jeudi 20 août 2026

Guide de survie pour "les" tenir à distance

Robert Sutton – Devenu un classique depuis sa parution en 2007, "Objectif Zéro-sale-con" explore le profil des harceleurs et autres personnes imbuvables, de tout poil, en particulier dans le monde du travail, mais aussi ailleurs. Son auteur, Robert Sutton, professeur à Stanford (Etats-Unis) aborde son sujet avec un certain humour. La lecture de ce livre est rendue intéressante, aussi, par le mélange d'expériences personnelles et d'analyses qui s'y fait. On y croise des anonymes autant que des personnages célèbres, victimes ou bourreaux.

L'auteur commence par dessiner les lignes de force de ce qu'il appelle constamment le "sale con": c'est un individu qui humilie plus faible que lui, et se montre des plus déférents face à plus fort que lui. Il précise qu'un tel comportement n'épargne aucun genre. Et surtout, il relève qu'il peut toucher tout un chacun, occasionnellement – et l'auteur ne s'exclut pas du cercle. Il distingue donc deux sortes de sales cons: l'occasionnel et le constant, dit "certifié". 

Pour parler aux acteurs du monde du travail, rien ne vaut mieux que de parler un peu d'argent. Tout un chapitre est ainsi consacré au coût réel d'un sale con en entreprise: formations continues, absentéisme des victimes, réunions spécifiques, perte d'image mesurable, etc. C'est le "coût total des sales cons" (CTSC).

L'auteur reconnaît que les méthodes et manières des sales cons peuvent avoir du succès, tout en accrochant de gros bémols à l'idée: souvent, la coopération entre collègues est plus profitable, y compris en termes financiers, qu'une concurrence sans fair-play, où seule règne la loi du plus fort. Cela, sans compter que pour l'auteur, il arrive que les sales cons se reproduisent "comme des lapins". Dès lors, il convient soit de s'en prémunir en les tenant à l'écart dès le processus d'embauche, soit de les gérer si malgré tout il y en a dans l'organisation. A cet effet, il a développé une boîte à outils qu'il développe sur deux chapitres, à base notamment de soutien mutuel et de petites victoires, susceptibles peut-être de faire évoluer le sale con vers un comportement moins délétère. Cela, sans oublier quelques clés qu'il donne pour développer une politique d'entreprise solide et crédible en la matière: sans surprise, ce sont les actes qui comptent pour l'auteur.

Enfin, y a-t-il quand même du bon dans les manières des sales cons? Invité par de nombreux lecteurs à y consacrer un chapitre, l'auteur reconnaît que ce n'est pas celui qui lui a paru le plus agréable à écrire – et on le sent un poil moins convaincant ici. Il analyse le phénomène du rapport entre coût et bénéfice du sale con, donnant quelques exemples de célébrités auxquelles on a passé beaucoup de comportements destructeurs parce qu'on leur a reconnu du génie – l'auteur cite Steve Jobs, mais aussi Harvey Weinstein – le livre est sorti avant que n'éclatent les scandales liés à MeToo, et ceux-ci confirment le discours développé par l'auteur: l'humiliation est souvent au bout des agissements du sale con. Plus intéressant, c'est à cette aune que l'auteur analyse la stratégie "bon flic, mauvais flic" souvent utilisée, en police mais pas seulement.

Sachant que l'état de sale con est contagieux, l'auteur rappelle à plusieurs reprises que tout le monde peut l'être ponctuellement. Qui qu'il soit, le lecteur se sent donc constamment concerné par cette lecture, et se met presque malgré lui à réfléchir à qui il est vraiment. Quelques jeux de questions-réponses, certes un peu schématiques, favorisent encore cette réflexion. Une réflexion que le lecteur est invité (l'est-il encore, ou l'auteur est-il passé à autre chose?) à partager sur le blog de Robert Sutton.

Robert Sutton, Objectif Zéro-sale-con, Paris, Vuibert, 2007. Traduit de l'anglais par Monique Sperry, préface d'Hervé Laroche.

Le site de Robert Sutton, le blog "Objectif Zéro-sale-con" en français (en sommeil), le site des éditions Vuibert.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Allez-y, lâchez-vous!