lundi 14 septembre 2026

Secrets et peines d'un village alpin

Simona Brunel-Ferrarelli – Il est terrible, le village que dépeint Simona Brunel-Ferrarelli dans "La peine haute". Retiré quelque part en Italie, aux confins de la France, il vit selon ses propres normes et fait, à ce titre, figure de laboratoire des travers humains, pétri de secrets à la fois partagés et tus. Le lecteur comprend que ce monde en vase clos est d'aujourd'hui, par des signes discrets de modernité. Ceux-ci sont rares cependant, suggérant que la situation décrite par la romancière aurait pu arriver de tout temps – une intemporalité qui donne à ce roman des airs de conte cruel.

C'est avec le récit d'une coulée de boue fatale que débute "La peine haute", et c'est à ce moment que le lecteur fait peu à peu connaissance, tout au long d'un début aux airs d'exposition, avec les personnages qui peuplent ce roman, et en particulier Mimi, qu'on retrouve morte chez elle. Son destin de vivante constituera la matière de "La peine haute". 

Et ce destin est marqué par la consanguinité et l'inceste, qui déterminent un parcours qui sera souvent synonyme de rejet. En particulier, les trois garçons qu'elle élève n'ont pas tous les mêmes parents, ni, partant, le même tempérament. En arrière-plan, on trouve une mère dépressive, Armande, et un père irresponsable et absent, Paul (son mariage irréfléchi avec Armande, alors que Mimi enceinte de lui sans qu'il le sache l'attendait, est exemplaire à ce titre), qui leur aura fait des enfants à toutes les deux avant de disparaître du récit.

Ce qui sauve Mimi, cependant, c'est son appétence pour la lecture et sa capacité, dûment entraînée, à imaginer ce qu'il y a dans un livre lorsque certaines de ses pages sont collées, donc inaccessibles à la lecture. Pour le lecteur, c'est la promesse d'un personnage complexe et émouvant, victime de la société mais aussi en mesure de s'armer pour y faire face.

Enfin, il y a tout au long de "La peine haute" le souci de décrire les liens poreux que les humains en général, et Mimi en particulier, entretiennent avec les animaux, des animaux dont ils pourraient apprendre pour vivre de manière plus humaine. Mais non... 

L'écriture de "La peine haute", enfin, épouse le climat sombre du propos. D'emblée, il faut s'habituer à sa tonalité généralement âpre, qui finit cependant par envoûter le lectorat à sa manière, travaillée en rudesse, et l'amener à coup sûr dans l'univers montagnard, inhospitalier malgré la présence d'un B&B qui sera le point d'accueil le plus significatif d'une certaine modernité, considérée avec défiance: celle des gens qui parlent avec aisance et commandent des choses inconnues au café du cru.

Simona Brunel-Ferrarelli, La peine haute, Vevey, Hélice Hélas, 2026.

Le site des éditions Hélice Hélas.


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