jeudi 19 mars 2026

Quatre destins, entre mots et silences

Delphine Bloetzer – Ils sont quatre, les personnages centraux de "Funambules du silence", premier roman de l'écrivaine et médecin suisse Delphine Bloetzer. Le destin va redessiner les relations qui existent, ou pas, entre eux, et se charger par la grâce de rencontres inattendues, les placer sur une nouvelle voie marquée par l'"espoir" – dernier mot du roman, ce qui n'est pas un hasard: même dans la force de l'âge, et même si cela paraît difficile voire impossible d'avancer, la vie peut promettre une meilleure voie à tout un chacun.

Ces quatre personnages sont des gens assez ordinaires, partageant tous une fêlure plus ou moins cachée, plus ou moins affirmée, avec laquelle il faut bien vivre. Marcus, avocat à succès, vit ainsi dans le souci constant de plaire à un père autoritaire; Claire masque sa dyslexie et ses difficultés d'apprentissage en exerçant le métier de médecin; Audrey apprend à vivre parmi les hommes malgré son autisme et Claude fait face aux craintes que suscite le diagnostic d'un cancer du cerveau. 

En posant ces personnages aussi clairement, la romancière invite tout un chacun à s'interroger sur ses propres silences, sur ses comportements. Et l'une des forces de "Funambules du silence", et non la moindre, c'est précisément de ne jamais juger. Chaque chapitre est centré sur l'un des quatre personnages; l'auteure les laisse agir selon leur tempérament, décrit de manière cohérente, et laisse simplement résonner leurs actions dans l'esprit et dans le cœur du lecteur.

Ces résonances sont encore amplifiées, et c'est un choix judicieux de la romancière, par les références constantes à la littérature d'hier et d'aujourd'hui. La littérature en général, mais aussi le rapport aux mots et la lecture en particulier, sont une constante chez chacun des personnages de "Funambules du silence". Cette constante est soulignée par de nombreuses citations d'auteur placées en exergue de chaque chapitre. Les choix relèvent tantôt des grands classiques, tantôt d'écrivains à succès d'aujourd'hui (on voit passer entre autres Claudie Gallay ou Muriel Barbery), que plus d'un lecteur du premier roman de Delphine Bloetzer aura peut-être déjà lus.

Livre des fêlures indicibles, "Funambules du silence" est un roman dense autour du langage, bien sûr, et aussi des silences qui, loin de n'être pas parlants, n'en sont que la version en creux et n'ont pas toujours la même portée, la même qualité. Au fil des pages, le lecteur s'attache aux quatre personnages mis en scène, dans leurs interactions comme dans leur caractère: leur construction est le fruit d'un travail remarquable d'approfondissement de leurs personnalités, dans toute leur épaisseur et leurs méandres, que la romancière, en psychologue pugnace, excelle à mettre au jour.

Delphine Bloetzer, Funambules du silence, Lausanne, Favre, 2026.

Le site des éditions Favre.

lundi 16 mars 2026

Portrait de maire de Paris en tant que cible

Philippe Colin-Olivier – Tout le monde déteste le maire de Paris. C'est du moins ce qui apparaît dès les premières lignes du roman "Qui a tué le maire de Paris?" de Philippe Colin-Olivier. Et force est de relever que J.-J. Navalo, maire en titre, fait l'objet de pas mal de récriminations lourdes d'envies de meurtre. Mais qui va lui planter le coup fatal?

Si J.-J. Navalo n'a pas grand-chose à voir avec Anne Hidalgo, maire de Paris en titre pour encore quelques jours, il cristallise autour de lui les reproche qu'on a pu faire un jour ou l'autre à celle-ci, de façon plus ou moins fondée: chantiers partout, chasse aux automobilistes en centre-ville, embouteillages, choix esthétiques discutables. Cela dit, il y a une différence notable: pour être maire, J.-J. Navalo n'en est pas moins homme... à femmes. Dans un esprit gaulois, l'auteur n'hésite pas à jouer cette carte pour faire avancer son intrigue.

Ils seront donc cinq à haïr J.-J. Navalo (et les têtes de chapitre prennent du coup l'allure d'aphérèses), mais ce sera un sixième personnage qui aura sa peau. Lequel? La police patauge, et cela permet à l'auteur d'offrir à son lectorat quelques pages moqueuses sur cette institution, dont certains personnages sont plus enclins à la drague qu'à la recherche de coupables, surtout lorsqu'on chatouille les hautes et sensibles sphères du pouvoir. Dès lors, la justice qui demeure en fin de roman ressemble davantage à la "Drôle de justice" en mode Jean-Marie Rouart, soucieuse, dès que ça se complique, de préserver l'ordre public bourgeois, plutôt que de rechercher sérieusement puis de sanctionner celui qui le mérite.

L'auteur a le chic pour mettre en scène des personnages originaux, tous un peu bracaillons dans leur genre: un marchand de robinets aux abois parce qu'on ne peut plus se garer devant chez lui, un écrivain fantôme grugé, un entrepreneur qui a perdu un gros contrat à la suite d'embouteillages; il y a aussi quelques femmes dans l'histoire, amantes des uns et des autres, parfois militantes plus ou moins intéressées. Paris enfin a quelque chose d'un personnage dans ce roman qui ne manque pas de citer rues et autres lieux où se tient l'intrigue. Ainsi, le 43 de la rue de Trévise existe bel et bien – et c'est là que J.-J. Navalo a sa garçonnière. Quand on voit le bâtiment sur Google Maps, à la fois ancien et sans signe particulier, on se dit que c'est crédible.

Un tel univers romanesque a tout pour prêter à sourire, et force est de constater que l'auteur sait y faire: les dialogues sont rapides et efficaces, les situations bien croquées, les personnages risibles à souhait. Quant à l'humour de "Qui a tué le maire de Paris?", marqué par des allusions à l'actualité, il se distingue en particulier dans le registre du sarcasme et du grinçant, sans épargner personne. C'est rapide, rosse et divertissant: voilà donc bien sans doute un roman à lire pour rire de ses propres rognes face aux édiles de tout poil. En période électorale, voilà qui peut s'avérer salutaire.

Philippe Colin-Olivier, Qui a tué le maire de Paris?, Paris, Pierre Guillaume de Roux, 2020.

Lu pour le défi Un hiver polar.



dimanche 15 mars 2026

Dimanche poétique 734: Max Elskamp

Et tout au fond du domaine loin

Et tout au fond du domaine loin, 
Où sont celles que l'on aime bien, 
La plus aimée me pleure, perdue 
De ma mort aux semaines venue ;
La plus aimée de mon coeur s'attriste 
Et plonge ainsi que des fleurs ses mains
Aux sources de ses yeux de chagrin, 
La bien-aimée de mon coeur s'attriste.

Et tout au fond du domaine loin, 
La bien-aimée a mis ses patins, 
Se sentant dans le coeur de la glace, 
Et loin vers moi s'efforce et se lasse ; 
La bien-aimée accroche aux vitraux 
De la chapelle d'où l'on voit loin, 
Avec le pain, le sel et les anneaux, 
Ma pauvre âme, elle, qui ne meurt point.

Et tout au fond du domaine loin, 
La bien-aimée ne pleurera plus 
Les beaux jours de fêtes révolus, 
Aux bagues de famille à ses mains ; 
La bien-aimée m'a vu comme un saint 
Promettant un éternel dimanche 
Aux âmes enfantines et blanches, 
Et tout au fond d'un domaine loin.

Max Elskamp (1862-1931). Source: Bonjour Poésie.

samedi 14 mars 2026

Élodie Perrelet, rire pour ne pas sombrer

Élodie Perrelet – On devine que la collection "Verum factum" des éditions BSN Press s'engage dans la publication de récits de vie véridiques. C'est dans cet esprit que je me suis plongé dans la lecture de "Rire ou sombrer" d'Elodie Perrelet. L'idée? Une vie qui trébuche, une addiction qui gêne, et voilà que s'ouvre le cortège des centres de soins, suivi de tentatives de réinsertion, jamais gagnées. 

Cette vie, on le comprend et les pages de "Rire ou sombrer" le confirment un peu plus qu'à demi-mot, c'est celle de l'auteure, nommée par son prénom, par une civilité ou même par des initiales sur un peignoir. Autant de manières de se désigner ou d'être désignée, en fonction d'un contexte lui-même varié; force est de relever, cela dit, que jamais on le nom d'"Élodie Perrelet" ne sera énoncé tel quel dans le texte. Ce qui souligne ce qu'un tel récit peut avoir d'insaisissable, tant pour celle qui le raconte que pour ceux qui y prennent part.

Enseignante et chroniqueuse, l'auteure ouvre dans ce premier livre écrit de sa main une fenêtre sur sa vie intime, et fait le choix de donner à voir ce que d'autres, à sa place, auraient peut-être préféré celer. Elle le fait sans tricher, sans occulter quoi que ce soit. Au contraire: si court et synthétique qu'il soit, le livre "Rire ou sombrer" se révèle dense et n'omet aucun détail. 

Trois centres de soins? Pour être passée par là, l'auteure en relate ce qu'elle a pu en tirer pour sa propre vie, mais aussi les limites de chacun de ses établissements – consciente qu'il s'agit d'une résonance personnelle. Lui faut-il un centre ordinaire ou sera-t-il trop commun? Ou un établissement de luxe, financé par Maman, lui conviendra-t-il mieux parce que c'est plus cher? Et si l'idéal se trouvait, comme souvent dans cette Suisse que l'autrice observe, distante et amusée, dans le juste milieu?

C'est qu'il y a de quoi prendre soin, il faut le dire: l'auteure évoque dans "Rire ou sombrer" la dépression nerveuse et la dépendance à l'alcool, dont elle est la proie. C'est quelque chose qu'il faut comprendre, verbaliser pour reprendre pied – le lecteur le voit dès les premières pages, où l'auteure se met en scène dans un contexte qu'elle-même ne comprend pas, celui des hôpitaux psychiatriques, et où, surtout, elle réclame sa mère. 

Le parcours de soins de la narratrice est aussi tissé de rencontres, pour le meilleur, pour le pire et pour le plus bizarre aussi. "Rire ou sombrer" est ainsi traversé entre autres par une féministe méprisante, par un patient mignon qui se prend pour Mahomet, par une intervenante en soins intransigeante, par un pianiste de jazz flamboyant. Cela, jusqu'à l'ultime main tendue, précieuse, celle de Damien, lien privilégié.

Et pour tenir, alors? Un titre comme "Rire ou sombrer" indique que l'humour sera l'un des véhicules de ce voyage que se propose de faire un être humain désireux de se reconstruire. Il convient de relever, et c'est l'une des forces de ce livre, que chaque éclat de rire est décrit par la romancière. Bien ou mal venu, de telle ou telle tonalité, peu importe: il exprime la vie. Rire, c'est se détendre dans une situation pénible; c'est aussi se réjouir, comme des enfants, d'avoir transgressé une règle et de s'en trouver bien – aller se baigner au lac avec Damien, en l'espèce, avec un pique-nique où l'eau pétillante fait office de champagne. Ce rire, le lecteur y est invité aussi: l'écriture de "Rire ou sombrer", habilement imagée, est imprégnée d'un humour à froid prompt à faire naître plus d'un sourire. Car justement: l'alternative au rire, salutaire, libérateur de façon momentanée ou plus longue, plus ou moins gentiment transgressif même, c'est précisément sombrer... définitivement.

Élodie Perrelet, Rire ou sombrer, Chêne-Bourg, BSN Press, 2026.

Le site des éditions BSN Press.

Egalement lu par Stéphane Riand.

vendredi 13 mars 2026

Femme thaïe, femme de taille!

Olan Mungkorn Chaiwat – Une plongée dans les bas-fonds de Patpong, quartier de Bangkok, ça vous tente? Pas besoin, pour ce faire, de prendre l'avion: "Justice dans l'ombre", d'Olan Mungkorn Chaiwat, fait le job du dépaysement l'espace d'une couple d'heures. Ce petit livre s'inscrit dans la série "Damned"; autant dire qu'il s'agit d'un pastiche de roman populaire, réalisé par un écrivain suisse romand qui préfère se cacher derrière un pseudonyme. Et sur ce coup-ci, le voici bien masqué...

"Justice dans l'ombre" revisite le motif assez classique de la jeune femme badass, à la fois belle, dépourvue de toute peur et capable de se défendre toute seule. Un tel tempérament n'est pas facile à caser dans le monde des bars où se déroule l'histoire et où les femmes, certes là pour gagner leur vie, sont plutôt prisonnières d'un système. Un monde où Mei, la jeune femme en question, cherche sa place, quitte à tuer le père – une scène du roman est explicite, en l'espèce.

Certes, il n'y aura pas de description complaisante des bars sexy qui font aujourd'hui encore la réputation de Patpong. L'écrivain préfère en visiter les coulisses, ce qui est bien plus intéressant: voilà le lecteur plongé dans des structures criminelles aux alliances très conditionnelles. Mei elle-même peut compter ses amis lorsqu'il s'agit pour elle de démanteler, par esprit de justice, un trafic d'êtres humains de genre féminin qui en dépasserait plus d'un (et plus d'une).

On l'aura mise en garde, pourtant; mais, pour le plaisir du lecteur, Mei vit son lot de péripéties et subit toutes les avanies qu'il faudra pour venir à bout de l'ignoble trafic – un trafic dans lequel son père, personnage peu aimable du livre, joue son rôle. 

Enfin, s'il faut relever un marqueur d'ambiance, celui-ci n'a rien de sexuel, si ce n'est par la bande: lecteurs baveux face aux femmes thaïes dénudées, passez votre chemin! En revanche, on relève que chaque chapitre commence, à la manière d'un leitmotiv obsédant, par l'évocation du climat moite de Bangkok à l'approche des festivités de Songkran. Promesse d'une sensualité jamais menée au terme, cette humidité irrigue du reste l'ensemble de "Justice dans l'ombre", roman campé dans une ville connue pour ses canaux, les khlongs, régulièrement évoqués pour faire vrai.

Quant à l'écriture, force est de relever qu'elle est sérieuse et efficace, apparemment exempte de clins d'œil à usage interne ou de tours de langage typiquement vaudois. Surtout, elle est pratiquement dépourvue de coquilles, contrairement à ce que l'on voit dans d'autres textes. Autant dire que pour un peu, on y croirait, à ce roman de la série "Damned"...

Olan Mungkorn Chaiwat, Justice dans l'ombre, Lausanne, Nouvelles Editions Humus, 2025. Traduit du thaï par Waraporn Longloy.

Le site des Nouvelles Editions Humus.

La couverture originale du livre suivra... peut-être.

jeudi 12 mars 2026

Aimer ou tuer, un dilemme cornélien

Isabelle Aubert – Un tueur à gages amoureux? Pourquoi pas! Tel est le nœud de l'intrigue de "Par amour...", premier roman d'Isabelle Aubert. Cette écrivaine y réussit la synthèse originale entre le thriller et la romance et sait captiver son lectorat en faisant usage avec bonheur, tour à tour, des ressorts narratifs de chacun de ces genres.

Pour une immersion maximale, la romancière s'exprime à la première personne et se met dans la peau du tueur à gages, Benjamin, homme jeune traversant sa trentaine. Le lecteur le découvre pratiquement sans âme, ombre à la sortie d'un métro: dans la foule, l'assassinat d'un homme riche passe inaperçue – de même qu'auprès des représentants de la médecine légale. Et voilà qu'un nouveau contrat lui est proposé: tuer la fille de cette victime. Une fille de vingt ans et quelques, qu'il faut approcher... 

Ce rapprochement, la romancière excelle à en dessiner les contours. L'instauration d'un dialogue entre les deux personnages a son importance, bien sûr; mais l'écrivaine fait aussi usage de l'introspection pour dire les sentiments qui, à partir des plus modestes approches, naissent en Benjamin, un tueur professionnel qui se découvre soudain un cœur. Reste que jamais la tension véhiculée par l'idée d'un contrat sur Rachel, la riche héritière, ne se relâche: Benjamin se trouve tiraillé, de manière cornélienne, entre sa mission et ses sentiments. Le cœur ou la raison, disait l'autre... et ça fonctionne pleinement dans "Par amour..." – tout au plus peut-on regretter une tendance au chantage affectif chez Rachel ("Si tu arrêtes la fac maintenant, c'est fini entre nous", lâche-t-elle en page 104); à moins que ce ne soit un indice du destin de cette relation amoureuse aux apparences impossibles pour le lecteur et pour Benjamin lui-même.

En bon manœuvrier, Benjamin, certes plutôt neuf en matière amoureuse malgré son âge, va tenter de sauver Rachel, sachant qu'il ne lui suffira pas de dénoncer le contrat pour éviter que la belle héritière ne soit assassinée. Il sera dès lors question de cours de droit, de distance savamment calculée entre amoureux fous (sur le mode "ça va trop vite pour moi", entre autres), mais aussi de vigoureux traficotages informatiques. Quant à sauver Rachel et à être sincère avec elle jusqu'au bout, n'est-ce pas le risque de la perdre définitivement? Tous ces questionnements, la romancière les affronte, ce qui donne une belle épaisseur psychologique au personnage de Benjamin, secoué par l'éveil de sentiments inattendus.

Décliné en chapitres courts, "Par amour..." invite à une lecture rapide, exempte de temps morts. On suit avec un intérêt curieux et un peu malsain la romance entre Rachel et Benjamin ("comment cela va-t-il finir?"); mais la romancière a aussi su dessiner de façon crédible, autour d'eux, un petit monde de copains et de copines (on se souvient de Nicole, la pipelette de service) où Benjamin joue à l'occasion le rôle d'aîné un peu protecteur. Plus largement, ce roman donne à voir, en arrière-plan clairement dessiné, le contexte d'une faculté de droit parisienne; sans doute y a-t-il là une part du vécu de l'écrivaine. Parce que oui: pour tuer, ou par amour, il arrive qu'il faille reprendre des études... et qu'Eros et Thanatos se fassent la guerre, l'espace d'un livre, dans le cœur d'un tueur à gages.

Isabelle Aubert, Par amour..., Garges-lès-Gonesse, Isabelle Aubert Editions, 2011.

Le site d'Isabelle Aubert.

Lu pour le défi Un hiver polar.



dimanche 8 mars 2026

Dimanche poétique 733: Jules Laforgue

Complainte de la bonne défunte

Elle fuyait par l'avenue,
Je la suivais illuminé,
Ses yeux disaient : " J'ai deviné
Hélas! que tu m'as reconnue ! "

Je la suivis illuminé !
Yeux désolés, bouche ingénue,
Pourquoi l'avais-je reconnue,
Elle, loyal rêve mort-né ?

Yeux trop mûrs, mais bouche ingénue ;
Oeillet blanc, d'azur trop veiné ;
Oh ! oui, rien qu'un rêve mort-né,
Car, défunte elle est devenue.

Gis, oeillet, d'azur trop veiné,
La vie humaine continue
Sans toi, défunte devenue.
- Oh ! je rentrerai sans dîner !

Vrai, je ne l'ai jamais connue.

Jules Laforgue (1860-1887). Source: Bonjour Poésie.