La vie de l'agent Franz Eberhofer est assez tranquille lorsqu'il officie dans sa petite ville natale, où il vient d'être muté pour des raisons disciplinaires assez rocambolesques: il vit entre ses parents, son frère et son chien Louis II (tiens, comme l'hôtel parisien dans "Schproum" de Jean-Yves Cendrey...), et finit régulièrement ses journées oisives chez Wolfi à boire des bières au bar du cru. Cela, jusqu'à ce qu'une série d'accidents suspects, touchant comme par hasard toujours la même famille, lui mette la puce à l'oreille. Complot? Personne n'y croit dans son entourage, y compris professionnel – on pense au juge, au double Dr Spechtl ou même à la Susi. Personne, sauf lui...
L'embrouille tourne dès lors autour du rachat frauduleux de la maison des Neuhofer par une entreprise qui entend y construire une station-service qui promet d'être juteuse. Elle va se corser dès lors qu'une ravissante demoiselle nommée Mercedes (et surnommée "la Ferrari" par tout le village) s'installe dans une vieille demeure considérée comme maudite, et y fait venir un architecte est-allemand platiste, officiellement pour y faire des travaux. Qui sont-ils vraiment?
Il est permis de trouver le dénouement de l'intrigue un brin prévisible, certes. A défaut de retournement de situation improbable, le lecteur se délecte de la manière dont l'enquête avance, de manière pas toujours très orthodoxe, d'autant plus que par moments, Franz Eberhofer doit lutter contre ses sentiments avant même de lutter contre le crime. Est-il gay, d'ailleurs? Une péripétie à Majorque fera naître une rumeur virale dont le copain présumé préfère rire.
Et puis, ce roman offre la saveur succulente de personnages hauts en couleur, souvent définis par une caractéristique qui servira, pour l'autrice, au développement de gags récurrents. On pense entre autres à la Mémé qui traque les promotions dans les magasins, à Hans qui joue au football sans tout comprendre, au Papa qui écoute les Beatles en boucle jusqu'à la nausée. Avec de tels personnages, l'humour de situation n'est pas loin, d'autant plus que ces villageois ont parfois des habitudes bien à eux.
Certes, la traduction française de "Choucroute maudite" est perfectible, on le constate à certains détails: quelle race de chiens, par exemple, s'appelle "bonnet"? Mais cela ne saurait gâcher le plaisir un peu rare mais savoureux, délicat comme un plat de charcuterie servi avec des knödel, de parcourir, au creux de l'été, un roman policier parfaitement déglingué.
Rita Falk, Choucroute maudite, Paris, Mirobole Editions, 2016/J'ai Lu, 2019. Traduit de l'allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux.




