mercredi 1 juillet 2026

Quelques vies sur une photographie

Françoise Cohen – Il y a tant d'histoires qui peuvent naître d'une simple photographie! Signé Françoise Cohen, le livre atypique "Il fait chaud à Tanger au printemps" explore les potentialités d'une image prise en 1944, où figurent cinq personnes: une photo de famille un peu solennelle, grave, avec un fond quelque peu nuageux. Sur le mode de la transmission familiale, un dialogue s'engage dès lors entre Joséfa, la mère, qui s'installe dans une résidence pour seniors, et sa fille, Francesca, chargée de mettre l'image en place sur une étagère. 

"Il fait chaud à Tanger au printemps" revêt une forme atypique, entre recueil de nouvelles et court roman, tant les dix nouvelles qui se succèdent, elles-mêmes divisées en séquences, sont liées entre elles. L'impression d'une histoire éclatée naît dès lors du fait que les récits collectés par Francesca se suivent dans un ordre qui n'a rien de chronologique afin de créer une mosaïque d'instants vécus à Tanger certes, mais aussi à Oran, à Salonique, à Paris, voire à Buenos Aires, au fil des années de vie de celles et ceux qui figurent sur la photo.

Celle-ci recèle quelques secrets plus délicat que l'autrice dévoile avec adresse, par exemple celle d'un sixième personnage: morte trop tôt donc absent de l'image, une enfant semble encore la hanter. Quant au sérieux apparent des personnes – deux hommes et trois femmes – il rappelle que la mort rôde en ces temps de guerre: l'ombre du nazisme plane sur cette famille juive d'origine française, et quelqu'un, dans le groupe, a décidé de s'engager de manière périlleuse. En fin de lecture, le lecteur comprend ainsi la valeur et la "rareté", au niveau d'une famille, d'une telle image, qu'il ne sera peut-être plus possible de reproduire.

Le lecteur se laisse volontiers captiver par les pages denses de ce court ouvrage qui oscille entre recueil de nouvelles et roman. Il devine que probablement, les personnages mis en scène ne sont autres que les alter ego des proches de l'autrice elle-même – ce qu'indique l'italianisation des noms de certains personnages. Et enfin, il fait la découverte de ce que peut avoir été la vie d'une famille, de la Seconde guerre mondiale à la fin du vingtième siècle, voire au-delà.

Françoise Cohen, Il faut chaud à Tanger au printemps, Paris, L'Harmattan, 2026.

Le site des éditions L'Harmattan.


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