Mais voilà: il y a deux policiers à bord, et ils sont amants. Ce sont Laura Lambert, capitaine de police à Annecy, et Julien Morel, inspecteur de police à Fribourg, qui ont décidé de s'offrir un chic voyage pour célébrer leur amour, repas gastronomique dans un hôtel de luxe et moment de détente dans un spa inclus. Forcément, le boulot et ses réflexes les rattrapent...
Mélanger métier et passion n'est pas toujours idéal, l'auteure l'a bien compris. En désignant Laura Lambert, personnage récurrent de ses romans, comme la suspecte numéro un, une suspecte qui va même jusqu'à aggraver son cas par ses actes (mais comment peut-elle faire ça?), l'écrivaine déstabilise fortement le couple apparemment soudé qu'elle forme avec Julien Morel. Et c'est avec subtilité qu'elle le montre: un regard de Julien Morel suffit à révéler une faille, une perte de confiance.
Mais ce n'est là qu'une des pistes du "Crime du GoldenPass". Le coupable est-il d'ailleurs l'essentiel? La romancière lâche son nom à mi-roman déjà. Ce qui ne tue en aucune façon l'intérêt de l'histoire: celle-ci va dès lors s'attacher à révéler, peu à peu, la terrible histoire familiale d'un chirurgien esthétique matériellement à l'aise, mais qui n'a pas su rendre sa femme heureuse et a un frère jumeau. Ce frère jumeau, c'est peut-être un classique du genre policier; l'auteure réussit à le faire jaillir dans le récit d'une manière qui ne manque pas d'épater.
Quant au décor, il ne manque pas de séduire les lecteurs qui aiment voir du pays, si possible sous la neige. L'intrigue se balade tout au long de la ligne du GoldenPass, avec un détour par Bulle, où la police semble fonctionner dans une ambiance cordiale voire amusée, et un passage obligé par Montbovon, gare importante de la ligne du GoldenPass, où l'Hôtel de la Gare, bien réel, joue aussi son rôle de révélateur.
"Le crime du GoldenPass" analyse des liaisons amoureuses empreintes de danger: les aventures des frères Hofmann, romanesques et marquées par la vengeance, résonnent avec le lien, moins solide qu'il n'y paraît, qu'entretiennent Laura Lambert et Julien Morel.
Décliné en chapitres courts qui se lisent rapidement, "Le crime du GoldenPass" explore par ailleurs les zones d'ombre d'un Suisse prospère. En dessinant le personnage de Berthold Hofmann, ce roman capte en effet plus d'une de ces misères que la Suisse sait généralement cacher, entre autres lorsqu'il s'agit d'enfance placée. Et en choisissant un train touristique premium comme cadre pour un crime, son auteure opte pour le contraste: si le lieu de l'homicide est chic, si la mort a l'air propre, ce qui se cache derrière est, le lecteur le comprend peu à peu au fil de l'enquête, fort peu reluisant malgré un vernis de légitimité: qui n'a jamais rêvé d'une vie meilleure?
Géraldine Lourenço, Le crime du GoldenPass, Fribourg, Editions Montsalvens, 2024.
Le site des éditions Montsalvens.


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