"Justice dans l'ombre" revisite le motif assez classique de la jeune femme badass, à la fois belle, dépourvue de toute peur et capable de se défendre toute seule. Un tel tempérament n'est pas facile à caser dans le monde des bars où se déroule l'histoire et où les femmes, certes là pour gagner leur vie, sont plutôt prisonnières d'un système. Un monde où Mei, la jeune femme en question, cherche sa place, quitte à tuer le père – une scène du roman est explicite, en l'espèce.
Certes, il n'y aura pas de description complaisante des bars sexy qui font aujourd'hui encore la réputation de Patpong. L'écrivain préfère en visiter les coulisses, ce qui est bien plus intéressant: voilà le lecteur plongé dans des structures criminelles aux alliances très conditionnelles. Mei elle-même peut compter ses amis lorsqu'il s'agit pour elle de démanteler, par esprit de justice, un trafic d'êtres humains de genre féminin qui en dépasserait plus d'un (et plus d'une).
On l'aura mise en garde, pourtant; mais, pour le plaisir du lecteur, Mei vit son lot de péripéties et subit toutes les avanies qu'il faudra pour venir à bout de l'ignoble trafic – un trafic dans lequel son père, personnage peu aimable du livre, joue son rôle.
Enfin, s'il faut relever un marqueur d'ambiance, celui-ci n'a rien de sexuel, si ce n'est par la bande: lecteurs baveux face aux femmes thaïes dénudées, passez votre chemin! En revanche, on relève que chaque chapitre commence, à la manière d'un leitmotiv obsédant, par l'évocation du climat moite de Bangkok à l'approche des festivités de Songkran. Promesse d'une sensualité jamais menée au terme, cette humidité irrigue du reste l'ensemble de "Justice dans l'ombre", roman campé dans une ville connue pour ses canaux, les khlongs, régulièrement évoqués pour faire vrai.
Quant à l'écriture, force est de relever qu'elle est sérieuse et efficace, apparemment exempte de clins d'œil à usage interne ou de tours de langage typiquement vaudois. Surtout, elle est pratiquement dépourvue de coquilles, contrairement à ce que l'on voit dans d'autres textes. Autant dire que pour un peu, on y croirait, à ce roman de la série "Damned"...
Olan Mungkorn Chaiwat, Justice dans l'ombre, Lausanne, Nouvelles Editions Humus, 2025. Traduit du thaï par Waraporn Longloy.
Le site des Nouvelles Editions Humus.
La couverture originale du livre suivra... peut-être.





