dimanche 8 février 2026

Dimanche poétique 729: Joachim du Bellay

Je vis l'oiseau qui le soleil contemple

Je vis l'oiseau qui le soleil contemple
D'un faible vol au ciel s'aventurer,
Et peu à peu ses ailes assurer,
Suivant encor le maternel exemple.

Je le vis croître, et d'un voler plus ample
Des plus hauts monts la hauteur mesurer,
Percer la nue, et ses ailes tirer
Jusqu'au lieu où des dieux est le temple.

Là se perdit : puis soudain je l'ai vu
Rouant par l'air en tourbillon de feu,
Tout enflammé sur la plaine descendre.

Je vis son corps en poudre tout réduit,
Et vis l'oiseau, qui la lumière fuit,
Comme un vermet renaître de sa cendre.

Joachim du Bellay (1522-1560). Source: Bonjour Poésie.

vendredi 6 février 2026

Le pape est mort!

San-Antonio – Oui, le pape est mort, mais pas celui que vous croyez: Léon XIV est toujours de ce monde. Mais dans "C'est mort et ça ne sait pas", le commissaire San-Antonio est lancé sur les pistes d'un gourou sataniste qui sévit à Paris, à l'enseigne des "Lucyfériens". Il s'appelle Paul Brioux, ça ne claque pas tout à fait pareil que Robert Francis Prevost, je vous l'accorde. Mais là, nous sommes dans les années 1955... 

La scène d'ouverture de ce roman a dû faire sensation à l'époque: l'écrivain décrit, de manière détaillée mais aussi caricaturale, un office religieux d'adoration à Lucifer. San-Antonio y participe parce qu'il a deux ou trois questions à poser à celui qui mène l'office, "pape" de cette anti-religion, par rapport à deux défunts retrouvés avec des photos de propagande sur eux. Mais ce pape est-il vraiment le maître du jeu? 

A grand renfort de coups de théâtre et de retournements de situation (dont la mort du pape, justement – c'était à prévoir), l'écrivain sait surprendre son lectorat; quant au personnage de San-Antonio, il va épater son entourage professionnel. Un entourage qui n'a pas encore pris la forme familière qu'on lui connaît: pour cet épisode, Bérurier reste hors jeu et c'est un certain Georgel qui accompagne l'inspecteur. Un Georgel pas très futé, et surtout peu enclin à collaborer: San-Antonio et Georgel ne sont pas de la même section de la police.

Le lecteur relève du reste, de manière générale, que l'entourage du personnage principal est globalement assez gris, et San-Antonio, observateur impitoyable de ses semblables, n'en fait pas mystère. Il est permis de trouver le commissaire un peu hautain, pour le coup. 

Ce cher San-Antonio, d'ailleurs... certes, c'est un homme à femmes, on le reconnaît au fil des pages, et l'auteur lui prête 35 ans. Mais cela ne paraît pas spécialement obsessionnel dans "C'est mort et ça ne sait pas": s'il courtise une secrétaire et s'il va au déduit avec elle, c'est parce qu'il est sincèrement épris, ne serait-ce que pour une nuit, et qu'il souhaite lui soutirer quelques informations mine de rien. Sa tête reste froide... et quitte à pousser un peu un désir de toutes façons déjà installé, tout le monde sera content. Un poil transactionnel? Pas faux, mais du moment que tout le monde y trouve son compte, hein...!

Mais il convient de relever que dans cet épisode, on voit surtout un San-Antonio qui ne recule jamais devant la castagne, entre autres pour amener tel ou tel suspect ou témoin à résipiscence. 

On n'est pas non plus encore dans le monde langagier novateur qu'on prête à San-Antonio dans "C'est mort et ça ne sait pas": l'écriture est certes canaille, mais pour l'essentiel, plutôt que d'inventer à tout va, elle recherche sa musique dans les argots pratiqués à Paris: un peu de javanais, de la poésie gouailleuse, et quelques calembours pour faire bon poids.

Après avoir refermé "C'est mort et ça ne sait pas", le lecteur garde le souvenir d'un roman policier classique d'une habileté consommée, qui part d'une secte anecdotique pour trouver in extremis la clé du mystère dans des relations politiques internationales de haut vol. C'est aussi un produit de son temps: l'approche des femmes a un côté conquérant qui n'a plus guère cours aujourd'hui, et les clins d'œil artistiques renvoient aux célébrités alors à la mode, Gina Lollobrigida par exemple. Enfin, c'est un texte qui se lit rapidement, frénétique et plein de surprises. Et où l'on rit beaucoup, y compris avec les personnages.

San-Antonio, C'est mort et ça ne sait pas, Paris, Fleuve Noir, 1955. Avec une page de publicité intercalée pour "Le Standinge", du même auteur.

Le site des éditions Fleuve Noir.

Egalement lu par Eireann YvonPierre Faverolle.

Et je fais coup double...

Lu pour le défi 2026 sera classique aussi
Lu pour le défi Un hiver polar.


jeudi 5 février 2026

Quand un "like" fait le tour du monde... c'est-à-dire à chaque fois!

Guillaume Pitron – Le journaliste Guillaume Pitron avait laissé son lectorat avec une enquête fouillée sur la géopolitique des métaux rares, intitulée "La guerre des métaux rares". Dans un nouvel ouvrage consacré à une thématique voisine, le voici qui part à la poursuite d'un "like" lancé en ligne, cliqué par un internaute qui souhaite simplement partager son approbation, voire son enthousiasme sur quelque réseau social. Et c'est du lourd.

Cela, sans mauvais jeux de mots: menant l'enquête aux quatre coins du monde, l'auteur réussit à démontrer que le numérique, qu'on aime qualifier de "dématérialisé", a en réalité un poids matériel important. Le lecteur le voit assister à la pose d'un câble sous-marin en France, partir à la découverte de centres de stockage de données voisins, explorer les dessous des villes intelligentes, voire des pays qui, tels l'Estonie (surnommée "e-Stonia", paraît-il, soit dit en passant), se sont lancés à corps perdu dans un fonctionnement entièrement fondé sur le numérique. 

Ce qu'il nous dit ainsi, c'est que pour dématérialiser les activités humaines par le biais du numérique, il faut des infrastructures immenses, à telle enseigne que le support ramifié et mondial permettant à chacune et à chacun de surfer sur Internet est peut-être la plus grande construction jamais édifiée par l'humain. Et aujourd'hui déjà, son empreinte écologique est notablement plus lourde que celle du secteur aérien, qu'on aime désigner comme bouc émissaire lorsqu'il s'agit de pollution.

Les résultats sont variables: si l'Estonie fonctionne bien en se fondant sur un numérique vendu à la population sur la base de promesses qui relèvent du récit de propagande (que l'auteur analyse avec exactitude), la future "ville intelligente" de Masdar City, à Abu Dhabi, peine à tenir ses promesses. Y parviendra-t-elle un jour, et à quel coût en termes de ressources? L'auteur amène assez rapidement l'idée que les avantages environnementaux espérés par un tel projet ne soient qu'une chimère, compte tenu du volume de données qu'un tel projet peut consommer: leur gestion implique une consommation considérable de métaux rares, d'énergie et même de ressources humaines. 

L'auteur explique aussi les dessous de la continuité du service d'Internet, exigée par plus ou moins tous ses consommateurs: pas question que l'ordi plante au moment fatidique, que ce soit (l'auteur aime rappeler la futilité des usages du Web grand public, pour avoir un contraste maximal avec les ressources requises) dans un jeu massivement multijoueurs, lorsqu'on balance un "like" ou une photo de chaton sur ses réseaux sociaux... ou qu'on tente de faire fortune dans le monde de la finance, où le numérique est d'ores et déjà plus rapide et performant que l'humain lorsqu'il s'agit de vendre et d'acheter. Cela exige une sécurité accrue qui, quelques exemples le suggèrent, confine à la paranoïa: gardiens, interdictions d'accès, souci maladif de la pureté de l'environnement, réfrigération des serveurs... Cela, sans parler des redondances: l'auteur indique que la photo de vacances publiée par un internaute se retrouve enregistrée à plusieurs endroits dans le monde, ce qui multiplie son impact.

L'empreinte du numérique tel qu'il est conçu constitue le fil rouge de ce petit livre, dense et bien renseigné sur la base de choses vues, de documents et de témoignages. Un barrage constitue-t-il une manière écologique de fabriquer du courant? L'auteur est sceptique. Surtout, il se montre inquiet face à une société numérique, incitée à l'être à tout moment, voire à le rester (intéressante analyse des couleurs bleu et rouge pour pousser l'internaute à l'action en ligne), qui va se révéler immensément plus énergivore et gourmande en ressources naturelles que les temps passés. Le numérique sobre ou responsable? L'auteur l'évoque, mais annonce la couleur: ce ne sera pas facile non plus, tant il y a d'interdépendances. Cela, sans compter le facteur humain...

En sortant de sa lecture, le lecteur va sans aucun doute se poser des questions quand à sa consommation de trucs électroniques: ordinateurs trop vite usagés, téléphones portables qu'on remplace à la première griffure – oui, même la thématique de l'obsolescence programmée, pourtant familière, est expliquée pour les néophytes. Il peut aussi être amené, quitte à déranger un peu, à poser des questions à son employeur. Et pourquoi pas?

Guillaume Pitron, L'enfer numérique, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023.

Le site de Guillaume Pitron, celui des éditions Les Liens qui libèrent.

Egalement lu par Clément Donzel.

lundi 2 février 2026

Désir du désir: la quête de Mouille d'Été au mésolithique

Morgan Glendish – Le roman préhistorique, c'est du sérieux. Morgan Glendish, auteur de "La Caverne du Baba", saisit ses personnages à une époque clé, celle où l'humain, nomade auparavant, s'apprête peu à peu à se sédentariser. Symbole peut-être de la fin du temps du nomadisme humain, Mouille d'Été a quant à elle un problème personnel: elle ne prend plus aucun plaisir... au plaisir, justement. Cela va la mener sur les routes en quête d'une solution à cette aboulie mêlée, peut-être, d'un peu de lassitude mentale.

Les tensions de ce nouveau roman de Morgan Glendish, édité dans la collection spécialisée "Damned", prennent une couleur politique au début du roman, lorsqu'il s'agit de débattre des avantages comparés de la vie nomade et de la vie sédentaire. L'auteur présente la vie nomade comme plus égalitaire que la sédentarité, qui exige une répartition des tâches qui, lit-on entre les lignes, va favoriser le mâle de l'espèce humaine. Ce qui n'est pas forcément du goût de Mouille d'Été – une belle femme farouchement nomade d'âge mûr dont le corps, relève l'auteur, raconte la vie au gré des cicatrices. Femme dont l'autorité est du reste contestée.

Mais tout cela paraît bien sérieux... Ce n'est qu'un début. Au fil des pages, l'auteur laisse s'exprimer un grain de folie qui ne peut s'empêcher de croître, ni de prospérer. Celui-ci passe par une parole libre et familière qui épouse à l'occasion des accents bien actuels et ne néglige pas l'humour à répétition, surtout lorsqu'il s'agit, pour les personnages qui entourent Mouille d'Été, d'avoir tous envie de "faire flak-flak" avec elle. Cela, à une époque où cet acte à la fois intime et agréable n'était pas aussi codifié qu'aujourd'hui...

L'humour de ce roman de quête décomplexé et très nature, où l'on se propose la botte sans y mettre davantage de formes que cela, naît aussi des noms de ses personnages, souvent suggestifs et ambigus même si l'auteur, malicieux, suggère que ce n'est jamais ce que le lecteur serait enclin à penser. Ainsi voit-on évoluer Pine de Sanglier, Vol de Nuit ou Queue d'Écureuil. Des personnages nommés Brok, par exemple, apparaissent dès lors immédiatement comme quelque peu extérieurs au clan décrit par l'écrivain. 

Morgan Glendish a signé d'autres romans dans la série "Damned", notamment "Sexe ou silex?", et annonce une suite intitulée "Tambour et aisselle". On le retrouve aussi en préfacier de "C'est pas la longueur qui compte" de Padraig Morishknee. Padraig Morishknee et Morgan Glendish sont-ils la même personne, d'ailleurs? Les noms d'auteurs de la série "Damned" étant les pseudonymes d'écrivains suisses romands évoluant en liberté, les paris sont ouverts quant à leur identité...

Morgan Glendish, La caverne du Baba, Lausanne, Nouvelles Editions Humus, 2025, traduit de l'écossais par Ramos Alaplaya.

Le site des Nouvelles Editions Humus.


dimanche 1 février 2026

Dimanche poétique 728: Vénus Khoury-Ghata

Regard de reproche du coq cuit dans son sang
la tache écarlate sur le sol de la cuisine dénonce la mère
ses mains semblent au-dessus de son assiette
elle le désosse avec tendresse
le mâche lentement
ses larmes ne sont pas de l'eau

Vénus Khoury-Ghata (1937-2026), Désarroi des âmes errantes, Paris, Mercure de France, 2024.

vendredi 30 janvier 2026

Le merveilleux en mode moderne, vif et poétique, avec Nétonon Noël Ndjékéry

Nétonon Noël Ndjékéry – "La Fabrique du merveilleux" est un ample conte africain, baigné, comme son titre l'indique, de merveilleux. Au travers de ses pages, l'écrivain tchadien et suisse Nétonon Noël Ndjékéry revisite les types et les figures imposées du genre avec beaucoup de bonheur et un soupçon d'humour. Tout part de l'ambition d'une jeune fille...

Poudoudou exploite en effet les traditions de son royaume pour devenir reine, quitte à tricher un peu dans le contexte d'une société marquée par ses rituels. Et peu à peu, le lecteur le montre, elle saura faire le vide autour d'elle et de son mari, le mbaï (roi) Laoula: exit même ses autres épouses, puisque dans un souci d'égalité face aux générations, le roi, polygame, épouse une jeune femme par an. Accessoirement, Poudoudou s'arroge le droit d'avoir un amant, Tipipi, son homme de confiance à plus d'un titre.

Le merveilleux s'invite dans les pages de "La Fabrique du merveilleux" – à commencer par la situation qui donne son titre au livre: c'est un lieu où tout semble possible, y compris la coexistence pacifique entre espèces animales a priori antagonistes dans le lieu où, précisément, les rêves naissent et sont gérés pour chaque être vivant. C'est que l'histoire, dans son ensemble, demeure proche d'une nature volontiers référentielle: le temps, en particulier, y est évoqué en lunes à l'occasion.

Et puis, il y a ce personnage de Guiliguili, alias Keïko, l'une des enfants égarées du roi, dont les larmes créent tantôt des bijoux, tantôt des chaînes pour les prisonniers, tantôt même des pythons, colliers vivants prompts à étrangler. L'écrivain ménage ses effets avant de la faire intervenir, afin de créer autour d'elle une aura de mystère: qui est la géniale bijoutière qui produit, en toute discrétion, les si beaux joyaux de la reine?

Cet univers merveilleux, l'écrivain l'a voulu en posant dès le départ l'idée que le monde du rêve et celui du réel sont en réalité poreux et que les dieux, en particulier le dieu Sou, créateur dominant dans la mythologie du pays de Poudoudou, ne se gênent pas d'intervenir d'un côté ou de l'autre. Et c'est avec l'art immense du poète que le romancier déroule les multiples péripéties de son conte. Un art empreint d'une poésie de tous les instants, riche en images d'une originalité toute personnelle, intemporel, marqué aussi par un certain sourire. Le tout, mis au service d'une intrigue inventive qui évolue sur la mince ligne de frontière entre le réel et le songe.

Nétonon Noël Ndjékéry, La fabrique du merveilleux, Vevey, Hélice Hélas, 2026.

Le site des éditions Hélice Hélas.

mardi 27 janvier 2026

"Les Corberaux", un conte de fées truqué sur une île opulente

Anne-Frédérique Rochat – Préserver les apparences, assurer l'impunité: ce sont les mots qui viennent à l'esprit en refermant "Les Corberaux", dernier roman de l'écrivaine suisse Anne-Frédérique Rochat. Ce roman débute à la manière d'un conte de fées trop beau pour être vrai, et s'achève au moment où l'onde remuée se calme, engloutissant un drôle d'épisode de vie.

Homme riche, influent et vieillissant, M. Corberaux engage, sur un coup de tête, une vingtenaire sans abri nommée Agathe. Son passé? Compliqué, l'auteure le suggère avec pudeur. Sa mission? Ce sera le service aux repas, un peu de ménage. Elle sera logée, nourrie. Le paradis pour une jeune femme qui vit dans la rue, exposée à toutes les menaces. Donc oui: le lecteur se dit, en lisant les premières pages de ce roman, que c'est trop beau pour être vrai. 

L'auteure joue avec cette situation de départ, tout en glissant, d'emblée, quelques fausses notes discrètes qui devraient alerter: la maîtresse de maison surréagit à la curiosité d'Agathe concernant l'aménagement du manoir où elle vit, par exemple. Quant au fait de travailler pour ce couple sans être rétribuée, cela revient pour Agathe à être totalement dépendante de celui-ci. Cet emploi de "dame de compagnie" est-il donc une prison dorée? Un paradis truqué? La romancière captive en entretenant le doute, entre confort matériel et dynamiques d'emprise: en substance, pour Agathe, c'est ça ou la rue.

Peu à peu, l'écrivaine pousse son roman au noir. Le lecteur découvre ainsi une maîtresse de maison toxique, soufflant le chaud et le froid à l'encontre d'Agathe. Quant à son mari, de manière plus prévisible (ou le voit venir dès le début du roman: un homme d'âge mûr qui offre un emploi à une jeune femme en détresse sociale n'est pas forcément désintéressé...), bien qu'impuissant, il finira par se révéler pour ce qu'il est: un prédateur. Quant au chien Gamin, en baladant sa lassitude de vivre, il offre quelques pauses amusées dans une ambiance qui devient de plus en plus pesante.

Et si la corne de brume du port rythme et informe la vie sur l'île où vivent le couple et sa servante, Marie-Aline joue le rôle d'avertissement. Institutrice, elle ne dépend pas du couple Corberaux, ce qui lui confère une liberté de parole sur les questions sociales du cru: problèmes de santé dus au travail dans l'entreprise dirigée par M. Corberaux, mais aussi gestion paternaliste qui permet à ce même Corberaux d'avoir des obligés, même modestes, sur qui compter. 

En situant son intrigue sur une île jamais nommée, enfin, la romancière installe "Les Corberaux" dans ce qui semble un laboratoire presque isolé où vivent des privilégiés qui doivent être contents de l'être et interagissent au gré des conventions sociales et pas davantage, par opposition au mode de vie sur le continent, jugé moins désirable, plus misérable aussi.

C'est sur quelques actes de violence que se termine le roman "Les Corberaux", laissant au lecteur un sentiment de décalage injuste: la lanceuse d'alerte Marie-Aline, Cassandre de notre temps, n'aura pas été écoutée, et les Corberaux trouvent aussi leur mortel destin, ce qui ne leur évite pas les honneurs d'une société insulaire qui fonctionne en vase clos. Et Agathe? Choquée, elle aussi aura quitté la scène en fin de roman. Reste Désirée, celle dont personne ne veut sauf peut-être Agathe, qui fait figure, au tout dernier chapitre, de lumière d'espoir. 

Anne-Frédérique Rochat, Les Corberaux, Genève, Slatkine, 2026.

Le site d'Anne-Frédérique Rochat, celui des éditions Slatkine.