Roman de formation
Roman de formation? Si elle s'est construite au gré des inspirations de l'autrice et de son entourage, l'intrigue s'avère cohérente: le lecteur observe avec un sourire amusé une jeune femme qui se révèle à elle-même tout au long de ce qu'elle apprend pendant le temps qu'elle passe au sein d'une unité militaire, celle des "Bobs".
Un apprentissage qui sera couronné par des actions en conditions réelles et par l'adoubement que représente, pour Luce, la réception d'un nom de "Bob" – si les mots ne sont pas écrits dans le roman, il est permis de penser, pour ces noms donnés par les pairs, à des formes à la fois sérieuses et humoristiques de vulgos ou de totems révélateurs.
Cette formation est riche et complexe: il s'agit pour Mila de s'intégrer au milieu militaire et d'en apprendre les gestes autant que les usages, sans pour autant perdre ce qui fait sa personnalité, ni se laisser réduire au statut d'outil au service d'une puissance militaire. Cela, en tant qu'humain mais aussi, cela affleure à plus d'une reprise, en tant que femme dans un monde d'hommes. La recherche d'appartenance à un groupe constitue dès lors un thème constant de "Découverte" et prend la forme d'un jeu subtil d'équilibre: la grâce de la danse est-elle soluble dans l'efficacité rigide de l'armée?
Jeux de mots
Les noms des personnages donnent à la romancière l'occasion de s'amuser un peu, et de faire sourire le lecteur dans la foulée. Belle trouvaille que ce nom d'équipe des "Bobs": ils en ont sous le chapeau, et ce mot court permet de créer mille jeux de mots pour nommer les membres de l'équipe. C'est aussi une manière pratique offerte au lecteur de s'y retrouver, tant les noms sont évocateurs: Bob Dior est ainsi couturier, alors que Bob Inne est électricien.
La romancière offre du reste des clés aux lecteurs un peu étourdis, soit en explicitant certains aspects de son intrigue (et les jeux de mots nominatifs en font partie) en notes de fin d'ouvrage, soit en citant quelques sources relatives aux différentes formes de créativité (en particulier Joy Paul Guilford). En effet, c'est là-dessus qu'agit le super-pouvoir de Mila Dialeur, quitte à ce que ça parte parfois en capilotade.
Mises en danger
Et si Mila était sa meilleure ennemie? C'est parfois l'impression que laisse son pouvoir lorsqu'il agit, la mettant occasionnellement en danger: si un chanteur ou un artiste peut gentiment doper son inspiration grâce à ce pouvoir qu'elle diffuse, un homme aimablement désirant peut se muer en agresseur. Le lecteur comprend en effet que les effets du pouvoir de "créaction" sont imprévisibles.
Dès lors, le lecteur découvre, épaté par la rapidité de leur mise au point chez les "Bob", les manières de canaliser ce pouvoir, en particulier à l'aide d'antidotes à l'effet limité dans le temps, dont les quarts d'heure d'efficacité rythment le récit. Ces quarts d'heure peuvent aussi refléter le temps de lire un ou deux des courts chapitres qui composent "Découverte".
Quitte à assumer quelques coquilles, "Découverte" est manifestement le fruit d'un travail d'écriture spontané et vif, né d'une inspiration jaillissante et volontiers imaginative. Partant d'un monde militaire moins tristement gris-vert qu'on ne l'imagine, le lecteur va se balader dans le monde: palais Garnier, Saint-Pierre-et-Miquelon, confins de la Pologne et de la Biélorussie. Et les personnages dévoilent peu à peu leurs secrets, pour le plus grand plaisir d'un lectorat de tout âge à partir de 14 ans...



