Si J.-J. Navalo n'a pas grand-chose à voir avec Anne Hidalgo, maire de Paris en titre pour encore quelques jours, il cristallise autour de lui les reproche qu'on a pu faire un jour ou l'autre à celle-ci, de façon plus ou moins fondée: chantiers partout, chasse aux automobilistes en centre-ville, embouteillages, choix esthétiques discutables. Cela dit, il y a une différence notable: pour être maire, J.-J. Navalo n'en est pas moins homme... à femmes. Dans un esprit gaulois, l'auteur n'hésite pas à jouer cette carte pour faire avancer son intrigue.
Ils seront donc cinq à haïr J.-J. Navalo (et les têtes de chapitre prennent du coup l'allure d'aphérèses), mais ce sera un sixième personnage qui aura sa peau. Lequel? La police patauge, et cela permet à l'auteur d'offrir à son lectorat quelques pages moqueuses sur cette institution, dont certains personnages sont plus enclins à la drague qu'à la recherche de coupables, surtout lorsqu'on chatouille les hautes et sensibles sphères du pouvoir. Dès lors, la justice qui demeure en fin de roman ressemble davantage à la "Drôle de justice" en mode Jean-Marie Rouart, soucieuse, dès que ça se complique, de préserver l'ordre public bourgeois, plutôt que de rechercher sérieusement puis de sanctionner celui qui le mérite.
L'auteur a le chic pour mettre en scène des personnages originaux, tous un peu bracaillons dans leur genre: un marchand de robinets aux abois parce qu'on ne peut plus se garer devant chez lui, un écrivain fantôme grugé, un entrepreneur qui a perdu un gros contrat à la suite d'embouteillages; il y a aussi quelques femmes dans l'histoire, amantes des uns et des autres, parfois militantes plus ou moins intéressées. Paris enfin a quelque chose d'un personnage dans ce roman qui ne manque pas de citer rues et autres lieux où se tient l'intrigue. Ainsi, le 43 de la rue de Trévise existe bel et bien – et c'est là que J.-J. Navalo a sa garçonnière. Quand on voit le bâtiment sur Google Maps, à la fois ancien et sans signe particulier, on se dit que c'est crédible.
Un tel univers romanesque a tout pour prêter à sourire, et force est de constater que l'auteur sait y faire: les dialogues sont rapides et efficaces, les situations bien croquées, les personnages risibles à souhait. Quant à l'humour de "Qui a tué le maire de Paris?", marqué par des allusions à l'actualité, il se distingue en particulier dans le registre du sarcasme et du grinçant, sans épargner personne. C'est rapide, rosse et divertissant: voilà donc bien sans doute un roman à lire pour rire de ses propres rognes face aux édiles de tout poil. En période électorale, voilà qui peut s'avérer salutaire.
Philippe Colin-Olivier, Qui a tué le maire de Paris?, Paris, Pierre Guillaume de Roux, 2020.





