Fattorius
Lectures, poésies, bonnes choses, etc. Ancienne adresse: http://fattorius.over-blog.com.
dimanche 1 mars 2026
Dimanche poétique 732: Emilie Hoffmann
samedi 28 février 2026
Whisky, fausse monnaie et p'tits monstres en Ecosse
vendredi 27 février 2026
Edgar Rider Howecraft et les bagarres de tavernes du temps jadis
Il se retrouve en effet dans le monde campé dans "Dans les ruines de Serjilla", et retrouve la quête de la tiare du basileus Buscem'a. L'intrigue prend dès lors la forme un peu... informe d'une succession de bagarres bien sanguinolentes que l'écrivain décrit avec un sens certain du spectacle et de l'épique – shooté à l'hyperbole pour faire bon poids.
On retrouve dans ces bagarres mortelles le personnage de Jon le Cimmérien, qu'une femme puissante, Narcissa Thuringwethil, balafrée mais debout, met au défi. Et au fil des pages, la possibilité d'une idylle se dessine entre les deux personnages. Autour d'eux, jusqu'à la bagarre terminale, les cadavres s'entassent.
L'auteur reprend dans "Entre vie et mort" l'idée de faire allusion à tout un tas de gens qui ont gravité autour de Conan le Barbare, au cinéma comme à l'écrit. Ces allusions s'étendent cependant sur ce coup-ci, à l'équipe qui tient la collection Damned elle-même. Derrière les personnages très secondaires de Mhorié et HbHovvon, on devine en effet Patrick Morier-Genoud et Stéphane Bovon, écrivains et piliers de la collection.
Il y a donc pas mal de morts dans "Entre vie et mort", et aussi quelques vivants, heureusement, pour éventuellement prolonger cette saga – laissée en suspens, dans ce roman, par une dernière phrase qui, en suspension à la manière d'un cliffhanger, appelle une suite. Celle-ci trouvera place dans un passé fantasmé au polythéisme de fantaisie, à la violence sans concession, fût-ce à la pudeur.
Edgar Rider Howecraft, Entre vie et mort, Lausanne, Nouvelles Editions Humus, 2025, traduit de l'anglais par Elisa von Göldin Aronowicz, femme féconde, puissante et superbe, et, mon dieu, si sensuelle.
Le site des Nouvelles éditions Humus.
mardi 24 février 2026
Un picaro des temps modernes, en mode mineur
Cartographe? La cartographie de ce personnage ne doit pas grand-chose à la création de cartes de géographie. Elle est plus proche du dessin d'un itinéraire sur un grand papier où les pays et les villes sont indiqués. Justement, Lazare est nanti d'un tel document. Le lecteur le découvre vraiment cartographe lorsqu'il se décide à écrire ses notes de voyage et états d'âme, sentimentalement marqués par une certaine Elena, sur cette carte.
Roadie par excellence, rompu au montage des installations requises pour un concert de rock réussi, Lazare a tout du picaro moderne, personnage bon à rien donc bon à tout, qui va couvrir de grandes distances. En Gil Blas d'aujourd'hui, Lazare trouve les bons plans sur son chemin, se montre filou d'auberge, se mêle à la population dans l'espoir de manger, de boire, de dormir, voire de connaître une bonne fortune.
Tantôt riche, tantôt mendiant, ce picaro n'a cependant pas l'aspect flamboyant de ses ancêtres littéraires. L'auteur rappelle le côté plus prosaïque d'un tel personnage lâché sur les routes: l'espace du temps peu défini du roman qui le porte, Lazare n'a rien d'attirant. On le voit sale jusqu'à dégoûter les femmes du voisinage, sa barbe qu'il faut bien raser parfois, ses vêtements en pagaille – dans ce registre, ses chaussures qui bâillent apparaissent comme un leitmotiv, et tout le reste dit la misère matérielle foncière d'un voyage au jour le jour.
C'est aussi dans cet esprit d'humaine imperfection que l'auteur signale les inquiétudes de ce personnage: assassin presque malgré lui, voleur d'auberge, il attire la police à ses trousses, puis lui échappe. L'auteur en joue, et cela crée du suspens: Lazare va-t-il passer ces frontières garnies de gabelous à puissantes casquettes?
De la rive est de la Méditerranée jusqu'aux confins de la mer Noire, "Le cartographe" retrace un immense voyage, mené au gré du hasard. Outre les picaros, on repère parmi les influences de ce roman un certain Ulysse, et force est de relever que le chien qui accueille Lazare quelque part à Paris rappelle l'animal domestique du roi d'Ithaque. Et comme on est sur la route, on imagine que le fait, pour Lazare, de sauter sur des trains de marchandises ne peut que rappeler le clochard céleste Jack Kerouac.
On garde l'âme voyageuse lorsqu'on referme "Le cartographe", un roman court, dense et doux-amer qui relate une errance riche en rencontres et en péripéties qui se révèlent fécondes pour l'expérience du personnage principal. Celui-ci va en effet trouver, en fin de roman, que sa place n'est pas dans la Ville Lumière: le voilà transformé, reconnaît le lecteur, heureux d'avoir dévoré les 181 pages de ce petit livre aventureux.
Guillame Jan, Le cartographe, Paris, Editions Intervalles, 2011.
dimanche 22 février 2026
Dimanche poétique 731: Amalita Hess
samedi 21 février 2026
Un mort très rock'n'roll au festival
Au cœur de l'intrigue, se trouve Darrell Foster, chanteur vedette adulé partout: une parfaite rock star au top de sa carrière, qu'il pense cependant à interrompre. Tête d'affiche du festival, il est saisi d'un malaise à la fin de son concert. Ce malaise pourrait être imputable à la fatigue des concerts alignés sans fin. Mais voilà: de ce malaise, Darrell Foster meurt, face à un public d'auditeurs nombreux qui pourraient être autant de suspects. Pour le bien-être du lecteur, cependant, l'auteur dirige les forces de police qu'il met en scène vers un nombre réduit de suspects, concentrés entre autres au sein d'un fan club jeune qui échange de manière frénétique sur les forums en ligne.
L'écrivain a le mérite de dépoussiérer les modalités d'enquête. Certes, les policiers qu'il met en scène font leur travail de terrain, s'adjugeant un local pour interroger tout témoin dans les règles de l'art. Mais l'enquête évolue aussi du côté des réseaux sociaux pour faire tomber les masques, sous la conduite d'un personnage qui, de façon brève mais très utile, incarne une fonction encore peu connue dans le monde du roman policier: la forensique numérique. Parce ce que oui: en enquêtant du côté des réseaux sociaux et des fan's clubs en ligne, les policiers vont faire tomber quelques masques, en attendant de trouver le coupable. Un indice? C'est un personnage que le lecteur a bien vu et soupçonné, mais qu'il aura sous-estimé dans cette fonction. Et le voilà attrapé, comme il aime l'être.
Enfin, à un "Bamboulé!" près (ce cri de ralliement originel et endémique, presque attendu, n'y apparaît pas...), l'auteur de "Nuit blanche à Paléo" recrée d'une manière crédible, voire immersive, l'ambiance du Paléo Festival Nyon. Celui-ci a donc ses espaces de camping, sa cuisine cosmopolite qui n'oublie pas le vin blanc vaudois: festivalier enthousiaste, le jeune Oliver en aura sa dose, ce qui va épuiser les nerfs de son demi-frère, le sobre Tom Shapley, détective privé, qui jouera son rôle de témoin en partageant telle ou elle hypothèse. C'est qu'en matière de fausses pistes, suggérées entre autres par un Oliver qui passe maître ès délits de fuite, l'auteur se montre très adroit...
"Nuit blanche à Paléo" est un roman policier solide, capable de se jouer de son lectorat jusqu'à la révélation finale: le coupable fait bel et bien partie de l'entourage de la rock-star Darrell Foster en ce soir de concert, mais ce n'est pas forcément le suspect numéro un. Le premier roman de Cyriel Nghiem est porté par une écriture efficace et captivante. Concernant la victime, l'auteur trouve la bonne manière d'en parler, la plaçant comme un musicien suffisamment universel pour que chaque lecteur, à son tour, puisse imaginer sa propre idole à sa place.
Et en plaçant son intrigue dans un festival qui a su rester jeune, enfin, le romancier a donné à son tour, d'une manière gourmande, un coup de jeune au genre du roman policier de terroir. Autant dire que "Nuit blanche à Paléo", un roman policier parfaitement construit, pourra bien valoir une nuit blanche trépidante à son lectorat!
Cyril Nghiem, Nuit blanche à Paléo, Fribourg, éditions Montsalvens, 2025.
Le site des éditions Montsalvens.
Egalement lu par Rebecca.

mercredi 18 février 2026
"Croissez et multipliez"... à l'infini? Un écrivain interroge
L'essayiste développe une réflexion qui s'ouvre de façon classique sur la corrélation, qu'il juge certaine – études à l'appui – entre le dégagement de CO2 et le réchauffement climatique: il n'y a pas de hasard. On le verra développer l'idée que l'humain est devenu une "espèce invasive": sommes-nous trop nombreux? Il développe aussi, pour la dénoncer, la philosophie du "plus", qui regroupe la croissance individuelle (avoir une voiture plus grosse que celle du voisin) et économique, à travers le PIB, indicateur valorisé.
Fort de ses études en géographie et de son expérience de vie qui est celle d'un aîné qui a vécu au contact de contemporains suffisamment divers, l'auteur devine cependant que le principal obstacle à la contention du réchauffement climatique, c'est l'humain lui-même, de manière presque invariable: l'humain est-il capable de réagir rapidement à ce que l'essayiste considère, non sans anxiété, comme une urgence? La technologie, selon lui, peut apporter son secours, mais il faudra passer par un épisode prolongé de dégagement majeur de CO2 pour s'adapter, par exemple en faisant en sorte que les bâtiments résistent aux événements météorologiques extrêmes que promet l'évolution du climat. Quid, par ailleurs, de l'idée que nous sommes trop d'humains sur Terre? Evoquant entre autres le Planning familial et les changements de mentalités à impulser (le titre du livre renvoie à la Genèse, premier livre de la Bible), l'auteur semble, au fil des pages, un adepte conditionnel de la décroissance de la population mondiale, et aussi d'une économie devenue trop amie du "plus".
L'essayiste est conscient du caractère impopulaire des mesures qu'il faudrait prendre dans l'urgence (et il est permis de lui rétorquer qu'il ne faut jamais décider dans l'urgence...): renoncer à la démocratisation du progrès, instaurer des gouvernements autoritaires, fonctionnant comme nos gouvernements démocratiques en période de covid-19, en composant avec les mécontentements que cela a pu générer – mais un gouvernement autoritaire ne compose pas, il interdit et embastille les porteurs d'opinions divergentes, si argumentées qu'elles soient, et on finit par l'appeler "dictature". Et une autorité forte pulsée par l'impératif de sauver le climat est appelée à devenir du "provisoire qui dure", bien plus que le temps d'une pandémie.
De tout cela, l'essayiste est conscient. Il laisse donc le lecteur face à l'alternative ultime: l'humain peut-il, aujourd'hui encore, s'emparer de la question du climat ou lui faut-il s'en remettre à l'arbitrage de la nature? Face à cette dernière possibilité, la conclusion de l'auteur est dure mais optimiste à sa façon: "Ce serait douloureux, mais ce ne serait pas la fin du monde. Ni celle de l'humanité." En somme: faire ou laisser faire...
Si "Croissez et multipliez" est le fruit d'une réflexion avant tout personnelle née d'un ressenti de jeunesse, donc parfois porteur d'émotions marquées par une urgence qui fait naître une inquiétude pas toujours bonne conseillère (sacrifier la démocratie, vraiment?), ce petit livre constitue aussi, grâce à son argumentation solide et sourcée, un apport synthétique intéressant, évocateur avant tout des limites aux actes possibles qui s'offrent face à ce qui est présenté comme une urgence, aux débats et aux enjeux qui entourent l'évolution du climat.
Gilles de Montmollin, Croissez et multipliez, Chêne-Bourg, BSN Press, 2026.
Le site de Gilles de Montmollin, celui des éditions BSN Press.




