Dans la première partie du roman, le lecteur est mis en présence de sept personnages apparemment rescapés d'une catastrophe aérienne survenu dans le désert. Ils sont promis à une mort plus ou moins certaine au gré d'une partie de "Loups-garous" dont ils jouent le rôle, que l'auteur reproduit et adapte habilement en fonction de son intrigue. Il y aura quelques conflits, quelques départs, quelques morts aussi. Le jeu rencontre le réel...
... un réel qui n'est peut-être pas celui qu'on croit. Dès la seconde partie, en effet, l'écrivain change de focale et met en scène ceux qui pilotent les humains qui tenaient le premier rôle dans la première partie du livre. Dès lors, le lecteur découvre une humanité asservie, réduite au rang d'objet scientifique – de cobaye. Ce que l'humain fait à l'animal dans le contexte de la vivisection, une entité supérieure, créée par l'humain lui-même, aurait-elle le droit de le faire? La question est posée. Et elle révolte certains personnages.
L'auteur convoque pour "Vous ne serez jamais nous" plusieurs espèces plus ou moins humaines et plus ou moins câblées, éventuellement augmentées à l'aide de masses de données dans un monde où le numérique coule dans les veines de chacune et de chacun: on pense en particulier aux Androïdes et aux Oligarques. Au travers d'une chronologie largue qui dessine une certaine histoire du futur, l'auteur relate les guerres qui les ont opposés. "Surfemme" dopée aux données, avec sa tête qu'on imagine gavée d'électrodes, l'Evanescente commence à prendre de la place au fil des pages, apportant avec elle son histoire familiale.
"Vous ne serez jamais nous" est aussi le roman de la lutte de l'humain de chair et d'os face à des entités numériques sans âme ni morale. Si le style est efficace, équilibré entre dialogues et phases de narration, force est de relever qu'on peut se perdre dans les méandres sinueux de ce roman. Un roman qui, et c'est important, impose des thèmes aussi actuels que le numérique appliqué à l'humain. Les noms des personnages du début, parfaitement improbables, prennent les couleurs du calembour évocateur et gentiment amusant.
Voilà donc un roman ample et nourri, qui donne l'impression fallacieuse d'être porté par quelques personnages en perdition avant de soudain s'ouvrir sur un univers plus large. Tout s'explique au fil des pages, mais force est de relever qu'il faut être patient: "Vous ne serez jamais nous" lâche ses secrets au compte-gouttes. Cela, au gré d'une intrigue flamboyante qui ne recule devant aucune complexité et s'étend sur plusieurs siècles.
Pascal Houmard, Vous ne serez jamais nous, Vevey, Hélice Hélas, 2026.
Le site de Pascal Houmard, celui des éditions Hélice Hélas.
