Danielle Cudré-Mauroux – En Suisse, les élections des conseillers fédéraux relèvent généralement de la formalité: on trouve toujours le bon candidat, qui prendra place, au terme d'un vote du Parlement, au sein du collège gouvernemental qu'on appelle le Conseil fédéral. Mais voilà: il arrive que ça déraille. C'est là que "Le bal des faux-culs", roman policier signé Danielle Cudré-Mauroux, commence.
C'est en effet une rivale (mais néanmoins amie) de Valentin Perrier, Christine Martin, qui lui souffle la place au terme d'un scrutin à suspens. La raison? Valentin Perrier a violé, et ça s'est su. Enfin, violé, vraiment? Le lecteur sent immédiatement qu'il y a quelque chose qui ne colle pas. Et c'est en entretenant savamment et longuement le doute que l'autrice accroche son lectorat.
Cela paraît simple, pourtant: Perrier, homme politique d'âge mûr, habitué d'un petit café à Vevey, fait de l'œil à l'une des serveuses, Lilly, puis cède à ses pulsions les plus malsaines. Face à cette situation, la romancière place deux personnages aux réactions très différentes: Rossella, une jeune stagiaire nourrie aux thèses post-MeToo et prompte à condamner le mâle, et son personnage récurrent, Max Avelar, "l'inspecteur de police équitable", son mentor. Un personnage que le lecteur découvre pondéré, rigoureux dans l'enquête, et amateur de bircher à ses heures.
Si pédagogue qu'il soit, celui-ci aura bien du mal à dompter sa collègue et à lui faire comprendre qu'une enquête doit aller au-delà des apparences. Tant mieux pour le lecteur: celui-ci va être promené au gré d'une intrigue qui convoque la mafia italienne, ainsi que quelques truands pour qui le petit café où Perrier a ses habitudes sert de paravent à des activités de prostitution moins avouables, discrètement exercées sur la côte lémanique. Perrier? Justement: en qualité de comptable, il a partie liée avec ce monde. Les apparences sont contre lui...
"Le bal des faux-culs" excelle à démontrer les mécanismes délétères qui, sur de simples soupçons, peuvent condamner socialement, plus durement que la décision d'un tribunal, un homme bénéficiant d'une certaine notoriété. En entourant son personnage d'une famille, la romancière renforce encore la tension dramatique de son roman: le lecteur découvre les manœuvres requises pour sauver les apparences, les enfants harcelés, l'épouse qui doute. Cela, sans oublier les amis et collègues en politique qui, soudain, tournent le dos à Valentin Perrier.
Enfin, la romancière vient greffer quelques aspects sociaux autour du personnage de Lilly, jeune femme en rupture qui se partage entre le service au café et la prostitution pour tenter, tant bien que mal, de joindre les deux bouts. Ce qui entre en contraste avec Christine Martin qui, au sommet national du pouvoir, ira liquider son secret de famille quelque part en Italie. Ce livre laisse au lecteur le souvenir d'un roman où tout semble réglé à la fin, mais où, telle une brume enveloppant certains personnages, une part de mystère s'entête à subsister.
Danielle Cudré-Mauroux, Le bal des faux-culs, Fribourg, Editions Montsalvens, 2024.
Le site de Danielle Cudré-Mauroux, celui des éditions Montsalvens.
Lu pour le défi Un hiver polar.


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