Fattorius
Lectures, poésies, bonnes choses, etc. Ancienne adresse: http://fattorius.over-blog.com.
dimanche 25 octobre 2026
Dimanche poétique 765: Amalita Hess
mardi 20 octobre 2026
Venise, une cité dans les airs
Le concept inventif de ville-tige, construite dans le ciel pour que ses habitants n'aient pas à subir la pollution insupportable de la surface terrestre, est l'une des idées les plus marquantes de "Sintonia". L'autrice a le bon sens de les décrire tout en évitant d'interminables tunnels, plaçant Venise en leader dans ce type de construction. Résultat: un peu d'italianité, à base notamment de mots venus tout droit de l'Italie et discrètement disséminés, confère sa saveur unique au récit. Et le lecteur comprend tout de suite de quoi il retourne – quitte, pour se faire une image encore meilleure du décor, à se référer à la couverture du livre.
Mais foin de pittoresque: la Cité des Doges marie la tradition et la modernité dans une société décrite comme très contrôlante pour ses habitants. Le Diapason, dispositif de contrôle mental, n'y est pas pour rien! Par contraste, l'autrice met en scène le mariage ancestral du Doge et du Ciel, ainsi que des moments de carnaval où les belles robes et les masques sont de rigueur, cachant plus d'un secret, voire d'une exaction. Quant à la ville-tige elle-même, le lecteur y retrouve certains monuments, tels qu'ils étaient au sol. Les gondoles, enfin, flottent dans les airs, d'une manière qui rappelle de loin tel ou tel tableau de Patrick Woodroffe.
Si Venise se pose en ville-tige modèle, d'autres cités sont moins bien loties. Ainsi, l'autrice dépeint un niveau différencié d'évolution dans ce type de nouvelles cités, avec des usages spécialisés pour certains de leurs éléments. Paris, quant à elle, est peu gâtée par la romancière: restée au sol en raison d'obscurs accords avec les agriculteurs, elle est tributaire de confinements réguliers dus aux pics de pollution qui la rendent périodiquement invivable.
Avec "Sintonia", l'écrivaine Audrey Pleynet offre un ample roman d'atmosphère, porté par des personnages féminins puissants et omniprésents. Elle y décrit sans aucune longueur un monde d'avenir caractérisé par la technologie et le contrôle sous les dehors séduisants d'une certaine perfection technique qui n'efface pas les travers humains. Cela, dans un souci constant que l'ensemble reste accessible même à des lecteurs qui ne sont guère familiers du genre. Cette recréation minutieuse d'un univers terrestre se révèle une puissante réussite.
Audrey Pleynet, Sintonia, Moret-Loing-et-Orvanne, Le Bélial', 2025.
Le blog d'Audrey Pleynet (en sommeil), le site des éditions Le Bélial'.
Lu par Anudar, Charybde 27/Hugues, Le Bibliocosme, L'Epaule d'Orion, Les Lectures du Maki, Philémont, Stéphanie Chaptal, Tampopo24, Weirdaholic, Yozone.
dimanche 18 octobre 2026
Dimanche poétique 764: Léon-Pamphile Le May
samedi 17 octobre 2026
"Le Club", romance moderne et électrique
vendredi 16 octobre 2026
Emile Roche, la vigne à l'ombre de la Grande Guerre
mardi 13 octobre 2026
Le pont, symbole de plus d'un passage
L'auteur met en présence Henry et Philippe, deux personnages que tout pourrait opposer, sur le mode du cœur et de la raison, et que, pourtant, quelque chose rapproche. D'emblée, la nouvelle installe une certaine ambiguïté dans les possibilités relationnelles qui peuvent s'ouvrir entre ces deux personnages.
Pourraient-ils être deux homosexuels qui s'ignorent et, pourtant, se rapprochent subrepticement au gré d'une conversation un peu folle? Cela, sachant ce qu'un tel lien sentimental peut avoir de problématique dans les années 1868, au cœur de l'université de Cambridge. Ah, franchir ainsi le Rubicon, le pont d'Arcole...
Il est cependant souligné par le parfum d'une fleur énigmatique que Henry porte sur lui. Cette fleur, Henry va la jeter à l'eau en fin de nouvelle, au milieu du pont. Ce geste fait écho à celui de son interlocuteur, qui a quant à lui jeté son bonnet carré d'étudiant dans les flots. Mais le geste est inégal: si Henry, attaché raisonnablement à ses études, jette une fleur finalement renouvelable, Philippe, quant à lui, jette à l'eau le symbole même des études et de la raison qui en est, ou du moins devrait en être indissociable.
C'est que Philippe, lui, est prêt à renoncer à toute raison pour faire le tour du monde et voir du pays avec un Henry qu'il ne connaît à peine, si ce n'est au travers d'un moment éthylique qui fait office de "five o'clock tea" chez les étudiants que l'auteur met en scène. Il semble que l'alcool rende tout possible! Il place en tout cas le personnage de Philippe dans le camp des audacieux, désireux de saisir un chimérique kairos.
Chimérique et bref: momentanément réunis, les deux personnages s'éloigneront. Au-delà de la brièveté de l'exaltation, le lecteur retient de la courte nouvelle de Maeldan Moreno la relation d'une expérience de vie tragique, où la proposition d'un voyage aventureux à travers le monde peut être vue comme la métaphore d'une vie assumée, malgré les préjugés peut-être, entre amants homosexuels.
"Le Pont" est une nouvelle au style simple et saisissant. On en apprécie le côté imagé, annoncé par la couverture signée d'Andrasnhor, fiancée de l'écrivain, tout en admettant que par sa brièveté même, ce texte donne envie d'en savoir davantage sur l'université de Cambridge telle que l'imagine l'écrivain Maeldan Moreno.
Maeldan Moreno, Le Pont, auto-édité, 2022.
Le site d'Andrasnhor, celui des réseaux de Maeldan Moreno.




