Les témoignages sont donc contrastés, il convient de le relever. Plutôt que de constituer une hagiographie, le but de Gérard-Michel Thermeau est bien, avec ce recueil, de collecter des textes représentatifs. Ainsi retrouve-t-on ce qui a pu plaire, ou pas, tout au long du dix-neuvième siècle: le noir des usines qui lâchent leurs fumées qui se déposent partout, le tempérament pratique et travailleur des habitants, qu'on a pu trouver peu gracieux, la saleté perçue par certains, l'ambiance particulière dégagée par des ateliers qui restent actifs même la nuit, qu'ils éclairent furtivement.
De Saint-Etienne, le choix des textes renvoie par ailleurs l'image d'une ville nouvelle, populeuse depuis les premières révolutions industrielles, et dépourvue de monuments très anciens: c'est bien durant la période couverte par "Saint-Étienne, regards d'écrivains!" que la ville se dote d'un tribunal et d'une mairie. Enfin, la comparaison avec des villes anglaises ou américaines telles que Birmingham ou Manchester est de mise.
Qui sont les auteurs cités? Parmi les plus connus, ni Stendhal, ni Jules Janin, ne se montrent tendre avec la cité ligérienne. Jules Vallès est présent aussi dans ce recueil. On y trouve aussi des personnes qui, sans être écrivains au sens strict, ont laissé des témoignages de lettrés. On pense entre autres à Charles Furne, éditeur de Balzac, ou Flora Tristan, femme socialiste, mais pas au point de vouloir s'engager auprès d'ouvriers qu'elle "regarde de très haut", comme le dit le court texte de présentation. Enfin, le texte de l'avocat Jean-Louis Alléon Dulac donne le ton du recueil, entre ombres et lumières.
Il sera bien sûr question de passementerie, de mine, de forge, de quincaillerie et d'armurerie dans "Saint-Étienne, regards d'écrivains!". La lecture de ce petit livre est enrichie par des images qui rappellent les domaines industriels qui ont contribué à l'essor de Saint-Étienne: paysages avec usines et chemin de fer, scènes de labeur, gravures représentant la Place du Peuple ou la Grand'Église, avec une prédilection pour les fusains de Pierre Chapelon.
Dans la dernière partie de ce livre, enfin, ce sont les artistes qui sont mis à l'honneur, avec de brefs commentaires. Des photos de l'auteur sont ainsi autant de regards sur les statues d'Étienne Montagny qui trônent devant l'hôtel de ville de Saint-Étienne – qu'on découvre avec son dôme, aujourd'hui disparu – ou, et c'est plus rare, sur les peintures, signées Albert Maignan, de la Chambre de Commerce.
"Saint-Étienne, regards d'écrivains!" invite son lectorat à se plonger dans les temps clés où Saint-Étienne, par son essor industriel, est devenu une ville. Cela, avec la diversité de regards plus ou moins affûtés et nuancés, collectés avec soin par un auteur qui a su dénicher des textes rares, voire restés à l'état de manuscrit, divulgués à un public qui saura les apprécier comme autant de témoins du temps jadis.
Gérard-Michel Thermeau, Saint-Étienne, regards d'écrivains!, Saint-Étienne, Histoire & patrimoine de Saint-Étienne, 2013.
Le site de Histoire & patrimoine de Saint-Étienne.






