Le voici en effet: perclus de dettes de jeu qui font peser sur lui les menaces de ses créanciers, entouré de femmes aimées ou protégées, telles que Najwa ou Joullanar, dont le compagnon l'a quittée sitôt quitté le pays pour une nouvelle compagne rencontrée en Allemagne lors d'une vague de migrants. Il a aussi connu les geôles islamistes de son pays, ce que l'écrivain rappelle en quelques chapitres âcres à force d'être immersifs.
Ce qui le sauve? Ce sont sans doute ces livres qu'il accumule depuis son enfance, depuis qu'il sait lire et qu'il pratique la lecture comme un vice impuni, face à des parents qui le verraient mieux percer dans des domaines scientifiques et acceptent mal qu'il ambitionne d'étudier les langues et, souverain comme un pays devrait l'être, de trouver sa propre voie, sa propre histoire.
Et Beethoven, là-dedans? Le chapeau évoqué dans le titre est celui que le compositeur a farouchement refusé de retirer face à l'impératrice d'Autriche, au contraire de Goethe, son compagnon de promenade, qu'il sermonne ensuite pour sa servilité.
Et plus précisément, l'écrivain convoque la Cinquième symphonie de Beethoven et sa symbolique pour nourrir son roman. On la surnomme "Symphonie du Destin", et le groupe de quatre notes qui, répété en son début, imite le destin qui frappe à la porte – ces quatre coups font écho aux quatre hommes armés qui viennent arrêter le personnage central du roman: chacun sa note, terrible et déterminante.
On peut aller plus loin dans la lecture "beethovenienne" du "Chapeau de Beethoven" en rappelant, en écho avec le chef d'orchestre suisse Christoph-Mathias Mueller, son caractère révolutionnaire et porteur de liberté, ne serait-ce que d'un point de vue descriptif. Si le personnage principal de ce roman n'aspire qu'à être tranquillement apolitique, en effet, on le verra happé par les vicissitudes politiques de son temps, qui aboutissent aux soubresauts de régime qui ont vu la dynastie Assad remplacée.
Enfin, cette symphonie est omniprésente dans l'œuvre, qui en cite les mesures clés pour en ponctuer le propos.
Et que vient faire Beethoven en Syrie? Par sa notoriété universelle, ce compositeur apparaît comme un pont culturel entre l'Occident et le Proche-Orient. Ce qui vient lui répondre, c'est la voix de tel personnage, chanteur envoûtant de poèmes orientaux, signe que la littérature et la musique, fusionnées ou non, ont pour l'humanité une vocation empreinte d'une évidente universalité.
Rami Tawil, Le chapeau de Beethoven, Chêne-Bourg, BSN Press, 2026, traduit de l'arabe (Syrie) par Ali Ibrahim et Barbara Polla.
Le site de BSN Press. Source de la photo: Literatur.review.
