jeudi 18 juin 2026

Aux extrêmes confins de la physique avec Julien Bobroff

Julien Bobroff – Peser un rien, flirter avec le tout grand froid, créer une sphère parfaite: aujourd'hui, les physiciens sont parfois amenés à développer des projets complètement fous, flirtant avec les extrêmes comme s'ils tentaient d'assouvir une soif des records. Dans "La physique de l'extrême", Julien Bobroff, spécialiste de physique quantique et professeur à Paris-Saclay, présente onze de ces quêtes qui, aujourd'hui encore, défient l'entendement du grand public. 

Le lecteur découvre au fil des chapitres des expériences de très grande envergure, exigeant du matériel hors du commun ou s'étendant sur plusieurs années, voire décennies, pour atteindre un objectif aussi extrême que parfois hasardeux. L'idée est bien sûr de vérifier une hypothèse, mais aussi d'apprendre en cours de route, en vue de nourrir la recherche fondamentale comme de développer des applications pratiques. Sur ce dernier aspect, on pense en particulier à la dernière tentative de définir le kilogramme, à l'aide d'une sphère polie pour ainsi dire à l'atome près. Cela nous amène au début du vingt et unième siècle, bien après la première tentative, qui remonte aux temps de la Révolution française: depuis, les étalons en platine ont bougé...

Certaines descriptions permettent à l'auteur de rappeler des jalons historiques de la physique, par exemple celle d'un chercheur désireux de prouver, images à l'appui, qu'un cheval au galop, parfois, ne touche plus le sol – un père du cinéma avant l'heure! Son travail, couronné de succès, a conduit un autre chercheur, bien plus tard, à développer une imagerie qui permet de capter le très rapide mouvement de la lumière – bien mieux qu'un œil humain, qui finit assez vite par tout confondre, pour son plus grand plaisir: c'est à cette insuffisance de son œil que chacune et chacun prend plaisir à visionner des images qui lui paraissent fluides au cinéma.

Bon nombre d'expériences aux extrêmes, décrites par l'auteur, servent au développement de la physique quantique. Et l'auteur ne se prive pas de rappeler que celle-ci a ses règles, qui échappent sans qu'on ne sache trop pourquoi, à celles de la relativité; l'articulation entre l'une et l'autre conserve encore, rappelle l'auteur, sa part de mystère. Il n'empêche: savoir ce qui se passe aux extrêmes, par exemple à des températures proches du zéro absolu, peut permettre de mieux comprendre ce qui se passe dans "notre" monde, près de chez nous ou dans l'espace lointain, où l'on peut capter, à l'aide d'instruments adéquats rigoureusement protégés de toute vibration, des échos même infimes de ce qui se passe avec fracas à des années-lumière de nos foyers. 

S'il utilise l'image sportive et évocatrice des "records" pour présenter quelques cas emblématiques, l'auteur rappelle à plus d'une reprise, du reste, que ce n'est pas la soif des records qui anime les physiciens: ceux-ci sont parfois les premiers étonnés d'avoir réussi à dépasser tel ou tel extrême. Reste qu'il se fait fort de rappeler que cette quête des extrêmes, si elle n'est pas une fin en soi, constitue une bonne astuce pour espérer obtenir un prix Nobel au passage – avis aux apprentis physiciens qui passent par ici! Et il ne manque pas de rendre hommage aux hommes, mais aussi et surtout aux femmes qui, pour leurs travaux, ont décroché cette prestigieuse décoration. 

Prix Nobel? Voilà qui parle à tout un chacun, en effet! C'est parfaitement dans l'esprit de cet ouvrage de vulgarisation réussi, enrichi d'une bibliographie qui permet aux plus ambitieux d'aller plus loin mais n'oublie pas les curieux désireux de se faire une culture générale, tout simplement. Ceux-ci apprécieront le ton familier, souvent imagé, toujours passionné et vif, que l'auteur adopte. "La physique de l'extrême" apparaît dès lors comme un bon petit livre, solide d'un point de vue scientifique, capable de faire oublier à ceux qui en ont leurs plus mauvais souvenirs de physique de lycée. Parce que oui, vue ainsi, la physique est fascinante...

Julien Bobroff, La physique de l'extrême, Paris, Albin Michel, 2024.

Le site des éditions Albin Michel.

lundi 15 juin 2026

Une folle brassée de nouvelles

Eloïse Vallat – Signé de la femme de lettres fribourgeoise Eloïse Vallat, "Les frontières de la folie" est un recueil composé d'une bonne vingtaine de nouvelles de sortes variées, écrites au fil des dernières années et parfois déjà parues isolément dans des ouvrages collectifs. "Les frontières de la folie" en est à sa troisième édition, confie du reste la couverture du livre. Et oui: chaque texte qui le compose, volontiers décalé, est porteur d'un grain de folie.

Le premier de ces grains de folie n'est-il du reste pas de donner la vie? Fulgurantes, les trois premières nouvelles de l'ouvrage le rappellent, il y a toujours quelque chose de fou à faire un enfant dans le monde qui est le nôtre. Une fois, c'est un mensonge qui y préside; dans les deux autres, un excès d'alcool qui fait voir la vie plus belle.

Tantôt brèves comme les trois premières, tantôt plus développées, les nouvelles de ce recueil se distinguent autant par leur ton, volontiers marqué par un zeste d'ironie sarcastique (on pense à l'ange gardien femme maladroit dans "Un détour avant le Paradis", comme à "Dissonance", qui brocarde gentiment la tradition fribourgeoise des petits chanteurs du Premier mai), que par la diversité des genres.

Le lecteur est ainsi invité à toucher les folies et bizarreries du quotidien. Elles revêtent cependant sous la plume de la nouvelliste un aspect presque évident: "Hier, j'ai retrouvé des petits bouts de maman jusque dans le jardin", commence "Comme un vrai début de fin du monde". Quant au loisir consistant à faire des puzzles par goût de l'ordre, il est abordé avec un sens de l'absurde pince-sans-rire dans "La pièce du fond". Et on relève le sang-froid presque déplacé de la narratrice de "Un grain dans l'engrenage", Viviane Deplot, 14 ans, plus soucieuse de sa cueillette de muguet que de ses collègues bien mal en point à la suite d'un éboulement en montagne.

Il arrive même que les récits lorgnent vers la science-fiction, voire vers un texte d'anticipation qui verrait disparaître les humains... et eux seuls: "Des os et des croquettes" est la seule nouvelle du recueil à laisser toute la place à deux animaux domestiques, un petit chat et un petit chien qui, unis par le sort, vivent très différemment la disparition subite de leurs maîtres. La seule? Presque: dans "La bête dans la lumière", libre au lecteur d'imaginer qui parle face à un chat vorace.

Force est de relever, par ailleurs, que ce recueil habile et talentueux est irrigué, juste ce qu'il faut, par l'alcool qui mobilise certains personnages. Il sera question à plus d'une reprise de chasselas, en particulier: de quoi redonner du goût à la vie ("Le réveil", parce que l'humain ne se nourrit pas que de pastilles) ou faire passer un premier mai trop longuet et trop dissonant. 

Le format carré du livre, enfin, impose une lecture plutôt lente où les lignes s'étendent. Cela permet de savourer chacune des nouvelles à sa belle valeur.

Eloïse Vallat, Les frontières de la folie, Hauteville, Mots et Merveilles, 2026.

Le site d'Eloïse Vallat, celui des éditions Mots et Merveilles.

Egalement lu par Rebecca. 

dimanche 14 juin 2026

Dimanche poétique 746: Stéphane Mallarmé

Ses purs ongles très-haut...

Ses purs ongles très-haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.

Stéphane Mallarmé (1842-1898). Source: Bonjour Poésie.

samedi 13 juin 2026

Une quête de connaissance et de liberté

Olivia Gerig – Nous voilà dans un vingt-deuxième siècle imaginaire: dans "Les combattants de la connaissance", la romancière Olivia Gerig immerge son lectorat dans une Suisse romande desséchée par le réchauffement climatique, mais où les survivants ont trouvé leur stratégies. Dans un premier temps, tout semble en ordre avec des castes bien définies: Survivalistes, Sentinelles et habitants des Tours. Cela mérite quelques explications, données dès le prologue de ce roman d'anticipation.

Ces castes peuvent être vues comme la vision futuriste de clivages actuels: il est permis de considérer les habitants des Tours comme les héritiers des citadins actuels, habitués à des environnements de vie très transformés et contrôlés, sans passé ni mémoire, que l'autrice place face aux Survivalistes, qui ont tout le potentiel pour jouer le rôle de conservateurs bien solides et potentiellement violents, et aux Sentinelles, dépositaires d'un savoir ancestral que le monde des Tours, incarné par l'entité d'Asphélyon, s'attache à faire oublier. 

Asphélyon? Le lecteur peut voir dans cette structure politique post-apocalyptique l'aboutissement d'un extrême-centre si persuadé d'être dans le juste qu'il cherche à faire taire tout ce qui n'est pas lui. Reste que pour un amoureux de la liberté, il a ses défauts: au nom du bien et de la concordance, il impose des règles strictes à chacune et chacun: assignation professionnelle, mariage forcé, lieu de vie contraint et artificiel. Léviathan du futur, Asphélyon n'a pas de visage dans "Les Combattants de la Connaissance"; dès lors, l'échappée qui s'organise autour de Tristan peut être vue comme la volonté, exprimée et agie par une poignée d'adolescents, de s'emparer à nouveau du contrôle de leur vie.

Pour cette équipe de filles et de garçons adolescents, qui finira par se nommer "les Combattants de la Connaissance", débute une évasion qu'on peut voir comme une entrée dans la vie par effraction. Autour de Tristan le leader, ceux qui feront le choix de la fuite opteront pour la liberté, avec ce qu'elle a de dur, de grisant et aussi de formateur. Tristan, adolescent, doit-il forcément être le promis d'Emma? Rencontrée en chemin, la belle Aura le fera douter, ce qu'Emma n'acceptera pas tout de suite. Il s'agira aussi de faire des choix, y compris face à quelques gars animés par la cupidité – bien mal placée puisque, placée au centre de l'intrigue, la pleine malle d'ordinateurs et de livres ne peut être mise en valeur que par celui ou celle qui en a les codes. 

"Les Combattants de la Connaissance" est certes une dystopie politique, qui se termine alors qu'une guerre menace – ouvrant la porte à une suite. Cela dit, il mobilise aussi quelques belles valeurs, inspiratrices pour la jeunesse à laquelle il s'adresse: la camaraderie et la solidarité, la vie avec les animaux (les aspects liés aux chevaux sont particulièrement bien rendus), la recherche de sens adossée à une quête de liberté exaltante mais qui exige aussi son lot d'efforts. On peut aussi y voir comment une équipe déjeunes livrés à eux-mêmes s'organise – comme dans "Sa Majesté des Mouches" de William Golding. Une certaine lenteur dans la narration permet enfin de savourer ces aspects, portés par une langue soignée et exposés avec beaucoup d'intelligence.

Olivia Gerig, Les Combattants de la Connaissance, Paris, Auzou, 2026.

Le site d'Olivia Gerig, celui des éditions Auzou.

Egalement lu par Francis RichardRebecca.

mardi 9 juin 2026

Café deuil à Genève

Charlotte Frossard – Voilà que mes pérégrinations de lecteur m'amènent, presque coup sur coup, à parler de romans sur les défunts et leur présence persistante parmi les vivants. Après "Mille façons d'aimer" d'Anne Goscinny, voilà que "La première après toi", deuxième roman de Charlotte Frossard après "Sur le pont", me parvient. Et dans ce nouvel opus, comme souvent, tout commence dans l'un de ces tiers lieux de vie qu'on appelle aujourd'hui un café: c'est chez Sajjat que tout va se jouer.

"La première après toi" est construit comme la relation d'une tranche de vie où au moins deux personnages franchissent une étape importante de leur vécu. La plus évidente est représentée par l'épreuve de deuil vécue par un homme jeune, qui provoque sa rencontre avec la narratrice: "Je l'ai rencontré parce que tu es morte", dit le roman dès le départ. 

D'emblée, on comprend qu'il y aura une distance entre le garçon rencontré, indiquant que toute idylle, et pourtant Dieu sait que "La première après toi" en sera la relation, dans toute son intensité, sera condamnée à l'échec. Cette distance n'existe guère, en revanche, dès lorsqu'il est question de la défunte, que la narratrice interpelle par-delà la mort, directement, en la tutoyant alors qu'elle ne la connaît pas.

En effet, la compagne de l'homme du café s'est éteinte accidentellement lors d'une sortie en montagne, d'un faux pas – impardonnable sur les crêts comme en danse, donc dans le métier qu'exerce une défunte jalouse de son métier, allant jusqu'à refuser de prendre le risque d'enfanter et, partant, de vivre avec un corps altéré. L'autrice donne à la promenade fatale en montagne comme à telle répétition de danse classique des pages à la fois rigoureuses et réalistes, la musique inexorable des exercices à la barre rythmant tout un chapitre.

Endossant le rôle de l'amie de la narratrice, Agnès, va aussi se remettre en question. Le lecteur apprécie, chez ce personnage, la tension constante mise en place entre le métier strict qu'elle exerce dans la finance et la tentation d'y échapper par des activités de soutien social – deux pôles qui n'amènent cependant aucun lien solide à Agnès, entourée de gens qui vont et viennent. Strict comme celui d'une danseuse (résonance s'il en est entre Agnès et la défunte...) puis plus lâche, son chignon apparaît cependant comme le symbole d'une certaine évolution, bien accueillie (p. 164) face à son monde: est-ce la promesse d'un lâcher-prise, en vue d'un avenir plus consistant? 

Le deuil d'un homme peut-il être contagieux? Son ancienne compagne défunte peut-elle hanter la vie d'une femme qui peut être la promesse d'un nouvel amour, et cette femme peut-elle à son tour entrer en résonance avec un fantôme? Observateur et sensible, "La première après toi" s'installe dans un établissement public genevois des plus discrets pour étudier, l'espace d'un peu de temps, ce que deux inconnus porteurs chacun de leurs bagages de vie peuvent avoir à faire ensemble.

Charlotte Frossard, La première après toi, Genève, Encre fraîche, 2026.

Le site de Charlotte Frossard, celui des éditions Encre fraîche.

Egalement lu par Rebecca.

dimanche 7 juin 2026

Dimanche poétique 745: Théophile Gautier

La chimère

Une jeune chimère, aux lèvres de ma coupe,
Dans l'orgie, a donné le baiser le plus doux
Elle avait les yeux verts, et jusque sur sa croupe
Ondoyait en torrent l'or de ses cheveux roux.

Des ailes d'épervier tremblaient à son épaule
La voyant s'envoler je sautai sur ses reins ;
Et faisant jusqu'à moi ployer sou cou de saule,
J'enfonçai comme un peigne une main dans ses crins.

Elle se démenait, hurlante et furieuse,
Mais en vain. Je broyais ses flancs dans mes genoux ;
Alors elle me dit d'une voix gracieuse,
Plus claire que l'argent : Maître, où donc allons-nous ?

Par-delà le soleil et par-delà l'espace,
Où Dieu n'arriverait qu'après l'éternité ;
Mais avant d'être au but ton aile sera lasse :
Car je veux voir mon rêve en sa réalité.

Théophile Gautier (1811-1872). Source: Bonjour Poésie.


samedi 6 juin 2026

Dans les sandales d'Apulée de Madaure

Cendrine Bertani – C'est avec toute sa passion pour l'Antiquité gréco-romaine que Cendrine Bertani a écrit "Apulée de Madaure ou le procès d'un sorcier". Optant pour la forme littéraire actuelle du thriller, l'écrivaine ripagérienne relate, au goût du jour, les tribulations de l'auteur du livre "L'Ane d'or". Ce qui nous ramène au deuxième siècle après Jésus-Christ...

Pour commencer son roman, l'autrice choisit de plonger son lecteur en plein procès: c'est le premier chapitre d'un livre à la structure un peu complexe. Dès lors, et il suffit de le savoir, la narration alterne entre la relation du procès, bien réel, intenté à Apulée de Madaure pour meurtre et sorcellerie et la narration de la façon dont on en est arrivé là.

Cela donne à l'écrivaine l'occasion de raconter l'existence d'un homme de lettres qui a bel et bien vécu au temps où l'empire romain connaissant son apogée. L'intrigue se déroule en Afrique du Nord, cependant; l'empereur est bien loin à Rome, et il convient de relever, tout au plus, que certains personnages du roman peinent à faire carrière à cause de leur couleur de peau. Un thème d'actualité...

... et en effet, l'une des lignes directrices de "Apulée de Madaure" consiste à restituer toute son actualité à une affaire judiciaire ancienne, en suivant entre autres sources l'"Apologie" d'Apulée lui-même. Le choix du genre du thriller, en particulier, le démontre: la romancière excelle à décrire les relations complexes, faites d'une attirance qui pourrait être de l'amour comme de rejet, qui existent entre Apulée et Pontianus. Les thèmes de l'homosexualité et de son statut social sont donc partie intégrante de "Apulée de Madaure".

Tout au plus peut-on relever, comme excessivement modernes quelques mots que les personnages n'auraient pas utilisés tels quels à l'époque romaine, par exemple le terme de "presse", évocateur de la technique bien postérieure de l'imprimerie, pour parler des médias. Dès le début du livre, la plaidoirie d'Apulée est présente comme "très médiatisée": certes, on en a sans doute parlé à l'époque. L'éditeur précise que ce choix d'un terme a priori moderne générique, fondé sur une étymologie latine, reste une bonne solution.

Dernier thème d'actualité de ce court ouvrage, enfin: Apulée, sous un faux nom, a su séduire une femme bien plus âgée que lui – à la manière des Brigitte et Emmanuel Macron de leur temps. La romancière ne juge pas, contrairement à certains de ses personnages: animés par l'écriture envoûtante d'Apulée, les sentiments qui se font jour entre une lectrice et son auteur fétiche n'ont pas à être condamnés, et les juges n'ont pas à donner suite à une éventuelle accusation d'amours hétérodoxes.

Il est enfin temps de rappeler qu'"Apulée de Madaure" rappelle qu'Apulée, jeune homme de lettres installé en Numidie, donc dans le nord de l'Afrique, est initié à des sociétés ésotériques qui ne reculent pas devant la consommation de stupéfiants. En évoquant la dépendance d'Apulée aux opiacés, la romancière place l'auteur de "L'Âne d'or" dans la lignée de ces écrivains qui, au dix-neuvième siècle et au-delà, "prenaient des trucs" pour doper leur propre inspiration poétique.

En revisitant une cause juridique bien réelle, datée d'une vingtaine de siècles et dûment documentée, dans un esprit humaniste, la romancière Cendrine Bertani réussit donc, par son travail littéraire, à lui restituer toute son actualité. Le ton adopté se révèle simple et direct, apte à faire mouche également à des publics jeunes, adolescents par exemple. Voilà donc un roman à découvrir ou à redécouvrir à tous âges.

Cendrine Bertani, Apulée de Madaure ou le procès d'un sorcier, Vienne, n'co éditions, 2024.

Le blog de Cendrine Bertani, site des éditions n'co.