lundi 26 février 2018

Les Chroniques de St Mary: à l'école des voyages dans le temps

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Jodi Taylor – Réinventer le voyage dans le temps, thème littéraire des plus classiques. C'est l'ambition de la romancière anglaise Jodi Taylor. Nés dans le monde de l'auto-publication, les neuf volumes des "Chroniques de St Mary" ont rapidement trouvé leur lectorat dans le monde anglo-saxon. Et le premier tome de la série, "Un monde après l'autre", vient de paraître en français aux éditions Hervé Chopin, dans une traduction signée Cindy Colin Kapen. Voyons ce qu'il en est...


Simple et géniale, l'idée de départ séduit d'emblée: alors que souvent, les romans mettant en scène des voyages dans le temps ont des airs de balade touristique, dans "Un monde après l'autre", de telles expéditions se préparent. Tout commence donc dans une école, rattachée à un institut secret entièrement spécialisé dans le voyage dans le temps: ambiance "école des sorciers" garantie! L'auteure pense à tout, imagine une formation tous azimuts et donne à voir les risques des voyages dans le temps, des risques qu'il faut anticiper.

Suit la description de trois expéditions fort diverses, étalées sur cinq ans. Elles s'avèrent flamboyantes, bien pensées aussi: pour que le lecteur s'y croie, l'écrivaine recrée les ambiances, mais aussi les odeurs, les gens, les lieux. Enfin, les gens... quand on est à l'époque des dinosaures, ce sont plutôt les bêtes qu'on voit évoluer, et leur description, saisissante, ne laisse là non plus rien au hasard: haleine douteuse, caca bien lourd, caractère de prédateur, tout y est. Et les tomes à venir promettent d'autres voyages, sans doute; au risque de se répéter?

En tout cas, pour éviter que "Un monde après l'autre" se contente d'être une succession de voyages, l'auteure s'intéresse au microcosme des historiens, techniciens et autres personnes qui font fonctionner l'institut. Elle campe des personnages aux caractères bien tranchés, et orchestre adroitement leurs interactions, volontiers vigoureuses ou passionnées. Il y a même des luttes de pouvoir, des manigances qui captivent, des voyageurs temporels concurrents. "Un monde après l'autre" fait ainsi figure d'exposition, permettant au lecteur de se familiariser avec un monde présenté comme vraiment à part.

L'écrivaine esquisse par ailleurs une réflexion sur la finalité même du voyage dans le temps: cela doit-il rester une chasse gardée scientifique, ou peut-on en faire un objet de tourisme pour bourgeois fortunés? Le safari au temps des dinosaures, organisé par les méchants de l'histoire, interpelle à ce sujet. On l'a compris, "Un monde après l'autre" est du côté de la science, et soit dit en passant, ce livre a aussi quelques mots critiques à l'encontre des religions, comme ça, en passant.

Enfin, l'histoire est racontée à travers la personne de Madeleine Maxwell, alias Max, et sa manière de raconter s'avère rapide, volontiers ironique, empreinte d'autodérision: qu'il soit potache, ironique ou grinçant, l'humour affleure en plus d'un endroit du roman. Le personnage de Madeleine Maxwell demeure par ailleurs suffisamment mystérieux ("passé trouble et futur précaire", dit sa présentation), sous ses dehors d'historienne modèle et surdouée, pour offrir le point de départ d'un grand nombre d'histoires pour les tomes à venir des "Chroniques de St Mary": peut-être que pour Madeleine Maxwell, explorer le passé des hommes impliquera d'éclairer son propre passé. 

"Un monde après l'autre" s'arrête en effet alors que tout n'est pas encore expliqué: ce roman appelle une suite, d'ores et déjà annoncée. Cette incomplétude est assumée par la toute dernière phrase: "Pas tout à fait la fin – plutôt une sorte de pause..." A suivre donc!

Jodi Taylor, Un monde après l'autre, Paris, Hervé Chopin, 2018, traduction de Cindy Colin Kapen. 

Lu par BelledenuitRosalie.

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