lundi 18 septembre 2017

De la Suisse à la Turquie, le ressenti avant toute chose

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Adrien Gygax – "Je ne voulais pas y aller, moi, mais ils m'ont convaincu". Telle est la première phrase du premier roman du Suisse Adrien Gygax, "Aux noces de nos petites vertu", paru dans le vaste sillage de la rentrée littéraire d'automne 2017 aux éditions du Cherche-Midi. Serait-ce à dire que l'auteur ne voulait pas devenir écrivain, mais que d'autres l'y ont poussé? Que nenni. Son roman raconte l'histoire d'une bande d'amis invitée à un mariage en Macédoine, vue à travers l'un des protagonistes.


Ambiances de noces... si l'auteur se montre attentif à ce qui se passe, celles-ci semblent cependant résonner en arrière-plan, comme une action qui sert de prétexte à la description de ressentis, de sensations que l'auteur observe et fait vibrer, éventuellement en les amplifiant au moyen de solides doses d'alcool: le style suit, s'exacerbe. Et le paradis artificiel de l'alcool (et plus loin, celui de l'opium) fait écho à celui de l'amour.

Pas celui des mariés, bien sûr. En cours de mariage, deux des trois amis rencontrent Gaïa, une jeune femme aux faux airs de déesse païenne et maternelle, fiancée d'un tiers. Ils l'embarquent. Démarre alors un épisode sentimental sur les rives du Bosphore, affranchi de toute morale chrétienne, relaté dans un esprit d'innocente immoralité. On parle des choses de la vie, on se partage la fille. Certes, celle-ci paraît ordinaire par certains côtés, bien que libre, et le narrateur croit s'en lasser avant de faire ce qu'il croit devoir faire pour la garder en définitive; mais au fil de scènes d'approche troublantes, il est impossible de ne pas lui trouver un charme ensorceleur.

C'est que le narrateur a tout du jeune homme qui adopte la posture du célibataire endurci, certain qu'il ne pourra plus tomber amoureux, après un épisode de rupture un brin pénible. Ce sont souvent les plus bravaches qui s'éprennent le plus fortement! Il y a aussi un brin de fierté, pour ne pas dire d'orgueil, dans cette posture du gars qui se pense capable de traverser l'existence tout seul, peu désireux de danser, refusant les pièges de l'amour, aspirant à faire ses expériences sans s'engager, quitte à se faire avoir (scène dans un bar à champagne qu'il ne peut pas payer, belle arnaque!).

De la Macédoine à Istanbul, le voyage va faire mûrir notre personnage, au fil de retournements de situation et d'actions extrêmes. Il convient de noter enfin que l'auteur, qui a sans doute mis un peu de lui-même dans son personnage principal, sait trouver le ton juste, relâché juste ce qu'il faut, exalté au besoin, qui correspond aux élans et aux accrocs d'une certaine jeunesse.

Adrien Gygax, Aux noces de nos petites vertus, Paris, Le Cherche-Midi, 2017.

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