jeudi 5 février 2026

Quand un "like" fait le tour du monde... c'est-à-dire à chaque fois!

Guillaume Pitron – Le journaliste Guillaume Pitron avait laissé son lectorat avec une enquête fouillée sur la géopolitique des métaux rares, intitulée "La guerre des métaux rares". Dans un nouvel ouvrage consacré à une thématique voisine, le voici qui part à la poursuite d'un "like" lancé en ligne, cliqué par un internaute qui souhaite simplement partager son approbation, voire son enthousiasme sur quelque réseau social. Et c'est du lourd.

Cela, sans mauvais jeux de mots: menant l'enquête aux quatre coins du monde, l'auteur réussit à démontrer que le numérique, qu'on aime qualifier de "dématérialisé", a en réalité un poids matériel important. Le lecteur le voit assister à la pose d'un câble sous-marin en France, partir à la découverte de centres de stockage de données voisins, explorer les dessous des villes intelligentes, voire des pays qui, tels l'Estonie (surnommée "e-Stonia", paraît-il, soit dit en passant), se sont lancés à corps perdu dans un fonctionnement entièrement fondé sur le numérique. 

Ce qu'il nous dit ainsi, c'est que pour dématérialiser les activités humaines par le biais du numérique, il faut des infrastructures immenses, à telle enseigne que le support ramifié et mondial permettant à chacune et à chacun de surfer sur Internet est peut-être la plus grande construction jamais édifiée par l'humain. Et aujourd'hui déjà, son empreinte écologique est notablement plus lourde que celle du secteur aérien, qu'on aime désigner comme bouc émissaire lorsqu'il s'agit de pollution.

Les résultats sont variables: si l'Estonie fonctionne bien en se fondant sur un numérique vendu à la population sur la base de promesses qui relèvent du récit de propagande (que l'auteur analyse avec exactitude), la future "ville intelligente" de Masdar City, à Abu Dhabi, peine à tenir ses promesses. Y parviendra-t-elle un jour, et à quel coût en termes de ressources? L'auteur amène assez rapidement l'idée que les avantages environnementaux espérés par un tel projet ne soient qu'une chimère, compte tenu du volume de données qu'un tel projet peut consommer: leur gestion implique une consommation considérable de métaux rares, d'énergie et même de ressources humaines. 

L'auteur explique aussi les dessous de la continuité du service d'Internet, exigée par plus ou moins tous ses consommateurs: pas question que l'ordi plante au moment fatidique, que ce soit (l'auteur aime rappeler la futilité des usages du Web grand public, pour avoir un contraste maximal avec les ressources requises) dans un jeu massivement multijoueurs, lorsqu'on balance un "like" ou une photo de chaton sur ses réseaux sociaux... ou qu'on tente de faire fortune dans le monde de la finance, où le numérique est d'ores et déjà plus rapide et performant que l'humain lorsqu'il s'agit de vendre et d'acheter. Cela exige une sécurité accrue qui, quelques exemples le suggèrent, confine à la paranoïa: gardiens, interdictions d'accès, souci maladif de la pureté de l'environnement, réfrigération des serveurs... Cela, sans parler des redondances: l'auteur indique que la photo de vacances publiée par un internaute se retrouve enregistrée à plusieurs endroits dans le monde, ce qui multiplie son impact.

L'empreinte du numérique tel qu'il est conçu constitue le fil rouge de ce petit livre, dense et bien renseigné sur la base de choses vues, de documents et de témoignages. Un barrage constitue-t-il une manière écologique de fabriquer du courant? L'auteur est sceptique. Surtout, il se montre inquiet face à une société numérique, incitée à l'être à tout moment, voire à le rester (intéressante analyse des couleurs bleu et rouge pour pousser l'internaute à l'action en ligne), qui va se révéler immensément plus énergivore et gourmande en ressources naturelles que les temps passés. Le numérique sobre ou responsable? L'auteur l'évoque, mais annonce la couleur: ce ne sera pas facile non plus, tant il y a d'interdépendances. Cela, sans compter le facteur humain...

En sortant de sa lecture, le lecteur va sans aucun doute se poser des questions quand à sa consommation de trucs électroniques: ordinateurs trop vite usagés, téléphones portables qu'on remplace à la première griffure – oui, même la thématique de l'obsolescence programmée, pourtant familière, est expliquée pour les néophytes. Il peut aussi être amené, quitte à déranger un peu, à poser des questions à son employeur. Et pourquoi pas?

Guillaume Pitron, L'enfer numérique, Paris, Les Liens qui libèrent, 2023.

Le site de Guillaume Pitron, celui des éditions Les Liens qui libèrent.

Egalement lu par Clément Donzel.

lundi 2 février 2026

Désir du désir: la quête de Mouille d'Été au mésolithique

Morgan Glendish – Le roman préhistorique, c'est du sérieux. Morgan Glendish, auteur de "La Caverne du Baba", saisit ses personnages à une époque clé, celle où l'humain, nomade auparavant, s'apprête peu à peu à se sédentariser. Symbole peut-être de la fin du temps du nomadisme humain, Mouille d'Été a quant à elle un problème personnel: elle ne prend plus aucun plaisir... au plaisir, justement. Cela va la mener sur les routes en quête d'une solution à cette aboulie mêlée, peut-être, d'un peu de lassitude mentale.

Les tensions de ce nouveau roman de Morgan Glendish, édité dans la collection spécialisée "Damned", prennent une couleur politique au début du roman, lorsqu'il s'agit de débattre des avantages comparés de la vie nomade et de la vie sédentaire. L'auteur présente la vie nomade comme plus égalitaire que la sédentarité, qui exige une répartition des tâches qui, lit-on entre les lignes, va favoriser le mâle de l'espèce humaine. Ce qui n'est pas forcément du goût de Mouille d'Été – une belle femme farouchement nomade d'âge mûr dont le corps, relève l'auteur, raconte la vie au gré des cicatrices. Femme dont l'autorité est du reste contestée.

Mais tout cela paraît bien sérieux... Ce n'est qu'un début. Au fil des pages, l'auteur laisse s'exprimer un grain de folie qui ne peut s'empêcher de croître, ni de prospérer. Celui-ci passe par une parole libre et familière qui épouse à l'occasion des accents bien actuels et ne néglige pas l'humour à répétition, surtout lorsqu'il s'agit, pour les personnages qui entourent Mouille d'Été, d'avoir tous envie de "faire flak-flak" avec elle. Cela, à une époque où cet acte à la fois intime et agréable n'était pas aussi codifié qu'aujourd'hui...

L'humour de ce roman de quête décomplexé et très nature, où l'on se propose la botte sans y mettre davantage de formes que cela, naît aussi des noms de ses personnages, souvent suggestifs et ambigus même si l'auteur, malicieux, suggère que ce n'est jamais ce que le lecteur serait enclin à penser. Ainsi voit-on évoluer Pine de Sanglier, Vol de Nuit ou Queue d'Écureuil. Des personnages nommés Brok, par exemple, apparaissent dès lors immédiatement comme quelque peu extérieurs au clan décrit par l'écrivain. 

Morgan Glendish a signé d'autres romans dans la série "Damned", notamment "Sexe ou silex?", et annonce une suite intitulée "Tambour et aisselle". On le retrouve aussi en préfacier de "C'est pas la longueur qui compte" de Padraig Morishknee. Padraig Morishknee et Morgan Glendish sont-ils la même personne, d'ailleurs? Les noms d'auteurs de la série "Damned" étant les pseudonymes d'écrivains suisses romands évoluant en liberté, les paris sont ouverts quant à leur identité...

Morgan Glendish, La caverne du Baba, Lausanne, Nouvelles Editions Humus, 2025, traduit de l'écossais par Ramos Alaplaya.

Le site des Nouvelles Editions Humus.


dimanche 1 février 2026

Dimanche poétique 728: Vénus Khoury-Ghata

Regard de reproche du coq cuit dans son sang
la tache écarlate sur le sol de la cuisine dénonce la mère
ses mains semblent au-dessus de son assiette
elle le désosse avec tendresse
le mâche lentement
ses larmes ne sont pas de l'eau

Vénus Khoury-Ghata (1937-2026), Désarroi des âmes errantes, Paris, Mercure de France, 2024.

vendredi 30 janvier 2026

Le merveilleux en mode moderne, vif et poétique, avec Nétonon Noël Ndjékéry

Nétonon Noël Ndjékéry – "La Fabrique du merveilleux" est un ample conte africain, baigné, comme son titre l'indique, de merveilleux. Au travers de ses pages, l'écrivain tchadien et suisse Nétonon Noël Ndjékéry revisite les types et les figures imposées du genre avec beaucoup de bonheur et un soupçon d'humour. Tout part de l'ambition d'une jeune fille...

Poudoudou exploite en effet les traditions de son royaume pour devenir reine, quitte à tricher un peu dans le contexte d'une société marquée par ses rituels. Et peu à peu, le lecteur le montre, elle saura faire le vide autour d'elle et de son mari, le mbaï (roi) Laoula: exit même ses autres épouses, puisque dans un souci d'égalité face aux générations, le roi, polygame, épouse une jeune femme par an. Accessoirement, Poudoudou s'arroge le droit d'avoir un amant, Tipipi, son homme de confiance à plus d'un titre.

Le merveilleux s'invite dans les pages de "La Fabrique du merveilleux" – à commencer par la situation qui donne son titre au livre: c'est un lieu où tout semble possible, y compris la coexistence pacifique entre espèces animales a priori antagonistes dans le lieu où, précisément, les rêves naissent et sont gérés pour chaque être vivant. C'est que l'histoire, dans son ensemble, demeure proche d'une nature volontiers référentielle: le temps, en particulier, y est évoqué en lunes à l'occasion.

Et puis, il y a ce personnage de Guiliguili, alias Keïko, l'une des enfants égarées du roi, dont les larmes créent tantôt des bijoux, tantôt des chaînes pour les prisonniers, tantôt même des pythons, colliers vivants prompts à étrangler. L'écrivain ménage ses effets avant de la faire intervenir, afin de créer autour d'elle une aura de mystère: qui est la géniale bijoutière qui produit, en toute discrétion, les si beaux joyaux de la reine?

Cet univers merveilleux, l'écrivain l'a voulu en posant dès le départ l'idée que le monde du rêve et celui du réel sont en réalité poreux et que les dieux, en particulier le dieu Sou, créateur dominant dans la mythologie du pays de Poudoudou, ne se gênent pas d'intervenir d'un côté ou de l'autre. Et c'est avec l'art immense du poète que le romancier déroule les multiples péripéties de son conte. Un art empreint d'une poésie de tous les instants, riche en images d'une originalité toute personnelle, intemporel, marqué aussi par un certain sourire. Le tout, mis au service d'une intrigue inventive qui évolue sur la mince ligne de frontière entre le réel et le songe.

Nétonon Noël Ndjékéry, La fabrique du merveilleux, Vevey, Hélice Hélas, 2026.

Le site des éditions Hélice Hélas.

mardi 27 janvier 2026

"Les Corberaux", un conte de fées truqué sur une île opulente

Anne-Frédérique Rochat – Préserver les apparences, assurer l'impunité: ce sont les mots qui viennent à l'esprit en refermant "Les Corberaux", dernier roman de l'écrivaine suisse Anne-Frédérique Rochat. Ce roman débute à la manière d'un conte de fées trop beau pour être vrai, et s'achève au moment où l'onde remuée se calme, engloutissant un drôle d'épisode de vie.

Homme riche, influent et vieillissant, M. Corberaux engage, sur un coup de tête, une vingtenaire sans abri nommée Agathe. Son passé? Compliqué, l'auteure le suggère avec pudeur. Sa mission? Ce sera le service aux repas, un peu de ménage. Elle sera logée, nourrie. Le paradis pour une jeune femme qui vit dans la rue, exposée à toutes les menaces. Donc oui: le lecteur se dit, en lisant les premières pages de ce roman, que c'est trop beau pour être vrai. 

L'auteure joue avec cette situation de départ, tout en glissant, d'emblée, quelques fausses notes discrètes qui devraient alerter: la maîtresse de maison surréagit à la curiosité d'Agathe concernant l'aménagement du manoir où elle vit, par exemple. Quant au fait de travailler pour ce couple sans être rétribuée, cela revient pour Agathe à être totalement dépendante de celui-ci. Cet emploi de "dame de compagnie" est-il donc une prison dorée? Un paradis truqué? La romancière captive en entretenant le doute, entre confort matériel et dynamiques d'emprise: en substance, pour Agathe, c'est ça ou la rue.

Peu à peu, l'écrivaine pousse son roman au noir. Le lecteur découvre ainsi une maîtresse de maison toxique, soufflant le chaud et le froid à l'encontre d'Agathe. Quant à son mari, de manière plus prévisible (ou le voit venir dès le début du roman: un homme d'âge mûr qui offre un emploi à une jeune femme en détresse sociale n'est pas forcément désintéressé...), bien qu'impuissant, il finira par se révéler pour ce qu'il est: un prédateur. Quant au chien Gamin, en baladant sa lassitude de vivre, il offre quelques pauses amusées dans une ambiance qui devient de plus en plus pesante.

Et si la corne de brume du port rythme et informe la vie sur l'île où vivent le couple et sa servante, Marie-Aline joue le rôle d'avertissement. Institutrice, elle ne dépend pas du couple Corberaux, ce qui lui confère une liberté de parole sur les questions sociales du cru: problèmes de santé dus au travail dans l'entreprise dirigée par M. Corberaux, mais aussi gestion paternaliste qui permet à ce même Corberaux d'avoir des obligés, même modestes, sur qui compter. 

En situant son intrigue sur une île jamais nommée, enfin, la romancière installe "Les Corberaux" dans ce qui semble un laboratoire presque isolé où vivent des privilégiés qui doivent être contents de l'être et interagissent au gré des conventions sociales et pas davantage, par opposition au mode de vie sur le continent, jugé moins désirable, plus misérable aussi.

C'est sur quelques actes de violence que se termine le roman "Les Corberaux", laissant au lecteur un sentiment de décalage injuste: la lanceuse d'alerte Marie-Aline, Cassandre de notre temps, n'aura pas été écoutée, et les Corberaux trouvent aussi leur mortel destin, ce qui ne leur évite pas les honneurs d'une société insulaire qui fonctionne en vase clos. Et Agathe? Choquée, elle aussi aura quitté la scène en fin de roman. Reste Désirée, celle dont personne ne veut sauf peut-être Agathe, qui fait figure, au tout dernier chapitre, de lumière d'espoir. 

Anne-Frédérique Rochat, Les Corberaux, Genève, Slatkine, 2026.

Le site d'Anne-Frédérique Rochat, celui des éditions Slatkine.

dimanche 25 janvier 2026

Jeux de pouvoir sur une île déserte

William Golding – Miraculeusement rescapée d'un accident aérien, une nuée de garçons anglais âgés de 6 à 12 ans se retrouve sur une île déserte où il s'agit de s'organiser pour vivre et, peut-être, attirer les secours. La description de la société qui naît de cette situation inédite constitue le cœur de "Sa Majesté des Mouches", roman de William Golding. 

Les jeux de domination sont au centre de ce roman, et ce, dès le départ, lorsque Ralph et Porcinet se retrouvent: en prenant la décision de maintenir son surnom à Porcinet alors que celui-ci n'en veut plus, il prend barre sur lui. Ralph incarne dès lors, d'emblée, pour le lecteur, une forme de leadership. Face à lui, Porcinet devient une forme de subordonné, précieux grâce à ses lunettes, mais pas toujours apprécié à sa juste valeur: le stéréotype du "p'tit gros de la classe" lui reste irrémédiablement collé à la peau.

D'autres garçons viendront rejoindre ce tandem, et les tensions naissent entre eux, malgré une tentative d'organisation du groupe. Porteur d'un certain sens des responsabilités, soucieux d'attirer les secours par un feu visible de loin, Ralph finit par devenir l'opposant minorisé de Jack, qui ne pense qu'à la chasse. Quant aux activités nécessaires au bon fonctionnement du groupe de garçons, elles ne sont pas toujours réalisées au niveau souhaité, malgré de nombreuses réunions où une conque sert de trompe et symbolise le pouvoir. 

Il est permis de voir dans cet antagonisme une opposition politique entre un dirigeant soucieux d'un long terme plutôt abstrait mais nécessaire et un autre, qu'on dirait "populiste" aujourd'hui, surtout soucieux d'offrir à ses fidèles de la nourriture et des jeux – une vision court-termiste vu la situation des garçons, échoués loin de toute civilisation sur une île déserte.

Il y a une part de sacré qui vient s'installer dans l'organisation sociale que les garçons mettent en place entre eux, avec le feu qu'il faut entretenir à la manière des vestales antiques et avec la hure d'un cochon sauvage, offerte en offrande à un monstre hypothétique sur l'existence duquel chacun a sa croyance – ce monstre ferait dès lors figure de divinité. Une divinité dérisoire, l'offrande suscitant davantage l'appétit des mouches (d'où son surnom moqueur "Sa Majesté des Mouches") que du monstre.

Et s'il n'y a pas de filles dans l'histoire, ce n'est pas pour autant que la féminité en est absente. Il y a d'abord cette offrande précisément, tête d'une truie allaitante tuée par le parti de Jack, qui n'a aucun égard pour les petits et tue un peu gratuitement sur ce coup-là: c'est le signe d'un basculement vers l'état sauvage. Quant aux filles, elles sont évoquées directement (p. 210) par Ralph lui-même, en relation avec l'idée de se nouer des cheveux devenus longs. Evoquer les filles, même de manière un peu dépréciative comme c'est fait ici (les garçons mis en scène n'ont pas encore tout à fait l'âge de s'y intéresser, et c'est sans doute voulu), c'est rappeler qu'il y a un ailleurs, plus riche et plus divers, où il y en a et où Ralph et les siens aspirent, de manière plus ou moins avouée, à retourner.

Roman de la fin de l'innocence inhérente à l'enfance, "Sa Majesté des Mouches" constitue aussi une vision plutôt pessimiste de l'humanité, et spécifiquement peut-être de la masculinité: il y a aussi des morts dans ce roman, de la cruauté et des rognes qui confinent à la folie. Avec, en filigrane, une question qui interpelle: un groupe de personnes isolées loin de tout peuplement humain serait-il capable de créer un monde meilleur? Chez William Golding, c'est sur une île déserte que ça se joue; mais cela pourrait aussi fonctionner sur une planète lointaine. Un classique à découvrir, à tout âge.

William Golding, Sa Majesté des Mouches, Paris, Gallimard, 1956, traduction de l'anglais par Lola Tranec.

Le site des éditions Gallimard.


Lu pour le défi 2026 sera classique aussi. 

Dimanche poétique 727: Jacques Herman

A cause du verglas

La sortie de l’église
Fut la surprise
Du jour

A cause du verglas
Une vieille paroissienne
Trébucha

Son chapeau tomba
Par terre et laissa
S’échapper deux oiseaux
Jusque là prisonniers
De la poussière des ans

Ils volèrent très haut
Puis ils disparurent
Guillerets et chantants
Dans la fumée des cheminées d’usine

Jacques Herman (1948- ). Source: Bonjour Poésie