L'auteure a le chic pour dire, par petites touches, l'inquiétude qui naît et se développe chez la narratrice et son entourage, en particulier médical: le suivi se fait intensif, les sourcils se froncent, l'hypertension s'invite. Et pourtant, rien n'est dit, tout semble aller bien. Cela, jusqu'à la complication fatale, celle qui force une césarienne en urgence. C'est là le sommet dramatique du livre: l'enfant ne vivra pas.
Dès lors, l'écrivaine décrit une vie où tout est à inventer, avec un enfant qui à la fois est et n'est pas: soucis administratifs, contacts avec des proches et collègues tantôt soutenants, tantôt maladroits, pour ne pas dire pire. Et comment nommer une mère, des parents d'un enfant mort à peine né: "mamange", "papange"? En conclusion, l'autrice en indique les limites: trop doux, trop religieux.
S'il est court, le livre "Ce qui ne sera pas" n'en aborde pas moins, de manière à la fois concise et approfondie, tous les aspects et ressentis qu'il est possible de vivre autour d'un deuil périnatal, y compris la solitude ressentie – alors que de telles situations ne sont pas tout à fait exceptionnelles. Sans oublier l'aspect paradoxal qu'il y a à aller au cimetière pour prier sur la tombe de son propre enfant.
Son écriture se structure en chapitres courts, eux-mêmes écrits en phrases brèves et sobres qui confèrent à ce roman sa force et son caractère, marqué par une urgence de vivre qui sied à la jeunesse. Mais ces phrases et chapitres sont brefs aussi comme une vie qui n'a même pas eu le temps d'être, dont on parle au passé malgré la présence invisible qu'elle représente.
Abigail Seran, Ce qui ne sera pas, Genève, Okama, 2026.
Le site d'Abigail Seran, celui des éditions Okama.

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