Fattorius
Lectures, poésies, bonnes choses, etc. Ancienne adresse: http://fattorius.over-blog.com.
dimanche 22 février 2026
Dimanche poétique 731: Amalita Hess
samedi 21 février 2026
Un mort très rock'n'roll au festival
Au cœur de l'intrigue, se trouve Darrell Foster, chanteur vedette adulé partout: une parfaite rock star au top de sa carrière, qu'il pense cependant à interrompre. Tête d'affiche du festival, il est saisi d'un malaise à la fin de son concert. Ce malaise pourrait être imputable à la fatigue des concerts alignés sans fin. Mais voilà: de ce malaise, Darrell Foster meurt, face à un public d'auditeurs nombreux qui pourraient être autant de suspects. Pour le bien-être du lecteur, cependant, l'auteur dirige les forces de police qu'il met en scène vers un nombre réduit de suspects, concentrés entre autres au sein d'un fan club jeune qui échange de manière frénétique sur les forums en ligne.
L'écrivain a le mérite de dépoussiérer les modalités d'enquête. Certes, les policiers qu'il met en scène font leur travail de terrain, s'adjugeant un local pour interroger tout témoin dans les règles de l'art. Mais l'enquête évolue aussi du côté des réseaux sociaux pour faire tomber les masques, sous la conduite d'un personnage qui, de façon brève mais très utile, incarne une fonction encore peu connue dans le monde du roman policier: la forensique numérique. Parce ce que oui: en enquêtant du côté des réseaux sociaux et des fan's clubs en ligne, les policiers vont faire tomber quelques masques, en attendant de trouver le coupable. Un indice? C'est un personnage que le lecteur a bien vu et soupçonné, mais qu'il aura sous-estimé dans cette fonction. Et le voilà attrapé, comme il aime l'être.
Enfin, à un "Bamboulé!" près (ce cri de ralliement originel et endémique, presque attendu, n'y apparaît pas...), l'auteur de "Nuit blanche à Paléo" recrée d'une manière crédible, voire immersive, l'ambiance du Paléo Festival Nyon. Celui-ci a donc ses espaces de camping, sa cuisine cosmopolite qui n'oublie pas le vin blanc vaudois: festivalier enthousiaste, le jeune Oliver en aura sa dose, ce qui va épuiser les nerfs de son demi-frère, le sobre Tom Shapley, détective privé, qui jouera son rôle de témoin en partageant telle ou elle hypothèse. C'est qu'en matière de fausses pistes, suggérées entre autres par un Oliver qui passe maître ès délits de fuite, l'auteur se montre très adroit...
"Nuit blanche à Paléo" est un roman policier solide, capable de se jouer de son lectorat jusqu'à la révélation finale: le coupable fait bel et bien partie de l'entourage de la rock-star Darrell Foster en ce soir de concert, mais ce n'est pas forcément le suspect numéro un. Le premier roman de Cyriel Nghiem est porté par une écriture efficace et captivante. Concernant la victime, l'auteur trouve la bonne manière d'en parler, la plaçant comme un musicien suffisamment universel pour que chaque lecteur, à son tour, puisse imaginer sa propre idole à sa place.
Et en plaçant son intrigue dans un festival qui a su rester jeune, enfin, le romancier a donné à son tour, d'une manière gourmande, un coup de jeune au genre du roman policier de terroir. Autant dire que "Nuit blanche à Paléo", un roman policier parfaitement construit, pourra bien valoir une nuit blanche trépidante à son lectorat!
Cyril Nghiem, Nuit blanche à Paléo, Fribourg, éditions Montsalvens, 2025.
Le site des éditions Montsalvens.
Egalement lu par Rebecca.

mercredi 18 février 2026
"Croissez et multipliez"... à l'infini? Un écrivain interroge
L'essayiste développe une réflexion qui s'ouvre de façon classique sur la corrélation, qu'il juge certaine – études à l'appui – entre le dégagement de CO2 et le réchauffement climatique: il n'y a pas de hasard. On le verra développer l'idée que l'humain est devenu une "espèce invasive": sommes-nous trop nombreux? Il développe aussi, pour la dénoncer, la philosophie du "plus", qui regroupe la croissance individuelle (avoir une voiture plus grosse que celle du voisin) et économique, à travers le PIB, indicateur valorisé.
Fort de ses études en géographie et de son expérience de vie qui est celle d'un aîné qui a vécu au contact de contemporains suffisamment divers, l'auteur devine cependant que le principal obstacle à la contention du réchauffement climatique, c'est l'humain lui-même, de manière presque invariable: l'humain est-il capable de réagir rapidement à ce que l'essayiste considère, non sans anxiété, comme une urgence? La technologie, selon lui, peut apporter son secours, mais il faudra passer par un épisode prolongé de dégagement majeur de CO2 pour s'adapter, par exemple en faisant en sorte que les bâtiments résistent aux événements météorologiques extrêmes que promet l'évolution du climat. Quid, par ailleurs, de l'idée que nous sommes trop d'humains sur Terre? Evoquant entre autres le Planning familial et les changements de mentalités à impulser (le titre du livre renvoie à la Genèse, premier livre de la Bible), l'auteur semble, au fil des pages, un adepte conditionnel de la décroissance de la population mondiale, et aussi d'une économie devenue trop amie du "plus".
L'essayiste est conscient du caractère impopulaire des mesures qu'il faudrait prendre dans l'urgence (et il est permis de lui rétorquer qu'il ne faut jamais décider dans l'urgence...): renoncer à la démocratisation du progrès, instaurer des gouvernements autoritaires, fonctionnant comme nos gouvernements démocratiques en période de covid-19, en composant avec les mécontentements que cela a pu générer – mais un gouvernement autoritaire ne compose pas, il interdit et embastille les porteurs d'opinions divergentes, si argumentées qu'elles soient, et on finit par l'appeler "dictature". Et une autorité forte pulsée par l'impératif de sauver le climat est appelée à devenir du "provisoire qui dure", bien plus que le temps d'une pandémie.
De tout cela, l'essayiste est conscient. Il laisse donc le lecteur face à l'alternative ultime: l'humain peut-il, aujourd'hui encore, s'emparer de la question du climat ou lui faut-il s'en remettre à l'arbitrage de la nature? Face à cette dernière possibilité, la conclusion de l'auteur est dure mais optimiste à sa façon: "Ce serait douloureux, mais ce ne serait pas la fin du monde. Ni celle de l'humanité." En somme: faire ou laisser faire...
Si "Croissez et multipliez" est le fruit d'une réflexion avant tout personnelle née d'un ressenti de jeunesse, donc parfois porteur d'émotions marquées par une urgence qui fait naître une inquiétude pas toujours bonne conseillère (sacrifier la démocratie, vraiment?), ce petit livre constitue aussi, grâce à son argumentation solide et sourcée, un apport synthétique intéressant, évocateur avant tout des limites aux actes possibles qui s'offrent face à ce qui est présenté comme une urgence, aux débats et aux enjeux qui entourent l'évolution du climat.
Gilles de Montmollin, Croissez et multipliez, Chêne-Bourg, BSN Press, 2026.
Le site de Gilles de Montmollin, celui des éditions BSN Press.
lundi 16 février 2026
Du pain et des mystères dans le Gard
Tout tourne en effet autour de quatre personnages dans ce roman: un ambassadeur américain et sa conjointe, et la femme du boulanger, Elodie, que son mari délaisse au profit de la recherche obsessionnelle du pain parfait. En quête d'attention, Elodie va être troublée par Violette, l'épouse de l'ambassadeur: est-ce l'aveu d'une attirance homosexuelle? On y arrive. Mais lorsqu'Elodie entre dans le monde du couple de Violette, elle devra aussi en accepter quelques codes qui lui sont étrangers, par exemple l'histoire de la rencontre de Violette et de son mari, réinventée en fonction des interlocuteurs.
Au centre de ce quatuor, c'est Elodie, la femme délaissée, qu'on découvre, délaissée mais désirante tant envers son propre mari qu'envers Violette, à qui elle écrit des lettres qui constituent, dans "Le pain et le poison", un contrepoint introspectif. Roman d'atmosphères, ce livre a le chic pour installer une ambiance constamment marquée par la sensualité, voire par un érotisme d'atmosphère puissant, soulignée par le constant rappel de la couleur rouge – il y a le rouge à lèvres que l'ambassadeur aime voir sur les lèvres de sa femme, mais pas seulement. Il y aura même un peu de sang...
La description d'ambiances prenantes, d'un érotisme diffus, a pour conséquence que "Le pain et le poison" a cette saveur caractéristique des livres qui imposent qu'on prenne le temps de les lire, lentement, comme au temps où l'on avait vraiment le temps de lire. Comme dans les années 1950, où se situe l'intrigue.
Une intrigue, enfin, qui s'inspire d'une affaire réelle et non élucidée malgré la déclassification de documents, celle du "Pain maudit", survenue en 1951 à Pont-Saint-Esprit (Gard). L'autrice s'interroge, et le lecteur avec elle: verre pilé, additif américain pour rendre la pâte du pain plus blanche? L'ambassadeur américain est peut-être moins débonnaire qu'on ne le croit. Ce que peuvent suggérer, symboliquement, certains appels à l'aide de Violette...
Sophie Mackintosh, Le pain et le poison, Le Bouscat, Editions du Gospel, 2026, traduit de l'anglais par Ninon Chaupy.
Le site de Sophie Mackintosh, celui des éditions du Gospel.
dimanche 15 février 2026
Dimanche poétique 730: Parme Ceriset
samedi 14 février 2026
De l'Irak à Paris, itinéraire d'un converti
Dans son esprit, pourtant, celui qui s'appelait Mohammed Moussaoui partait gagnant, fort de ses préjugés envers les chrétiens de son pays, certain même d'être capable de les convertir. Sa première rencontre avec un chrétien, lors de son service militaire, va le secouer. Cela, à partir de peu de chose: lire le Coran en y réfléchissant quelque peu, puis lire l'Evangile.
Le témoignage de Joseph Fadelle n'occulte rien. Il relate le contexte hostile aux chrétiens qui règne dans les années 1980 en Irak, un contexte qui rend à leur tour méfiantes les quelques communautés chrétiennes qui y subsistent: il n'est pas facile d'y obtenir son baptême, et aucune communauté ne tient à se mettre en danger pour accueillir celui qui reste un inconnu. Cela, sans oublier la corruption, endémique.
La rupture est également consommée avec une famille qui, c'est peu de le dire, ne comprend pas ce choix d'un changement de religion. De son côté, l'auteur de "Le prix à payer" regrette le côté formel et matérialiste de son clan, prêt à payer ou à faire acte de violence pour faire revenir "son" Mohammed Moussaoui au bercail. Face à un narrateur convaincu, ces tentatives peuvent faire figure de tentations quelque peu diaboliques aux yeux du lecteur. Mais le narrateur tient bon, persuadé que le message d'amour et d'espérance de l'Evangile est plus profond, plus sain(t) pour lui et pour les siens.
Persuadé? Certes. Mais l'auteur se montre sincère jusqu'au bout, indiquant dans son témoignage ce que tout croyant profond a sans doute ressenti un jour: le doute est indissociable de la foi, dès lors que la vie l'éprouve. L'écrivain n'en cache rien, rappelle ses moments de péché ainsi que ses accès de désespoir face à la difficulté d'être chrétien en Irak, puis en Jordanie. Il a des alliés ici-bas, cependant, à commencer par son épouse et ses enfants. De belles rencontres le feront avancer aussi, là où il semble qu'il n'y a pas de chemin.
"Le prix à payer" apparaît ainsi comme le beau témoignage, exemplaire diront même certains, d'un homme converti au christianisme dans un contexte résolument hostile. On peut aussi le voir comme la réalisation actuelle de cette invitation du Christ à tout quitter pour Le suivre, même si c'est difficile. Et aussi, enfin, comme un appel fait au lecteur à, simplement, dépasser ses préjugés et ses habitudes pour devenir meilleur. Et ce dernier message s'adresse à tout le monde.
Joseph Fadelle, Le prix à payer, Paris, Editions de l'Œuvre, 2010/Presses Pocket, 2012.
mardi 10 février 2026
Valentin Perrier a-t-il violé?






