vendredi 23 janvier 2026

San-Antonio de Rome à Macao

San-Antonio – Pourquoi ne pas se faire plaisir, l'espace d'un livre, en découvrant un bon vieux San-Antonio? "Champagne pour tout le monde!" m'avait échappé; j'ai pris plaisir à le lire en ce début d'année. Daté de 1981, cet opus offre ce qu'on aime chez San-Antonio: une dose correcte de gaudriole et de male gaze assumé, de l'aventure et de l'exotisme, et surtout toute l'inventivité verbale échevelée qui constitue la marque de fabrique de l'écrivain.

Exotisme et aventure? L'intrigue en regorge en effet: pour le policier de Saint-Cloud, digne fils de maman Félicie, tout commence à Rome où, subjugué par une charmante demoiselle, il dépanne sa voiture. La sienne? Voire: le voilà accusé de complicité de vol. Et si ce n'était que cela: un professeur italien cachait quelques secrets dans sa luxueuse Daimler. Très vite, le lecteur se trouve plongé dans une intrigue où la limite entre l'honnête et le criminel est poreuse. Ce qui l'amène à Macao, présentée comme un haut lieu du jeu où des humains asservis creusent un tunnel. Ce qui sera aussi le sort du commissaire San-Antonio, décidément malmené dans cet épisode.

Habilement troussée, l'intrigue se révèle solide et recèle son lot de surprises, surtout lorsqu'on apprend, vers la fin du roman, que San-Antonio a mis la main sur quelque chose de plus grave qu'un banal trafic de drogue. Le réalisme n'est pas forcément une priorité ici, mais la qualité de la narration et des arguments suffit à rendre l'histoire crédible. Après tout, on peut mettre plein de choses dans des gélules, n'est-ce pas?

Côté écriture, San-Antonio fait du San-Antonio: les amoureux du genre retrouvent dans "Champagne pour tout le monde!" les astuces habituelles à base de noms complétés par une syllabe qui leur donne un autre sens, de précisions lexicales sur ce que Bérurier a voulu dire indiquées en note de bas de page ou de précisions en anglais des mots employés, juste pour faire tendance. Ce n'est pas toujours bien finaud, mais c'est là que réside toute l'affaire: l'auteur réussit à proposer à tout un chacun des jeux de mots qui font immédiatement tilt.

Il est certes permis de relever quelques représentations un chouïa vieillies des femmes ou des Asiatiques, même si une telle critique appelle nuance et mise en contexte (nous sommes en 1981, le politiquement correct n'a pas encore exercé tous ses ravages...) à son tour. Pour une fois, l'écrivain s'adresse à son lecteur comme si c'était une lectrice – et le voilà séducteur, osant toutes les phrases choc et hypocoristiques mignards, alors qu'il a tendance à rudoyer le lecteur lorsqu'il imagine masculin. Et si les Asiatiques sont désignés une ou deux fois par le mot de "niakoué", nous en laisserons la responsabilité aux personnages de ce roman et réfléchirons nous-mêmes à nos représentations, motivés par la caricature inhérente au genre san-antoniesque.

"Champagne pour tout le monde!" se révèle un opus très chouette à lire de la vaste saga des San-Antonio, portée à bout de bras par Frédéric Dard. On sourit volontiers, on se laisse surprendre, on accepte même ce que l'humour de l'écrivain peut avoir de gras ou de culotté. Cela, d'autant plus que l'histoire est bonne. Il n'en faut pas plus pour passer un bon moment, voire un bon week-end de lecture en mode vorace.

San-Antonio, Champagne pour tout le monde!, Paris, Fleuve Editions, 1981/Paris, Pocket, 2020. Guide de lecture par Raymond Milési.

Le site de Fleuve Editions, celui des éditions Pocket.

Lu pour le défi Un hiver polar.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Allez-y, lâchez-vous!