lundi 3 août 2026

Deux ados amoureux au bord de l'eau

Lili Nyssen – Une adolescente et un adolescent qui s'aiment, s'expriment, ou pas. Et une narratrice, plus âgée, qui illustre leur destin en leur conférant une part d'elle-même. Tel est le propos mis en place par l'écrivaine Lili Nyssen dans "L'Effet Titanic", son premier roman. Tout semble séparer les deux amis, à commencer par la distance: la fille, Flora, vit près de la Manche au Havre, alors que Zak, le garçon, vit dans un tout autre quartier. 

Dans une écriture ciselée, très écrite voire poétique jusque dans sa forme (voir la manière dont "je t'aime" est déconstruit, pour dire la difficulté qu'il peut y avoir à le dire), ce qui n'empêche pas des écarts plus familiers et expressifs, l'auteure relate la tendresse et les non-dits, mais aussi l'alcool des soirées et les sorties. Au fil des pages, c'est une école sentimentale qui se dessine, à l'aune de la jeunesse. L'utilisation assumée de pronoms variés pour évoquer ses personnages peut sembler déroutante, mais on s'y fait: la narratrice, accro à Tinder, a aussi ses avanies.

Le motif de l'eau est récurrent dans "L'Effet Titanic", à commencer bien sûr par un clin d'œil au film de James Cameron. Les flots mortels du film font écho à la proximité de la Manche, mais aussi, entre autres, aux moments de tendresse passés sous la douche. 

L'amour partagé, quoique sinueux, entre Flora et Zak fait écho à celui, impossible, du frère de Zak, homosexuel dans un milieu et une famille qui réprouvent ce penchant. L'écriture se fait grave alors, à partir du moment où, après avoir tenté de se suicider, le frère de Zak se retrouve dans le coma à l'hôpital. Et l'on découvre la famille de Zak, son père en particulier. Cela, en miroir avec la mère de Flora, qui semble parfois redécouvrir sa fille.

C'est avec une grande sensibilité que l'écrivaine Lili Nyssen dessine l'éveil à l'amour de deux ados de province livrés à leur temps et à l'eau qui, telles les années, coule inexorablement. "L'Effet Titanic" apparaît comme un roman travaillé avec succès pour qu'il sonne juste.

Lili Nyssen, L'Effet Titanic, Paris, Les Avrils, 2022.

Le site des éditions Les Avrils.

Egalement lu par Pierre Ahnne, Waterlyly.

dimanche 2 août 2026

Dimanche poétique 753: Etienne Jodelle

Si quelqu'un veut savoir qui me lie et enflamme

Si quelqu'un veut savoir qui me lie et enflamme, 
Qui esclave a rendu ma franche liberté,
Et qui m'a asservi, c'est l'exquise beauté, 
D'une que jour et nuit j'invoque et je réclame.

C'est Le feu, c'est Le noeud, qui lie ainsi mon âme, 
Qui embrase mon coeur, et le tient garotté
D'un lien si serré de ferme loyauté,
Qu'il ne sauroit aimer ni servir autre Dame.

Voilà le Feu, le Noeud, qui me brûle, et étreint :
Voilà ce qui si fort à aimer me contraint 
Celle à qui j'ai voué amitié éternelle, 

Telle que ni le temps ni la mort ne sauroit 
Consommer ni dissoudre un lien si étroit 
De la sainte union de mon amour fidèle.

Etienne Jodelle (1532-1573). Source: Bonjour Poésie.

mardi 28 juillet 2026

Du rififi dans la choucroute

Rita Falk – N'allez pas chercher le rapport entre le roman "Choucroute maudite" et la choucroute: au-delà du stéréotype culinaire allemand et de l'idée qu'on pédale parfois dedans, il est pour le moins ténu, même si l'on aime la bonne chère dans ce roman policier bavarois signé Rita Falk. Dans ces pages, en revanche, vous trouverez pas mal d'humour et de truculence, ce qui fait aussi beaucoup de bien.

La vie de l'agent Franz Eberhofer est assez tranquille lorsqu'il officie dans sa petite ville natale, où il vient d'être muté pour des raisons disciplinaires assez rocambolesques: il vit entre ses parents, son frère et son chien Louis II (tiens, comme l'hôtel parisien dans "Schproum" de Jean-Yves Cendrey...), et finit régulièrement ses journées oisives chez Wolfi à boire des bières au bar du cru. Cela, jusqu'à ce qu'une série d'accidents suspects, touchant comme par hasard toujours la même famille, lui mette la puce à l'oreille. Complot? Personne n'y croit dans son entourage, y compris professionnel – on pense au juge, au double Dr Spechtl ou même à la Susi. Personne, sauf lui...

L'embrouille tourne dès lors autour du rachat frauduleux de la maison des Neuhofer par une entreprise qui entend y construire une station-service qui promet d'être juteuse. Elle va se corser dès lors qu'une ravissante demoiselle nommée Mercedes (et surnommée "la Ferrari" par tout le village) s'installe dans une vieille demeure considérée comme maudite, et y fait venir un architecte est-allemand platiste, officiellement pour y faire des travaux. Qui sont-ils vraiment? 

Il est permis de trouver le dénouement de l'intrigue un brin prévisible, certes. A défaut de retournement de situation improbable, le lecteur se délecte de la manière dont l'enquête avance, de manière pas toujours très orthodoxe, d'autant plus que par moments, Franz Eberhofer doit lutter contre ses sentiments avant même de lutter contre le crime. Est-il gay, d'ailleurs? Une péripétie à Majorque fera naître une rumeur virale dont le copain présumé préfère rire.

Et puis, ce roman offre la saveur succulente de personnages hauts en couleur, souvent définis par une caractéristique qui servira, pour l'autrice, au développement de gags récurrents. On pense entre autres à la Mémé qui traque les promotions dans les magasins, à Hans qui joue au football sans tout comprendre, au Papa qui écoute les Beatles en boucle jusqu'à la nausée. Avec de tels personnages, l'humour de situation n'est pas loin, d'autant plus que ces villageois ont parfois des habitudes bien à eux. 

Certes, la traduction française de "Choucroute maudite" est perfectible, on le constate à certains détails: quelle race de chiens, par exemple, s'appelle "bonnet"? Mais cela ne saurait gâcher le plaisir un peu rare mais savoureux, délicat comme un plat de charcuterie servi avec des knödel, de parcourir, au creux de l'été, un roman policier parfaitement déglingué.

Rita Falk, Choucroute maudite, Paris, Mirobole Editions, 2016/J'ai Lu, 2019. Traduit de l'allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux.

Egalement lu par Alice, Joe, Mutinelle, Nelfe, Yuyine.

dimanche 26 juillet 2026

Dimanche poétique 752: Michel-Ange

Sonnet caudé sur le plafond de la Sixtine

A travailler tordu, j'ai attrapé un goître
comme l'eau en procure aux chats de Lombardie
(à moins que ce ne soit de quelque autre pays)
et j'ai le ventre, à force, collé au menton.

Ma barbe pointe vers le ciel, je sens ma nuque
sur mon dos, j'ai une poitrine de harpie,
et la peinture qui dégouline sans cesse
sur mon visage en fait un riche pavement.

Mes lombes sont allées se fourrer dans ma panse
faisant par contrepoids de mon cul une croupe
chevaline et je déambule à l'aveuglette.

J'ai par-devant l'écorce qui va s'allongeant
alors que par derrière elle se ratatine
et je suis recourbé comme un arc de Syrie.

Enfin les jugements que porte mon esprit
me viennent fallacieux et gauchis : quand on use
d'une sarbacanne tordue, on tire mal.

Cette charogne de peinture
défends-là, Giovanni, et défends mon honneur :
suis-je en bonne posture ici et suis-je peintre ?

Michel-Ange (1475-1564), traduction de Pierre Leiris. Source: Michel Terestchenko.

samedi 25 juillet 2026

Piégé dans les coulisses de l'édition

Jean-François Merle – Ce n'est pas un mystère: je suis toujours attiré par les romans qui, portant le même titre, ont été écrits par des auteurs différents. Autant dire que je n'ai guère hésité, lors d'une Fête du Livre de Saint-Etienne passée, à m'offrir, pour la découverte, "Le grand écrivain", troisième livre de Jean-François Merle. En effet, ce titre est aussi celui d'un des premiers romans de Jean-Edern Hallier – j'en parlais ici naguère. 

Le roman de Jean-François Merle n'a cependant pas grand-chose à voir avec celui de Jean-Edern Hallier. Au fil des pages, en effet, Jean-François Merle s'attache, bien plus que son aîné qui joue la carte de l'introspection qui fonde une vocation, à décrire les magouilles baroques du petit monde de l'édition germanopratin. Pour cela, il lui faut un naïf: ce sera le narrateur, écrivain de peu, soudain repêché par une maison d'édition avec laquelle il est en délicatesse. Sa mission, pour se racheter? Aider un écrivain de renommée mondiale (et l'auteur en rajoute, quitte à caricaturer) à rédiger ses souvenirs. Et comme souvent, c'est par le fric qu'il est tenu.

Sans doute connaisseur du monde éditorial parisien, l'écrivain en démonte les rouages dans un roman qui, longtemps, semble avancer pépère. Le lecteur découvre une éditrice acariâtre, Dolorès, et son impénétrable assistante, Solveig (comme si toutes les assistantes et stagiaires parisiennes s'appelaient Solveig – j'ai déjà vu ce prénom chez Frédéric Beigbeder, je crois, et peut-être même dans la vraie vie!), et un écrivain rugueux, André Maillencourt. Dans un premier temps, le lecteur s'amuse doucement en observant le narrateur se cogner aux obstacles d'une mission qu'il n'a pas choisie mais qui pourra le sortir de sa mouise de jeune homme sans but dans la vie. Quant à Dolorès, on aime la voir défendre son poste, qui suscite bien des jalousies.

Heureusement, l'auteur sait placer quelques obstacles sur le chemin de ses personnages. C'est presque attendu: le narrateur, lassé de jouer le rôle de corniaud de service (on pense au personnage principal du film du même nom, mais aussi au Guillaume de Saint-Sève de Charles Exbrayat – c'était dans "Bye bye, chérie!"), se met à s'intéresser à son sujet. Et voilà qu'entrent dans la danse un chercheur en littérature française, plus proche de Saint-Evremond que d'André Maillencourt, et Raoul Legerbeux, journaliste spécialisé dans les échos et potins. Quel sera leur rôle? Des grains de sable imprévus dans une histoire qui aurait dû rouler et renflouer la fragile trésorerie de l'éditeur qui emploie Dolorès.

Enfin, le nom d'André Maillencourt fait immanquablement penser à celui d'André Malraux, écrivain, ministre et mythomane notoire – et dont l'écrivain Jean-Edern Hallier aimait à se réclamer. Le romancier met ainsi le lecteur sur la piste de ce qui va faire l'essence de son roman: un jeu incessant entre le mensonge, omniprésent dans le monde impitoyable de l'édition, et la vérité, qui se dérobe constamment dans "Le grand écrivain", encourageant le lecteur à la chercher en tournant les pages.

Et c'est pour la fin que l'écrivain réserve ses retournements de situation les plus épatants. Pour y parvenir, le romancier sait accrocher son lectorat par une écriture fluide et efficace, nourrie à tous les instants par un humour protéiforme, tantôt rocambolesque, tantôt né des situations mises en scène. Cela, sans oublier une manière toute personnelle, pince-sans-rire, de dire les choses. Autant dire que dans la version signée Jean-François Merle, "Le grand écrivain" s'avère un chouette roman d'humour, capable d'offrir à son lectorat une visite guidée bien informée des coulisses du monde éditorial parisien, incluant une présentation adroite de ses acteurs.

Jean-François Merle, Le grand écrivain, Paris, Arléa/1er mille, 2018.

Le site des éditions Arléa.

Egalement lu par Dominique BernardNicole Grundlinger.

vendredi 24 juillet 2026

Jean-Yves Cendrey et le pouvoir délétère des ondes

Jean-Yves Cendrey – Les lecteurs auront-ils encore l'occasion de lire un ouvrage neuf de Jean-Yves Cendrey? Paru en 2013, porté par une plume habile et joueuse, son livre "Schproum" a tout d'un adieu au lectorat, dû à des raisons de santé majeure. Les éditions Actes Sud ont eu la sagesse de faire paraître avec cet ouvrage un opus atypique, contenant un roman inachevé et un témoignage personnel qui se regardent en miroir. 

Voici l'affaire: tout commence avec la narration, amusée et travaillée, du personnage de Wallstreet, mal marié puis sommé de divorcer, alter ego caricatural de l'auteur par certains aspects. Tout se passe à Berlin (où l'auteur vit avec son épouse, l'autrice Marie NDiaye), on sourit volontiers des négociations qui s'installent entre Wallstreet et sa femme Roswitha Viol-Wirchow. Mais le ver est déjà dans le fruit: dès la première partie, l'auteur fait part de malaises, écrits de manière incidente en italiques. La fin de ce bout de roman coïncide avec le terme de la première partie du livre, qui bascule dès lors dans le témoignage.

"Schproum" amène l'écrivain à se révéler, parfois à son corps défendant, que ce soit face à ses médecins ou à son lectorat. Du point de vue politique, le Jean-Yves Cendrey du livre assume, en emménageant à Berlin, d'avoir pris ses distances avec la France en général, et en particulier avec celle de Nicolas Sarkozy, jugée outrancièrement policière. Du point de vue médical, la deuxième partie du roman met à nu, face au lecteur, un homme qui, face à la Faculté, hésite à s'ouvrir totalement. Le lecteur sent ici à quel point il est difficile pour un écrivain, parfois, de se révéler jusque dans ses faiblesses, qui qu'il ait en face de lui.

Quant à trouver sa place sur terre... là est la plus grande difficulté que traverse le Jean-Yves Cendrey du roman. C'est peu de le dire que de sentir qu'il est mal à l'aise dans les logements retirés où il tente d'élire domicile à la recherche de tranquillité: c'est tantôt médiocre (les Cévennes), tantôt d'une humidité répulsive (Ouessant), tantôt malaisant (Paris, vers Saint-Sulpice, dans le charmant hôtel Louis II). Mais, le lecteur le comprend peu à peu, le mal dont souffre l'auteur qui se raconte est à la fois indétectable et invivable: c'est l'électrohypersensibilité. 

Sans rien céder à son talent pour la formule mémorable et pour les rapprochements audacieusement poétiques entre les mots, l'écrivain propose avec "Une fin" une troisième partie militante, fâchée, peu amène face à un gouvernement français qui considère, et l'écrivain cite une ministre des télécommunications son temps, les électrosensibles comme des personnes qui agitent "des peurs irrationnelles" qui, si on les écoutait, auraient eu "de graves conséquences économiques". Un discours qu'il juge pour le moins anachronique alors que d'autres pays que la France, sait-il, s'interrogent depuis longtemps sur la possibilité que les ondes soient néfastes pour une partie de la population – soit dit en passant, il en était formellement question à Fribourg (Suisse) en février 2003 déjà, à travers la personne de Jean-Marie Danze, certes présentée comme l'anti-portable de service dans le cadre d'un café scientifique orienté.

Handicapé d'un genou, incapable de parler voire de penser, l'écrivain se considère, diagnostic et constats personnels à l'appui, comme électrohypersensible, et il est permis de le croire au vu des symptômes manifestés et de ce qu'ils peuvent avoir de handicapant selon l'auteur, rendu inapte à l'écriture par la bouillie d'ondes qui nous entoure mais qui a su faire ses propres recherches. A la fois témoignage et roman inachevé ("avorté", dit l'auteur), "Schproum" est-il le chant du cygne d'un écrivain de grande valeur, à la plume envoûtante, dont la France, tantôt saturée d'électricité dans l'air, tantôt malcommode à habiter, ne veut plus? Il est permis de le penser, hélas. 

Jean-Yves Cendrey, Schproum, Arles, Actes Sud, 2013.

Le site des éditions Actes Sud.

Lu par Chantal Levêque, Odile Beniahya-Kouider.

mercredi 22 juillet 2026

Incendie, année zéro: le destin d'un village résilient

André Beaud – C'était il y a 150 ans et deux jours, un jeudi: le village fribourgeois d'Albeuve, proie d'un incendie fulgurant, est entièrement tombé en cendres, à peine l'espace d'un après-midi. Cet événement tragique a été commémoré par un spectacle musical, mais aussi par la parution du livre "Les jeudis noirs d'Albeuve". André Beaud, journaliste et enfant du pays, en est l'auteur. 

Le premier "jeudi noir" mentionné par l'auteur est bien sûr celui du grand feu. L'auteur en retrace le déroulé, autant que la documentation encore disponible aujourd'hui le permet. La presse, en particulier, se révèle une source féconde. Outre l'événement, le chapitre consacré à l'incendie rappelle aussi la solidarité spontanée qui s'est rapidement fait jour: collectes de fonds, logements dans le village voisin de Neirivue pourtant un peu rival. 

L'auteur, enfin, ne manque pas de relater une belle histoire, celle de Louis dit "A la noire" qui, relogé à Neirivue, y a rencontré celle qui deviendra son épouse par-delà les épreuves. Pour le coup, c'est l'occasion d'esquisser, dans un chapitre distinct, le destin d'une famille pauvre comme il y en avait encore beaucoup au tournant du siècle dans une Gruyère restée rurale, tributaires de la commune pour, par exemple, obtenir des chaussures. 

Le deuxième "jeudi noir" est associé à la démission fracassante, en 1934, de Jean-Marie Musy, enfant d'Albeuve devenu Conseiller fédéral – le premier Fribourgeois à avoir décroché une telle fonction, au sommet du gouvernement national suisse. Là encore, le travail de mise en contexte est remarquable: l'auteur en profite pour évoquer l'"hôtel de l'Ange" d'Albeuve, tenu précisément par les Musy. Et tout en rappelant le choc qu'a pu représenter au village la démission de Jean-Marie Musy, "Les jeudis noirs d'Albeuve" n'omet rien des zones d'ombres d'un ministre certes méritant (il s'y connaissait en finances), mais tenté par les régimes autoritaires des pays alentour.

Partant de l'évocation d'un événement ponctuel marquant qui apparaît dès lors comme un moment de (re)naissance, une année zéro, l'auteur dessine peu à peu une histoire du village à travers certains enjeux et surtout certains personnages, anonymes ou notables du cru, représentatifs de la vie locale. D'emblée, et parfois en composant avec le gouvernement cantonal conservateur, il a fallu reconstruire. Le développement d'industries locales ambitieuses, travaillant la pierre ou le bois, est évoqué: tel entrepreneur charpentier est allé chercher du personnel jusqu'en Italie, formant une première vague d'immigration. Tel autre, après la Seconde guerre mondiale, proposera des cuisines aménagées là où c'est le potager à bois qui règne: avec les Trente Glorieuses, qu'advienne le confort! 

Ces portraits vont jusqu'à évoquer des personnes qui sont encore de ce monde, et que le lectorat local de "Les jeudis noirs d'Albeuve" a sans doute connus. On pense notamment à Jean-Louis Castella, figure politique et musicien de renommée régionale, ou à celui qu'on surnomme Boudji, lui aussi actif en musique, mais aussi dans l'ébénisterie. C'est l'occasion, pour l'auteur, d'évoquer les chœurs et sociétés de musique locales: à l'instar de nombreux villages fribourgeois, Albeuve a son chœur paroissial et sa fanfare.

Fruit d'un travail de recherche méticuleux et qu'on devine considérable, fait à la fois d'exploration de documents d'hier et d'aujourd'hui et d'entretiens personnels, "Les jeudis noirs d'Albeuve" dessine le portrait d'un village résilient, qui a su rebondir après une catastrophe majeure, assurant d'emblée son alimentation en électricité et en eau, et obtenant dès le début du vingtième siècle une gare pour le chemin de fer à écartement métrique. Sa rédaction se révèle vivante et aisée, parfaitement adaptée à tous les publics. Enfin, ce livre est richement illustré, les images d'époque y côtoyant des photos d'aujourd'hui, prises spécialement pour l'occasion par Jean-Bernard Sieber. Un jalon important pour ceux que l'histoire locale passionne!

André Beaud, Les jeudis noirs d'Albeuve, Bulle/Montreux, Editions Montsalvens, 2026. Préface de Patrice Borcard.

Le site des éditions Montsalvens.