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jeudi 19 octobre 2023

Romance et photos de mariage en Australie

Allison Rushby – La Saint-Valentin, supplice ou délice? Liv, le personnage principal de "Je hais la Saint-Valentin", a choisi: elle déteste. C'est le destin amoureux de cette jeune femme que l'écrivaine australienne Allison Rushby retrace dans cette romance nourrie d'un brin de fantastique, baignant dans l'ambiance sirupeuse des noces des uns et des autres.

Liv est photographe spécialisée, en effet, et se donne à fond dans son métier, idéalement en vue de créer sa propre entreprise après avoir acquis de l'expérience dans une petite firme qu'on devine australienne. Le lecteur ne trouvera guère d'informations sur le physique de Liv. Mauvaise chose? Voire: ça favorise l'identification.

Non: c'est plutôt côté psychologie que l'auteure travaille le personnage de Liv, au-delà de péripéties sympathiques. Elle déteste la Saint-Valentin, soit. Elle a vécu de mauvaises expériences ce jour-là (rupture cataclysmique avec le beau Mike...), et tout son entourage cherche à la caser en lui présentant des hommes mine de rien. Mais il n'y a rien à faire! 

Cela dit, cette détestation, dûment théorisée (en cinq points fort intéressants) apparaît peu à peu comme un élément de la carapace que Liv s'est construite pour se protéger contre les risques de la vie. Et tomber amoureuse, vivre une passion à fond et, peut-être, se marier (la perspective est omniprésente, contexte oblige) en fait partie. Tout le cheminement de Liv consiste dès lors à comprendre qu'à ne rien vouloir risquer, on peut tout perdre. Son entourage va l'aider un peu, mais pas seulement.

C'est là qu'intervient, et ça peut surprendre dans un roman de chick-lit, l'élément fantastique. L'auteure revisite en effet les fantômes qui viennent hanter Scrooge dans le "Conte de Noël" de Charles Dickens, en mode Saint-Valentin. Ce sont là trois personnages hauts en couleur qui font irruption dans la vie (ou les rêves) de Liv, en particulier ce Cupidon qui fume le cigare... Le destin de Liv est-il de foirer son business et de finir entourée d'un troupeau de chats? A elle de voir!

Telle est l'évolution que retrace ce roman qui assume son côté sucré et brocarde gentiment certaines figures imposées des noces d'aujourd'hui en terre anglo-saxonne. Même s'il est un peu lent à démarrer (il faut bien présenter ce personnage de Liv, avec ses blocages personnels, son énergie au travail et sa manie d'évaluer la durée potentielle de tel ou tel mariage), il finit par receler plus d'une bonne idée narrative, et réussit à divertir sans prise de tête pendant quelques heures.

Allison Rushby, Je hais la Saint-Valentin, Paris, Harlequin/Red Dress Ink, 2007. Traduction française de F. M. J. Wright.

Le site d'Allison Rushby, celui des éditions Harlequin.

Lu par 3moopydelfy, Blandine, GwenJennyJustine, LaetyNaddc, Pas de chichis dans ma cuisinePtiteaurel.

mercredi 1 avril 2020

Douglas Mawson, une expédition australienne au Pôle Sud

Mon image
Douglas Mawson – Envie d'évasion? Oui. En terres confinées? Peut-être pas, en cette saison. C'est pourtant là l'aventure que propose l'explorateur Douglas Mawson dans "Au pays du blizzard". Une aventure, c'est bien le mot: on est à la Belle Epoque, monter l'"Expédition australasienne antarctique" est une passion, la vivre une folie scientifique, et la relater une petite merveille. 

Indiquons le contexte pour commencer: le récit de voyage de Douglas Mawson en Terre Adélie s'inscrit dans une forme de "virus antarctique" qui a vu les Shackleton, Scott ou Amundsen partir à la conquête du Pôle Sud au début du vingtième siècle.

Au fil des toutes premières pages de "Au pays du blizzard", on peut craindre un récit plutôt technique, tant l'auteur prend de temps à exposer en détail les caractéristiques du voyage: l'équipage présenté un peu comme un groupe indistinct même si les noms sont donnés, le navire et ses atouts et faiblesses, le chargement du matériel. Mais déjà, le lecteur se régale des photos de Frank Hurley (qui fut de l'expédition lui aussi), qui lui facilitent l'embarquement en le mettant dans l'ambiance: portraits d'explorateurs et de navigateurs, photos du navire, rien n'échappe à l'œil du photographe. Déjà, on est dans le reportage...

Dès l'arrivée des explorateurs en Terre Adélie, le lecteur peut se réjouir. L'auteur a le chic pour décrire les lieux et leurs splendeurs impitoyables, bien sûr: des tempêtes sans fin, des blizzards inouïs, des couleurs jamais vues qui émerveillent. Ces narrations sont prenantes, mais n'oublient jamais le côté technique: on connaît ainsi la vitesse du vent, on découvre les pièges d'une glace et d'une neige qui s'associent pour imposer leur loi sur un continent hostile s'il en est. Les lieux sont cités, nommés lors de leur découverte, en particulier en mémoire des deux hommes qui ont trouvé la mort lors de l'équipée: Xavier Mertz et Belgrave E. S. Ninnis.

L'auteur leur consacre d'ailleurs des hommages émus, de sincères éloges funèbres. C'est que l'on découvre au fil des pages que l'auteur est attentif à l'équipe qui l'entoure et prend un plaisir évident à relater les moments de camaraderie, favorisés par un environnement terrible face auquel on se serre les coudes. La première base est le lieu de fêtes, une autre, pleine de matériel, sera surnommée "la caverne d'Ali-Baba". L'auteur relève aussi les qualités de ses équipiers en situation, et dessine les dynamiques à l'œuvre – on pense à la nécessaire popularité de celui qui cuisine. En écho, lorsque l'on est seul sur la banquise, l'auteur rappelle que les plus petits plaisirs peuvent être précieux, fumer une pipe ou manger un bout de biscuit par exemple.

Il est à noter que l'équipe est aussi composée de chiens de traîneau, tous nommés et également cités dans le récit – anecdote sympathique, plusieurs chiens sont nés en cours d'expédition, un seul ayant cependant survécu. Certes, l'affection de l'auteur leur est acquise; mais il les évalue aussi, et n'oublie pas qu'ils sont, au besoin, une ressource voire un aliment.

"Au pays du blizzard" relatant l'aventure d'une grande équipe d'aventuriers qui se scinde pour diverses explorations, ce livre est également né des notes d'équipiers qui, abondamment citées, viennent enrichir le propos en apportant des regards différents sur les lieux visités.

Et puis il y a l'observation des lieux, mais aussi de la faune... Si l'expédition ne manque pas de ramener de nombreux échantillons à l'usage de la recherche zoologique (œufs de toutes espèces, animaux prêts à être empaillés), l'auteur ne manque pas de relater ses observations sur le comportement des manchots Adélie, des labbes ou des éléphants de mer rencontrés, pour n'en citer que quelques-uns. Ces animaux font aussi, à l'occasion, le repas de nos explorateurs. Quelques notes de dégustation viennent se glisser dans le récit...

Mon image... un récit qui n'oublie pas l'anecdote et s'avère souriant par moments, malgré l'adversité. C'est donc un sacré voyage dans le vent que le lecteur fait avec "Au pays du blizzard", héroïque et aventureux, dont l'auteur excelle à dégager la saveur âpre et glaciale, mais aussi chaleureuse face à l'hostilité: la grandeur de la science, géographie comme biologie, face à la beauté de l'esprit de camaraderie d'une équipe présentée comme soudée. Un ouvrage aux airs de légende, à rapprocher du "Pire voyage au monde" d'Apsley Cherry-Garrard.


Douglas Mawson, Au pays du blizzard, Paris, Paulsen, 2009, traduction de Jean-François Chaix, préface de Christian de Marliave.

Le site des éditions Paulsen.


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