Dans son esprit, pourtant, celui qui s'appelait Mohammed Moussaoui partait gagnant, fort de ses préjugés envers les chrétiens de son pays, certain même d'être capable de les convertir. Sa première rencontre avec un chrétien, lors de son service militaire, va le secouer. Cela, à partir de peu de chose: lire le Coran en y réfléchissant quelque peu, puis lire l'Evangile.
Le témoignage de Joseph Fadelle n'occulte rien. Il relate le contexte hostile aux chrétiens qui règne dans les années 1980 en Irak, un contexte qui rend à leur tour méfiantes les quelques communautés chrétiennes qui y subsistent: il n'est pas facile d'y obtenir son baptême, et aucune communauté ne tient à se mettre en danger pour accueillir celui qui reste un inconnu. Cela, sans oublier la corruption, endémique.
La rupture est également consommée avec une famille qui, c'est peu de le dire, ne comprend pas ce choix d'un changement de religion. De son côté, l'auteur de "Le prix à payer" regrette le côté formel et matérialiste de son clan, prêt à payer ou à faire acte de violence pour faire revenir "son" Mohammed Moussaoui au bercail. Face à un narrateur convaincu, ces tentatives peuvent faire figure de tentations quelque peu diaboliques aux yeux du lecteur. Mais le narrateur tient bon, persuadé que le message d'amour et d'espérance de l'Evangile est plus profond, plus sain(t) pour lui et pour les siens.
Persuadé? Certes. Mais l'auteur se montre sincère jusqu'au bout, indiquant dans son témoignage ce que tout croyant profond a sans doute ressenti un jour: le doute est indissociable de la foi, dès lors que la vie l'éprouve. L'écrivain n'en cache rien, rappelle ses moments de péché ainsi que ses accès de désespoir face à la difficulté d'être chrétien en Irak, puis en Jordanie. Il a des alliés ici-bas, cependant, à commencer par son épouse et ses enfants. De belles rencontres le feront avancer aussi, là où il semble qu'il n'y a pas de chemin.
"Le prix à payer" apparaît ainsi comme le beau témoignage, exemplaire diront même certains, d'un homme converti au christianisme dans un contexte résolument hostile. On peut aussi le voir comme la réalisation actuelle de cette invitation du Christ à tout quitter pour Le suivre, même si c'est difficile. Et aussi, enfin, comme un appel fait au lecteur à, simplement, dépasser ses préjugés et ses habitudes pour devenir meilleur. Et ce dernier message s'adresse à tout le monde.
Joseph Fadelle, Le prix à payer, Paris, Editions de l'Œuvre, 2010/Presses Pocket, 2012.

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