vendredi 7 janvier 2022

Matteo di Genaro: quand l'abricotine se fait rare, les cadavres se multiplient

Antonio Albanese – Après le western spaghetti et le thriller raclette, voici le polar abricotine! Après Monaco, Venise et Paris, l'écrivain suisse Antonio Albanese balade son personnage récurrent, Matteo di Genaro, du côté de Martigny, en Valais tout au long du roman "Les abricots de la colère". Tout commence par un triple meurtre – et c'est celui de la journaliste Camille Jeanneret qui va pousser Matteo di Genaro à mener l'enquête. Il est un peu poussé par le frère de Camille, mais agit aussi pour des raisons plus intimes.

Quelques mots sur l'intrigue et le contexte: on sort du premier confinement de l'année 2020, il y a pénurie d'abricotine, les morts se bousculent à l'église pour un dernier adieu selon les règles covidiennes. Le défunt qui suit Camille Jeanneret est Philippe Morand, distillateur de tradition spécialisé dans l'abricotine, obsédé de l'hygiène qui s'est dernièrement diversifié dans le gel hydroalcoolique. Y aurait-il un lien entre eux, au-delà des cérémonies de passage dans l'au-delà? Journaliste féroce, Camille a dû se faire quelques ennemis dans sa vie, après tout...

L'auteur est fidèle à lui-même dans son écriture. Familière, celle-ci lorgne du côté de San-Antonio, l'argot des truands en moins. Erudite et littéraire, elle ne manque pas de citer tel ou tel, à commencer par le clin d'oeil du titre à John Steinbeck (et le Valais est aussi le pays des raisins...). Il y a même un remake déjanté de "Fight Club" de Chuck Pahaniuk, avec une neuvième règle, avis aux amateurs! L'auteur a une fois de plus l'audace des comparaisons folles. Il se sent dès lors obligé d'en expliciter quelques-unes en des notes de bas de page parfois longues et souvent facétieuses qui, parfois, ne se gênent pas pour prendre le lecteur à partie. 

Enfin, comme il y a une moto dans l'histoire, il y a un petit côté Joe'Bar Team qui affleure çà et là, dans le vocabulaire comme dans certaines péripéties – une course-poursuite rusée ou la tentation de la nitroglycérine et du méthanol mélangés, par exemple. A cela viennent s'ajouter quelques astuces liées à l'écriture inclusive et une approche ludique des orientations sexuelles: bel effort de diversité amusée! Entre autres, Matteo di Genaro joue le personnage bisexuel, et il y a près de lui un petit chien supposément pansexuel.

Comme de juste, il est beaucoup question d'abricots, français, italiens ou valaisans, dans "Les abricots de la colère". Plus généralement, il est aussi question de spécialités locales, fromage de Bagnes, raclette ou pain de seigle aux noix, et tout ça fait saliver. Dans la lignée des trois premiers titres mettant en scène le richissime fouineur Matteo di Genaro, ce dernier opus est court – et, concentré qu'il est sur son intrigue, il m'a paru le meilleur de la série. A la manière d'une novella à chapitre unique, il développe une enquête relativement simple, classique et efficace, qui immerge le lecteur dans les coulisses pas toujours brillantes de la production d'alcools de fruits dans le Vieux Pays. 

Et comme d'habitude, c'est sur les mots "A suivre..." que cet opus se termine.

Antonio Albanese, Les abricots de la colère, Lausanne, BSN Press, 2021.

Le site d'Antonio Albanese, celui des éditions BSN Press.

P.-S.: ah, la blague: il se trouve qu'un spectacle également intitulé "Les abricots de la colère" a été donné dans les années 2010 au théâtre Pandora par la troupe des Superflous. Rien à voir bien sûr, mais quelle sacrée coïncidence!  


2 commentaires:

  1. Je ne connais pas l'auteur et ça m'intrigue beaucoup ! En revanche, j'ai peur de ne pas saisir toutes les références...

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    1. C'est à essayer, et tu ne risques pas grand-chose vu que c'est un roman court. Quant aux références, peut-être en verras-tu d'autres que moi! :-) En tout cas, l'ouvrage a une jolie couleur de terroir.
      Je te souhaite un bon dimanche!

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