L'essayiste développe une réflexion qui s'ouvre de façon classique sur la corrélation, qu'il juge certaine – études à l'appui – entre le dégagement de CO2 et le réchauffement climatique: il n'y a pas de hasard. On le verra développer l'idée que l'humain est devenu une "espèce invasive": sommes-nous trop nombreux? Il développe aussi, pour la dénoncer, la philosophie du "plus", qui regroupe la croissance individuelle (avoir une voiture plus grosse que celle du voisin) et économique, à travers le PIB, indicateur valorisé.
Fort de ses études en géographie et de son expérience de vie qui est celle d'un aîné qui a vécu au contact de contemporains suffisamment divers, l'auteur devine cependant que le principal obstacle à la contention du réchauffement climatique, c'est l'humain lui-même, de manière presque invariable: l'humain est-il capable de réagir rapidement à ce que l'essayiste considère, non sans anxiété, comme une urgence? La technologie, selon lui, peut apporter son secours, mais il faudra passer par un épisode prolongé de dégagement majeur de CO2 pour s'adapter, par exemple en faisant en sorte que les bâtiments résistent aux événements météorologiques extrêmes que promet l'évolution du climat. Quid, par ailleurs, de l'idée que nous sommes trop d'humains sur Terre? Evoquant entre autres le Planning familial et les changements de mentalités à impulser (le titre du livre renvoie à la Genèse, premier livre de la Bible), l'auteur semble, au fil des pages, un adepte conditionnel de la décroissance de la population mondiale, et aussi d'une économie devenue trop amie du "plus".
L'essayiste est conscient du caractère impopulaire des mesures qu'il faudrait prendre dans l'urgence (et il est permis de lui rétorquer qu'il ne faut jamais décider dans l'urgence...): renoncer à la démocratisation du progrès, instaurer des gouvernements autoritaires, fonctionnant comme nos gouvernements démocratiques en période de covid-19, en composant avec les mécontentements que cela a pu générer – mais un gouvernement autoritaire ne compose pas, il interdit et embastille les porteurs d'opinions divergentes, si argumentées qu'elles soient, et on finit par l'appeler "dictature". Et une autorité forte pulsée par l'impératif de sauver le climat est appelée à devenir du "provisoire qui dure", bien plus que le temps d'une pandémie.
De tout cela, l'essayiste est conscient. Il laisse donc le lecteur face à l'alternative ultime: l'humain peut-il, aujourd'hui encore, s'emparer de la question du climat ou lui faut-il s'en remettre à l'arbitrage de la nature? Face à cette dernière possibilité, la conclusion de l'auteur est dure mais optimiste à sa façon: "Ce serait douloureux, mais ce ne serait pas la fin du monde. Ni celle de l'humanité." En somme: faire ou laisser faire...
Si "Croissez et multipliez" est le fruit d'une réflexion avant tout personnelle née d'un ressenti de jeunesse, donc parfois porteur d'émotions marquées par une urgence qui fait naître une inquiétude pas toujours bonne conseillère (sacrifier la démocratie, vraiment?), ce petit livre constitue aussi, grâce à son argumentation solide et sourcée, un apport synthétique intéressant, évocateur avant tout des limites aux actes possibles qui s'offrent face à ce qui est présenté comme une urgence, aux débats et aux enjeux qui entourent l'évolution du climat.
Gilles de Montmollin, Croissez et multipliez, Chêne-Bourg, BSN Press, 2026.
Le site de Gilles de Montmollin, celui des éditions BSN Press.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Allez-y, lâchez-vous!