jeudi 12 janvier 2017

Joseph Joffo avant "Un sac de billes"

JoffoLu par Nanne.

Nombreux sont celles et ceux qui, de Joseph Joffo, ont lu "Un sac de billes", puis ont enchaîné avec "Baby-foot". Ce sont pour moi des lectures anciennes déjà. Et en 2009, j'ai eu le plaisir de rencontrer l'écrivain au Salon du livre de Genève, où il tient chaque année un stand à lui tout seul. C'est lui qui m'a proposé de boucler la boucle en m'invitant à lire "Agates et calots", qui relate les deux ou trois années qui précèdent "Un sac de billes". Soit une enfance avant l'étoile jaune.

Revenir à cet écrivain lu il y a longtemps est un plaisir. "Agates et calots" est un roman dynamique, porté par un style efficace et familier. Cette manière d'écrire est parfaitement adéquate pour donner corps au Joseph Joffo des années d'avant-guerre: on découvre un gamin déjà bien dégourdi pour son âge (entre 7 et 9 ans), qui fait les quatre cents coups et participe à des combines entre le dix-huitième arrondissement de Paris et la banlieue de Freinville (commune de Sevran). Il fait aussi ses expériences, prend sa première cuite au monbazillac, tombe amoureux, cherche à s'imposer alors qu'il est le cadet d'une fratrie nombreuse.

L'auteur a soin de dépeindre son entourage avec soin, en particulier son frère Maurice, dont il est particulièrement proche malgré quelques disputes bien normales. On redécouvre là un grand frère crâneur, qui ne s'avoue jamais vaincu et est prêt à foncer dans plus d'une combine "pour quelques billes de plus" (pour rappeler le titre de son propre livre). Cela, pour le rêve: nourris de westerns avec Tom-Mix vus au cinéma, les deux frères projettent de s'installer en Amérique et d'y faire fortune. Mais il faut payer le voyage...

Rêves, péripéties d'enfance, ambiances familiales: c'est ce que l'auteur a choisi de mettre en avant dans "Agates et calots". L'auteur explique la prise de conscience de son statut de Juif, pose des questions comme le ferait un enfant. Il constate aussi que souvent, il suffit de se côtoyer, de se connaître un peu mieux, pour que par miracle, on finisse par s'entendre, loin des préjugés. Les religions elles-mêmes s'avèrent assez poreuses... Assez lointaine encore, la mise en place du régime nazi arrive par bribes, puis par éclats de plus en plus concrets au salon de coiffure parisien où travaille la famille Joffo. Cela, jusqu'à ce que la guerre éclate: Albert, l'un des grands frères de Joseph, doit partir au front. Et petit à petit, face à l'occupant, on se replie sur Menton...

Paru en 1995 à la demande de certains lecteurs férus, "Agates et calots" reflète un certain art de vivre, populaire, retracé avec vivacité. Dans sa préface, l'auteur met en évidence la foi que les parents Joffo, qui ont fui les pogroms d'un autre pays, ont placée dans la France, nation des Droits de l'homme, dont la devise est "Liberté, égalité, fraternité". Qu'en adviendra-t-il? Le lecteur le sait...

Joseph Joffo, Agates et calots, Paris, Elytel Editions 2007.

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