Affichage des articles dont le libellé est langue française. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est langue française. Afficher tous les articles

samedi 25 mai 2024

Au sujet de la Dictée de la Fête du Livre de Saint-Etienne...

... un billet qui s'adresse spécialement aux lectrices et lecteurs de ce blog domiciliés à Saint-Etienne ou dans le département français de la Loire: la demi-finale de la dictée de la Fête du Livre de Saint-Etienne aura lieu tout prochainement, le 1er juin à 10h00 au lycée Claude-Fauriel, à Saint-Etienne. La participation à ce concours d'orthographe est ouverte à chacune et à chacun, à tu et à toi, à vu et à vous, bref: à toute personne désireuse de se frotter à un texte gentiment difficile dont je suis l'auteur et que je défendrai sur place. L'ambiance sera studieuse, comme à l'école... Y serez-vous aussi, amies et amis ligériens passionnés de la langue française? Bienvenue, bon courage et à vos stylos!

Pour en savoir plus, et aussi pour vous inscrire, voici le site de l'équipe d'organisation: Lire à Saint-Etienne. Merci à elle pour la confiance témoignée!

mercredi 22 février 2023

Annonce: la Grande Dictée du Salon!

Avis aux amoureux des dictées et aux pasionarias de l'orthographe française: Francis Klotz, âme du vénérable Championnat suisse d'orthographe, donnera une dictée ouverte au public le samedi 25 mars à 11h00 à Palexpo (salle A du centre de congrès), dans le contexte du Salon du Livre de Genève (Suisse).

Les candidats chevaliers du subjonctif seront répartis en deux catégories: une catégorie juniors ouverte aux personnes de 13 à 18 ans et une catégorie seniors ouverte aux personnes âgées de 19 à 99 ans, voire plus. 

Le texte de la Grande Dictée du Salon sera lu et dicté par son auteur, Francis Klotz, champion du monde d'orthographe. Des prix récompenseront les candidats les plus valeureux: bons d'achat dans un restaurant genevois, bons à faire valoir dans une salle de cinéma de la place ou dans une librairie Payot, dictionnaires.

Alors, à vos plumes et à vos Bescherelle!

Informations détaillées sur le site du Salon du Livre (avec inscriptions) et sur le site du Championnat suisse d'orthographe.

Source de l'image: Facebook du Championnat suisse d'orthographe. La personne qui tient le stylo-plume aura du mal à s'imposer à ce concours, puisqu'elle écrit en anglais... 

samedi 2 juillet 2022

Patron, y'a marée basse, fais-nous voir la p'tite sœur...

 ... c'est avec les paroles du refrain de la chanson "Marée basse" du groupe "Les amis d'ta femme" que j'ouvre ce billet légèrement genré et, je l'espère, amusant. Les consos ont-elles un genre au bistro, en effet? En tout cas, elles suggèrent de gouleyants éléments de langage.

Tout a commencé il y a un peu plus d'un lustre au "Soggy Bottom", formidable bar à bières de Saint-Etienne. Surprise ce soir-là: j'ai eu droit à "Marée basse", diffusée par l'établissement, avec son refrain inénarrable: "Patron, y'a marée basse, fais-nous voir la p'tite sœur...". 

Sur le moment, j'ai tilté: a-t-on le droit de diffuser une telle chanson dans un bistrot, faisant presque l'apologie d'une consommation immodérée d'alcool, alors que les établissements publics ont un devoir de prophylaxie en la matière? Peu importe, ou presque: ce soir-là, j'ai consommé avec modération. 

Et le "Soggy Bottom" de Saint-Etienne reste surtout le bistrot par excellence où l'on peut déguster une bière stéphanoise authentique, avec ou sans chansons – ah, la défunte Glütte! Au passage, et parce qu'il faut vivre aujourd'hui, je recommande celle qui a un goût de café: c'est inattendu et épatant.

Mais voilà: remettre la p'tite sœur, comme dans la chanson, c'est carrément demander une nouvelle bouteille. Voilà qui peut paraître beaucoup pour un seul homme, si l'on parle de vin! Buvant un verre dans un établissement de ma bonne ville de Fribourg, nommé "Le XXe", voilà que j'ai eu envie doubler la dose: on n'est pas bien, là? La serveuse a trouvé ce jour-là le mot qu'il fallait pour quelque chose de plus petit: "Tu prends le p'tit frère?". Je ne m'attendais pas à ce tour de langage; mais ça a tout de suite fonctionné, pour un verre plutôt que pour toute une quille. Adopté!

Du coup, je me suis permis de le glisser dans mon lexique, avec j'ai été généralement compris pour obtenir un verre de plus. Avec des nuances cependant: la serveuse d'aujourd'hui n'a pas capté tout de suite, ici à Fribourg. Question d'expérience? Et une autre serveuse, cette fois au bar "Old Bridge" de Grenoble, m'a précisé qu'il ne serait plus plus petit que le premier verre – j'ai répliqué qu'il sera en revanche plus jeune, puisque servi plus tard, ne serait-ce que d'un ou deux quarts d'heure. 

Et vous, quels sont vos mots pour remettre une tournée, seul ou à plusieurs, avec ou sans alcool? Quel genre, quelle dose, quel bonheur partagé, et en quel lieu? Et quand la petite sœur devient-elle le petit frère, ou inversement? Pour conclure et parce qu'il le faut bien, et aussi parce que tout doit finir par des chansons, je vous mets "Marée basse", la mélodie inénarrable citée en début de billet, avec les textes.


lundi 5 octobre 2020

Avec Muriel Gilbert à la redécouverte de cet inépuisable réservoir de curiosités délicieuses qu'est le français

Mon image

Muriel Gilbert – Amis des mots et de la langue française, voici un ouvrage fait pour vous. Vous reprendrez bien... Un bonbon sur la langue? est un recueil de chroniques signées Muriel Gilbert, qui répond régulièrement aux questions posées par les auditeurs de son émission sur la radio française RTL.

On y trouve quelques classiques, qui ne le sont manifestement pas pour tout le monde: il est bon de se rappeler l'art des quelque et quel(s) que, ne serait-ce que pour démarrer la dictée de Mérimée d'un bon pied. Quelques finesses de l'accord du participe passé sont aussi abordées: faut-il écrire Muriel s'est servi du gâteau ou Muriel s'est servie du gâteau? Indice: les deux mon capitaine, mais ça ne veut pas dire la même chose!

Surfant sur les demandes de ses auditeurs – parfois des enfants – l'auteure de ce recueil se retrouve sur des terrains inattendus, faisant face à des questions très pertinentes mais qu'on ne se pose pas forcément. Ainsi, pourquoi beau-frère ou belle-mère? Ils ne sont pas forcément beaux... Et hop: on plonge dans l'histoire du sens des mots en français. On touche même aux fondamentaux tels que l'histoire de l'ordre des lettres dans l'alphabet latin.

L'ouvrage est celui d'une correctrice franco-française s'il en est, et on le décèle lorsqu'elle aborde une erreur de typographie commise sur la couverture de l'édition de poche de l'un de ses ouvrages: elle regrette qu'une espace ait sauté entre un mot et la ponctuation qui le suit. Or, si l'art de la typographie à la française aime les espaces, la typographie suisse privilégie le collage lorsqu'il n'est techniquement pas possible de placer une espace fine (1). 

Si l'auteure assume son côté conservateur en ce qui concerne la langue française et la manière de l'écrire, elle répète que l'usage seul commande. Elle assume donc le fait qu'une erreur mille fois répétée pourra entrer dans le dictionnaire un jour – et indique même que c'est déjà arrivé. C'est même l'une des raisons qui créent les savoureuses irrégularités du français, fruit du verbe des hommes (et des femmes) d'hier, d'aujourd'hui et de demain. La nouvelle orthographe recommandée a même droit de cité dans les pages de l'ouvrage.

Un ouvrage branché sur l'actualité, soit dit en passant, puisqu'un certain nombre de chroniques évoquent les mots nés de l'épidémie du coronavirus. Il sera donc question de déconfinement (pas encore dans les dictionnaires), du genre de COVID-19, de postillons ou même de rouvrir ou réouvrir les écoles. Des choses parfois basiques, que l'auteure s'amuse à approfondir en alliant érudition et tonalité pétillante. 

Revoir ses fondamentaux et les approfondir, découvrir de nouvelles anecdotes sur la langue française: au fil des pages, Muriel Gilbert guide avec le sourire ses lecteurs à travers les méandres de ce beau parler français qui n'a pas fini de dévoiler ses délicieux mystères. Et pour ceux qui n'en ont pas assez, l'auteure va même jusqu'à citer des livres et des sites Internet pour aller encore plus loin.

Muriel Gilbert, Vous reprendrez bien... Un bonbon sur la langue?, Paris, La Librairie Vuibert, 2020.

Le site de Muriel Gilbert, celui des éditions Vuibert.

(1) Et telle est ma pratique sur ce blog, suivant le Guide du typographe romand.


jeudi 16 mai 2019

L'orthographe française côté cool, pour avoir tout juste

9782311102475-g-960x1432
Julien Soulié – Faut-il simplifier la langue française? Ou vaut-il mieux en optimiser l'enseignement? Prenant le contrepied de certains linguistes simplificateurs à deux balles, Julien Soulié, multiple champion d'orthographe, avance qu'un brin d'humour permet de réconcilier les francophones avec les règles prétendument complexes de leur langue. Cela donne l'excellent "Par humour du français", qui admet que le français, c'est compliqué... mais en fait, pas tant que ça, si on l'aborde avec le sourire et une approche ludique.


Evidemment, la rigolade ne suffit pas: elle doit s'appuyer sur quelque chose de solide. Et au fil des pages, l'auteur joue la carte de la philologie à l'adresse du grand public. Celui-ci aime l'origine des mots, leur parcours sinueux à travers l'histoire? L'auteur dessine ces parcours à plus d'une reprise, convoquant avec érudition les racines latines, le substrat celtique et les adstrats francs qui ont fait de la langue française ce qu'elle est aujourd'hui. Cela, tout en assumant une histoire qui, à certains moments, a pris plaisir à compliquer les choses.

Le lecteur va donc se retrouver face à des fondamentaux qu'il a étudiés à l'école primaire, revisités d'une façon nouvelle. On aime par exemple l'utilisation de l'image du peintre qui, sur sa toile, explore les adjectifs de couleurs dans toutes les subtilités et nuances de leurs accords. Tout paraît simple! De façon moins innocente, l'auteur revisite les règles fondamentales d'accord des participes passés sur le ton du film d'horreur. Et, ô merveille: ça marche! En un chapitre, les bases apparaissent, évidentes, fondées sur des exemples cools. Et au surplus, les lecteurs se repaîtront des trucs et astuces que l'auteur glisse comme en aparté en des encadrés fort instructifs.

L'auteur est aussi conscient de l'évolution de notre langue française. Il l'observe à sa manière, amenant les arguments des uns et des autres. Il sera ainsi question d'écriture inclusive (l'auteur se montre ni pour ni contre, reconnaissant la pertinence des arguments en sa faveur tout en expliquant les limites de cette façon d'écrire), de simplifications des accords du participe passé suggérées par les enseignants belges retraités Arnaud Hoedt et Jérôme Piron (mais non, on ne simplifiera pas: de préférence, on expliquera mieux, parce qu'en fait, c'est assez cohérent, même quand il y a un "en" qui se balade). Et l'on éclatera de rire pour de bon lorsque l'auteur considère que le trait d'union, c'est carrément Meetic. Vous allez aimer! On parie?

Leitmotiv nécessaire, il est aussi question des recommandations/rectifications orthographiques de 1990. Là, l'auteur, passionné d'orthographe depuis toujours, rappelle qu'il est aussi un virtuose des championnats de dictées: ces recommandations tolérantes, par exemple sur les mots et verbes en -ote/-oter, sont des pièges possibles en moins pour les auteurs de dictées... et des marges de manoeuvre supplémentaires pour les candidats qui les maîtrisent. Cela dit, l'auteur assume un regard esthétique sur la langue française: celle-ci est-elle moins belle avec un accent circonflexe en moins? (indice: il se pourrait bien que la réponse soit oui!)

Rappelant l'histoire de la langue française, montrant qu'elle est aussi belle qu'une cathédrale gothique qu'on ne saurait abîmer, l'auteur revêt tour à tour le costume du linguiste et celui du philologue, quitte à confondre parfois les deux rôles (diachronie et synchronie, vieille histoire...) en un beau costume d'Arlequin: le français tel qu'on le parle aujourd'hui est le fruit de siècles de maturation et d'humaines évolutions. D'un point de vue formel, l'auteur se montre astucieux en jouant avec les coquilles dans "Par humour du français!": le lecteur est mis au défi de les dénicher. Celles de l'explicit (p. 245 et suivantes) sont parfaitement assumées et expliquées, ce qui évitera quelques malaises aux puristes! On relèvera cependant "entérinée" en p. 30, curieusement accordé au féminin avec "le j". Serait-ce un rappel inconscient et transgenre du fait qu'il fut un temps où, selon les dictionnaires, les lettres de l'alphabet étaient de genre féminin?

C'est cependant peu de chose face à un ouvrage qu'on recommandera avec un enthousiasme redoublé à toutes celles et tous ceux qui ont envie de mieux connaître leur orthographe française, et même aux personnes fâchées avec elle: lui-même enseignant, l'auteur offre d'innombrables pistes pour ne pas se prendre la tête (par exemple en matière de participes passés) et écrire plus juste au quotidien, en s'amusant, dans un souci de pédagogie ludique.

Julien Soulié, Par humour du français!, Paris, La librairie Vuibert, 2019.

Lu par Bruno Dewaele.


Le site des éditions Vuibert.