Tout tourne en effet autour de quatre personnages dans ce roman: un ambassadeur américain et sa conjointe, et la femme du boulanger, Elodie, que son mari délaisse au profit de la recherche obsessionnelle du pain parfait. En quête d'attention, Elodie va être troublée par Violette, l'épouse de l'ambassadeur: est-ce l'aveu d'une attirance homosexuelle? On y arrive. Mais lorsqu'Elodie entre dans le monde du couple de Violette, elle devra aussi en accepter quelques codes qui lui sont étrangers, par exemple l'histoire de la rencontre de Violette et de son mari, réinventée en fonction des interlocuteurs.
Au centre de ce quatuor, c'est Elodie, la femme délaissée, qu'on découvre, délaissée mais désirante tant envers son propre mari qu'envers Violette, à qui elle écrit des lettres qui constituent, dans "Le pain et le poison", un contrepoint introspectif. Roman d'atmosphères, ce livre a le chic pour installer une ambiance constamment marquée par la sensualité, voire par un érotisme d'atmosphère puissant, soulignée par le constant rappel de la couleur rouge – il y a le rouge à lèvres que l'ambassadeur aime voir sur les lèvres de sa femme, mais pas seulement. Il y aura même un peu de sang...
La description d'ambiances prenantes, d'un érotisme diffus, a pour conséquence que "Le pain et le poison" a cette saveur caractéristique des livres qui imposent qu'on prenne le temps de les lire, lentement, comme au temps où l'on avait vraiment le temps de lire. Comme dans les années 1950, où se situe l'intrigue.
Une intrigue, enfin, qui s'inspire d'une affaire réelle et non élucidée malgré la déclassification de documents, celle du "Pain maudit", survenue en 1951 à Pont-Saint-Esprit (Gard). L'autrice s'interroge, et le lecteur avec elle: verre pilé, additif américain pour rendre la pâte du pain plus blanche? L'ambassadeur américain est peut-être moins débonnaire qu'on ne le croit. Ce que peuvent suggérer, symboliquement, certains appels à l'aide de Violette...
Sophie Mackintosh, Le pain et le poison, Le Bouscat, Editions du Gospel, 2026, traduit de l'anglais par Ninon Chaupy.
Le site de Sophie Mackintosh, celui des éditions du Gospel.


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