lundi 10 juin 2019

"Au Bon Roman", dans la librairie des meilleurs romans

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Laurence Cossé – Une librairie où l'on ne trouverait que les meilleurs livres, quel rêve, n'est-ce pas? C'est ce que l'écrivaine Laurence Cossé s'est prise à imaginer au fil du roman "Au Bon Roman". Un ouvrage qui commence sur le ton d'une intrigue policière: l'idée même d'une telle librairie ne fait pas que des heureux. En particulier, quelques écrivains reçoivent des avertissements particulièrement vigoureux. De qui? On s'interroge.


Très vite, cependant, on bascule dans la manière de la littérature blanche, avec tout ce dont elle est capable en termes de description des relations humaines, y compris amoureuses, et de montée en puissance. "Au Bon Roman", en effet, c'est un projet de librairie exceptionnel, ne proposant que d'excellents romans, porté par un libraire passionné et par une femme capable d'apporter un soutien financier quasi illimité. Nous suivons ainsi en premier lieu Ivan, dit Van, et Francesca.

Van? Nous voilà dans le jeu des faux noms et des pseudonymes, qui traverse l'ensemble de "Au Bon Roman" dans une manière stendhalienne – Stendhal est du reste dûment cité dès le début du livre, comme figure tutélaire d'un univers qui a ses secrets. Secrets? Oui, et en particulier – c'est une belle trouvaille – le comité de lecture de "Au Bon Roman", ce comité qui décide quels livres on trouvera là, est composé d'écrivains talentueux qui ne se connaissent pas entre eux et adoptent un pseudonyme pour tout contact.

Située rue Dupuytren, au cœur de Saint-Germain-des-Prés à Paris, la fameuse librairie se positionne en parangon de ce qui se fait de mieux dans le genre du roman. Ce "mieux" est cependant un brin orienté, du côté de la littérature blanche. L'auteure s'adonne à une avalanche de mentions d'écrivains et de romans, donnant au lecteur l'envie de noter des références pour de futures lectures. En bon Suisse, je relève la présence de la romancière Noëlle Revaz, évoquée avec passion, mais aussi l'intégration un peu rapide de Jean-Luc Benoziglio au domaine franco-français (p. 113).

On peut regretter le peu d'ouverture dont le catalogue fait preuve envers la littérature de genre, qui a pourtant aussi ses talents. Le peu d'écrivains mentionnés et pouvant s'en réclamer le sont du reste en mauvaise part – qu'on pense à Helen Fielding, vedette de la chick lit, à Danielle Steel ou à Dan Brown (bon, là, je suis d'accord). Cela, d'autant plus que depuis la publication de "Au Bon Roman", la littérature de genre fait son chemin, gagne en visibilité et en intérêt.

Reste que le monde de la librairie est représenté de façon réaliste, parfois visionnaire même si l'on pense à l'activité en ligne. Celui de l'édition parisien, avec ses connivences avec la presse, joue aussi très bien son rôle dans "Au Bon Roman", sur le ton du complot germanporatin: on devine assez vite quelle nébuleuse d'intervenants, à savoir les écrivains médiocres, recalés, éventuellement journalistes donc installés dans un jeu de connivences, a des raisons d'en vouloir à cette librairie, qui connaît un succès certain. C'est là que se joue le crescendo des mauvais buzz et des jalousies, fondé parfois sur des trollages ou des poncifs qu'on devrait pouvoir balayer sans peine. Là, "Au Bon Roman" prend des allures de roman à clés.

Comment cela va-t-il finir? Sans trop en dire, le roman s'achève sur l'idée qu'il faut que tout change pour que rien ne change, évocatrice du "Guépard" de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Cela, au bout d'un voyage aux faux airs de polar littéraire, où affleure une narratrice masquée et bien informée (on comprendra qui elle est tout à la fin), et qui flatte agréablement le lecteur en le prenant avec intelligence et érudition par son vice préféré: la bonne lecture.

Laurence Cossé, Au Bon Roman, Paris, Gallimard, 2009.

Le site des éditions Gallimard.


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