d'écrivains suisses romands évoluant en liberté, les paris sont ouverts quant à leur identité...
Morgan Glendish, La caverne du Baba, Lausanne, Nouvelles Editions Humus, 2025, traduit de l'écossais par Ramos Alaplaya.
Le site des Nouvelles Editions Humus.













