mercredi 4 janvier 2017

Patric Nottret à la poursuite du coelacanthe


Coelacanthe: voilà un nom commun que tous les champions d'orthographe devraient connaître. Patric Nottret va plus loin que la graphie bizarre de ce mot, et révèle quelques caractéristiques de cet animal méconnu et protégé, chaînon manquant, dans l'évolution animale, entre les êtres vivant dans l'eau et ceux qui vivent sur le plancher des vaches. Cela, dans le contexte plus large d'un ample thriller écologiste intitulé "H2O". Tout un programme, ce titre!

On passera rapidement sur le pétrel de Barau, qui hante la toute première page du roman sans jamais revenir, pour aborder directement le vif du sujet. Rapidement, le lecteur est mis en présence d'un certain nombre d'acteurs aux intentions peu claires, actives autour de la nature: le patron historique japonais d'une multinationale japonaise, les leaders d'une grande entreprise pharmaceutique suisse. Et là-dedans, il lâche un "écoflic", chargé de protéger l'environnement en France et ailleurs: Pierre Sénéchal. Il aura fort à faire: autour du coelacanthe, on s'agite, et pas toujours pour le meilleur.

L'auteur situe parfaitement la duplicité des grandes entreprises actives dans le domaine environnemental, et excelle à montrer que ce qui se fait côté public n'est pas forcément impeccable pour la préservation de l'environnement à long terme. Ainsi, dès que s'expriment des personnages tels que Hans Ziegler ou Akira Takenushi, le lecteur a des doutes: la façade est trop belle. Pour en percer tous les mystères, l'auteur balade son lectorat entre la Réunion et l'Indonésie. Des pays restitués avec crédibilité par l'écrivain, lui-même réunionnais: ses personnages réunionnais sont hauts en couleur, et leur langage s'avère fleuri, éventuellement nourri de créole. Et quelques éléments lui suffisent pour donner vie aux îles indonésiennes - des éléments utiles au roman.

Celui-ci est mené de manière impeccable pour ce qui concerne l'intrigue, qui s'avère nette. Le lecteur est frappé par l'originalité de certains ressorts, ainsi que par l'habileté de l'auteur à ménager des zones d'ombre propices à surprendre dès lors qu'on y fait toute la lumière. Il y a le coelacanthe, bien sûr, qu'on surnomme "quatre-pattes", mais aussi des bidons remplis d'eau et portant une étiquette annonçant leur toxicité, des modalités d'empoisonnement étonnantes, rappelant la tunique de Nessus, pour mettre fin aux jours d'un fonctionnaire international zélé. Tout cela montre que l'auteur s'est renseigné en profondeur pour chaque aspect de son roman et s'intéresse aux enjeux parfois méconnus de la protection de l'environnement.

Le lecteur de "H2O" est en droit de regretter, cependant, que tous ces éléments finement détaillés finissent par lui paraître longuets par moments. L'auteur se perd parfois dans des péripéties secondaires où des seconds, voire troisième couteaux règlent leurs comptes entre eux, en double ou en triple couche. Dommage! Cela dit, l'auteur fait passer ces passages un peu longs avec adresse en recourant à l'humour. Celui-ci éclate tout particulièrement dans les répliques de plus d'un personnage, que l'auteur a visiblement pris plaisir à transcrire. On pense ici à Charles Designe, archétype du franchouillard à grande gueule, ou à Mme Hoareau, la logeuse malgache matoise de Pierre Sénéchal. Sans compter les conversations de Pierre Sénéchal avec sa hiérarchie, à la fois tendues et savoureuses.

Celui qui se plonge dans "H2O" doit donc accepter d'arriver dans un univers littéraire où l'écologie commande à de nombreux ressorts: si fascinant qu'il soit, le coelacanthe, malgache ou indonésien, n'est qu'un prétexte! Il doit aussi accepter que de temps à autre, l'auteur le prenne par la main pour lui montrer, mine de rien, les enjeux en présence. Tout cela concourt à la mise en place d'un roman policier certes long, mais aussi généreux, voire instructif par moments.

Patric Nottret, H2O, Paris, Robert Laffont, 2004.

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