dimanche 6 novembre 2022

Dimanche poétique 564: Gérard de Nerval

Laisse-moi !

Non, laisse-moi, je t'en supplie ; 
En vain, si jeune et si jolie,
Tu voudrais ranimer mon coeur :
Ne vois-tu pas, à ma tristesse,
Que mon front pâle et sans jeunesse 
Ne doit plus sourire au bonheur ?

Quand l'hiver aux froides haleines
Des fleurs qui brillent dans nos plaines
Glace le sein épanoui, 
Qui peut rendre à la feuille morte 
Ses parfums que la brise emporte
Et son éclat évanoui !

Oh ! si je t'avais rencontrée 
Alors que mon âme enivrée 
Palpitait de vie et d'amours, 
Avec quel transport, quel délire
J'aurais accueilli ton sourire 
Dont le charme eût nourri mes jours.

Mais à présent, Ô jeune fille !
Ton regard, c'est l'astre qui brille 
Aux yeux troublés des matelots, 
Dont la barque en proie au naufrage, 
A l'instant où cesse l'orage 
Se brise et s'enfuit sous les flots.

Non, laisse-moi, je t'en supplie ; 
En vain, si jeune et si jolie, 
Tu voudrais ranimer mon coeur :
Sur ce front pâle et sans jeunesse 
Ne vois-tu pas que la tristesse 
A banni l'espoir du bonheur ?

Gérard de Nerval (1808-1855). Source: Bonjour Poésie.

2 commentaires:

  1. Que de désespérance...

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    1. ... et de force! Fort heureusement, les sentiments ne sont pas toujours aussi torturés.
      Bon week-end à toi!

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