mercredi 21 janvier 2026

Deuil périnatal: vivre, quand même

Abigail Seran – C'est un roman d'une grande sensibilité, inspiré de son propre vécu, que l'écrivaine Abigail Seran propose à son lectorat en ce début d'année, autour d'un sujet douloureux et rare dans les lettres modernes: le deuil périnatal. Son titre? "Ce qui ne sera pas". Tout commence pourtant bien, avec un mariage, puis le projet de fonder une famille...

L'auteure a le chic pour dire, par petites touches, l'inquiétude qui naît et se développe chez la narratrice et son entourage, en particulier médical: le suivi se fait intensif, les sourcils se froncent, l'hypertension s'invite. Et pourtant, rien n'est dit, tout semble aller bien. Cela, jusqu'à la complication fatale, celle qui force une césarienne en urgence. C'est là le sommet dramatique du livre: l'enfant ne vivra pas.

Dès lors, l'écrivaine décrit une vie où tout est à inventer, avec un enfant qui à la fois est et n'est pas: soucis administratifs, contacts avec des proches et collègues tantôt soutenants, tantôt maladroits, pour ne pas dire pire. Et comment nommer une mère, des parents d'un enfant mort à peine né: "mamange", "papange"? En conclusion, l'autrice en indique les limites: trop doux, trop religieux. 

S'il est court, le livre "Ce qui ne sera pas" n'en aborde pas moins, de manière à la fois concise et approfondie, tous les aspects et ressentis qu'il est possible de vivre autour d'un deuil périnatal, y compris la solitude ressentie – alors que de telles situations ne sont pas tout à fait exceptionnelles. Sans oublier l'aspect paradoxal qu'il y a à aller au cimetière pour prier sur la tombe de son propre enfant.

Son écriture se structure en chapitres courts, eux-mêmes écrits en phrases brèves et sobres qui confèrent à ce roman sa force et son caractère, marqué par une urgence de vivre qui sied à la jeunesse. Mais ces phrases et chapitres sont brefs aussi comme une vie qui n'a même pas eu le temps d'être, dont on parle au passé malgré la présence invisible qu'elle représente.

Abigail Seran, Ce qui ne sera pas, Genève, Okama, 2026.

Le site d'Abigail Seran, celui des éditions Okama.

dimanche 18 janvier 2026

Dimanche poétique 726: Alfred Garneau

Devant la grille du cimetière

La tristesse des lieux sourit, l'heure est exquise.
Le couchant s'est chargé des dernières couleurs,
Et devant les tombeaux, que l'ombre idéalise,
Un grand souffle mourant soulève encor les fleurs.

Salut, vallon sacré, notre terre promise !...
Les chemins sous les ifs, que peuplent les pâleurs
Des marbres, sont muets ; dans le fond, une église
Monte son dôme sombre au milieu des rougeurs.

La lumière au-dessus plane longtemps vermeille...
Sa bêche sur l'épaule, entre les arbres noirs,
Le fossoyeur repasse, il voit la croix qui veille,

Et de loin, comme il fait sans doute tous les soirs,
Cet homme la salue avec un geste immense...
Un chant très doux d'oiseau vole dans le silence.

Alfred Garneau (1836-1904). Source: Bonjour Poésie.

samedi 17 janvier 2026

Jérôme Leroy, Berthet et l'envers de l'histoire contemporaine

Jérôme Leroy – Imaginez un instant: vous êtes en France, et l'histoire contemporaine se joue dans son envers, manipulée en coulisses par les gars de l'Unité. Parmi eux, un certain Berthet, fantôme à force de revêtir les identités les plus diverses, barbouze de premier ordre arrivant doucettement à la retraite, et que certains aimeraient éliminer. Ce qui le fait tenir? La mission qu'il s'est donnée de veiller, tel un ange gardien, sur la ministre Kardiatou Diop, jeune, belle, douée et noire. Voilà: les pièces du roman "L'ange gardien" de Jérôme Leroy sont posées. 

Paru en 2014, "L'ange gardien" met en scène un pays qui ressemble curieusement à la France, dans une réalité politique parallèle dont le lecteur s'amuse à reconnaître certaines têtes. On devine ainsi Nicolas Sarkozy déguisé en Bobonaparte ministre de l'intérieur. Les personnages du Bloc, parti d'extrême-droite, évoquent quant à eux la dynastie Le Pen, même si, par ironie, l'auteur leur donne le nom de Dorgelles, qui rappelle Roland Dorgelès – un écrivain qui n'est sans doute pas de ce bord. Quant aux localités, l'auteur mêle habilement celles qui existent et celles qui sont sorties de son imagination, par exemple Brévin-les-Monts, qui peut faire penser, par sa sonorité comme par les enjeux qu'elle endosse dans le roman, à Hénin-Beaumont.

En créant une France imaginée en fin décalage avec sa réalité, l'auteur s'ouvre la porte à la possibilité d'imaginer cette "Unité" dont le fonctionnement souterrain traverse tout le roman: ceux qui font partie de cette section secrète sont tenus de tuer tous ceux qui gênent, et parfois même des innocents, à des fins de test. Tel est le métier de Berthet, qu'il faut peut-être éliminer à son tour un jour, alors que sa retraite approche et qu'il en sait tout simplement trop. Mais Berthet n'est pas né de la dernière pluie: pour tenter de survivre tout en faisant tomber quelques gêneurs, il décide de confier à un écrivain en rupture, Martin Joubert, la mission d'écrire sa vie et de tout balancer. Il est permis de voir en Martin Joubert un double de Jérôme Leroy, mais ça se discute.

"L'ange gardien" apparaît dès lors comme un roman à trois voix, correspondant à ses trois parties. L'auteur fait monter la tension au gré des deux premières en suscitant la curiosité du lecteur face au personnage fascinant de Kardiatou Diop, qui n'est pas non plus à l'abri de menaces qui ne sont même pas toujours racistes: son seul talent fait aussi des jaloux. Le lecteur n'aura toutefois pas le plaisir de l'entendre parler d'elle en fin de roman, puisque le romancier choisit de porter sur elle le regard de son directeur de cabinet et amant – un anonyme. Oui, en politique aussi, les hommes passent et s'oublient.

L'ambiance est sombre dans "L'ange gardien", l'écriture est envoûtante grâce à quelques astuces que le lecteur repère aisément, à commencer par le refus d'utiliser le pronom personnel de la troisième personne: les personnages marquants de l'intrigue sont toujours désignés par leur nom. Une fois cette musique installée, "L'ange gardien" se révèle passionnant à lire. 

Equilibré, aussi: ses côtés sombres, ses pages allusives sur la politique française des années 2010 marquées par la fin de l'ère Sarkozy et, déjà, la montée du Rassemblement national, sont tempérés par une manière un peu franchouillarde de prendre la vie, typique de plus d'un personnage: il y a toujours un bistrot au coin d'une page de "L'ange gardien", où l'on mange force choucroutes et où l'on boit du bon vin (l'auteur cite nommément les breuvages absorbés) plus que de raison. Pétri par ailleurs d'allusions à la poésie française, "L'ange gardien" est à rapprocher d'autres romans de l'auteur, où le Bloc apparaît également. On remarque et on apprécie en particulier ses jeux virtuoses sur la focalisation et sa maîtrise du rythme, y compris dans les scènes les plus rapides – qu'on aimerait, pour le coup, voir portées au cinéma, au ralenti. Pourquoi pas?

Jérôme Leroy, L'ange gardien, Paris, Gallimard, 2014/Paris, Folio, 2025.

Le site des éditions Gallimard.

Egalement lu par Charybde27Christian Authier, OliviaThomas Roland, Thrillermaniac.

Lu pour le défi Un hiver polar.


vendredi 16 janvier 2026

Géraldine Lourenço sur les rails du crime

Géraldine Lourenço – Le chemin de fer comme théâtre du meurtre, idéalement en huis clos? C'est devenu une tradition depuis "Le Crime de l'Orient-Express" d'Agatha Christie. À cette locomotive romanesque, la romancière suisse Géraldine Lourenço vient accrocher son propre wagon, qui ne démérite pas: "Le crime du GoldenPass". Tout commence avec le meurtre énigmatique de Berthold Hofmann, chirurgien esthétique réputé mais controversé, à bord du compartiment de première classe d'un train touristique mythique qui relie Interlaken à Montreux. 

Mais voilà: il y a deux policiers à bord, et ils sont amants. Ce sont Laura Lambert, capitaine de police à Annecy, et Julien Morel, inspecteur de police à Fribourg, qui ont décidé de s'offrir un chic voyage pour célébrer leur amour, repas gastronomique dans un hôtel de luxe et moment de détente dans un spa inclus. Forcément, le boulot et ses réflexes les rattrapent...

Mélanger métier et passion n'est pas toujours idéal, l'auteure l'a bien compris. En désignant Laura Lambert, personnage récurrent de ses romans, comme la suspecte numéro un, une suspecte qui va même jusqu'à aggraver son cas par ses actes (mais comment peut-elle faire ça?), l'écrivaine déstabilise fortement le couple apparemment soudé qu'elle forme avec Julien Morel. Et c'est avec subtilité qu'elle le montre: un regard de Julien Morel suffit à révéler une faille, une perte de confiance.

Mais ce n'est là qu'une des pistes du "Crime du GoldenPass". Le coupable est-il d'ailleurs l'essentiel? La romancière lâche son nom à mi-roman déjà. Ce qui ne tue en aucune façon l'intérêt de l'histoire: celle-ci va dès lors s'attacher à révéler, peu à peu, la terrible histoire familiale d'un chirurgien esthétique matériellement à l'aise, mais qui n'a pas su rendre sa femme heureuse et a un frère jumeau. Ce frère jumeau, c'est peut-être un classique du genre policier; l'auteure réussit à le faire jaillir dans le récit d'une manière qui ne manque pas d'épater.

Quant au décor, il ne manque pas de séduire les lecteurs qui aiment voir du pays, si possible sous la neige. L'intrigue se balade tout au long de la ligne du GoldenPass, avec un détour par Bulle, où la police semble fonctionner dans une ambiance cordiale voire amusée, et un passage obligé par Montbovon, gare importante de la ligne du GoldenPass, où l'Hôtel de la Gare, bien réel, joue aussi son rôle de révélateur.

"Le crime du GoldenPass" analyse des liaisons amoureuses empreintes de danger: les aventures des frères Hofmann, romanesques et marquées par la vengeance, résonnent avec le lien, moins solide qu'il n'y paraît, qu'entretiennent Laura Lambert et Julien Morel. 

Décliné en chapitres courts qui se lisent rapidement, "Le crime du GoldenPass" explore par ailleurs les zones d'ombre d'un Suisse prospère. En dessinant le personnage de Berthold Hofmann, ce roman capte en effet plus d'une de ces misères que la Suisse sait généralement cacher, entre autres lorsqu'il s'agit d'enfance placée. Et en choisissant un train touristique premium comme cadre pour un crime, son auteure opte pour le contraste: si le lieu de l'homicide est chic, si la mort a l'air propre, ce qui se cache derrière est, le lecteur le comprend peu à peu au fil de l'enquête, fort peu reluisant malgré un vernis de légitimité: qui n'a jamais rêvé d'une vie meilleure?

Géraldine Lourenço, Le crime du GoldenPass, Fribourg, Editions Montsalvens, 2024.

Le site des éditions Montsalvens.

Lu pour le défi Un hiver polar.

 

mercredi 14 janvier 2026

Benoît Rittaud: fictions et vérités sur le climat

Benoît Rittaud – Et si l'humain était moins responsable que cela du réchauffement climatique? Grâce au genre littéraire du roman, l'écrivain Benoît Rittaud, également mathématicien, impliqué dans le débat climatique en qualité de "climato-réaliste", interroge en toute liberté les récits qui circulent actuellement sur le changement climatique. "Geocratia" se fonde sur l'hypothèse de Henrik Svensmark pour développer un récit qui va changer la science du climat en suggérant que le climat s'auto-régule largement. Tout commence lorsque des calculs d'ordinateur confirment ce que d'aucuns ont su pressentir...

L'hypothèse de Svensmark n'est guère explicitée dans "Geocratia", et c'est dommage pour la solidité du fondement du propos: elle considère en gros que des rayons cosmiques, en ayant un impact sur la forme des nuages, ont un impact sur le climat terrestre. L'auteur décide que pour les chercheurs qu'il met en scène, cet impact est prépondérant. Reste à convaincre le monde, à commencer par les revues scientifiques, les politiques, la presse et les activistes. Sans compter soi-même: l'écrivain excelle à décrire, par le dialogue, les craintes que les deux responsables de recherche, Sonneyer et surtout Nalliens, ressentent face à une découverte qui remet en cause toute la question de l'origine anthropique du réchauffement climatique – rien de moins.

Au fil de son roman, l'écrivain décrit avec justesse les rigidités de tout un domaine de recherche scientifique qui, avec ses activistes et ses thuriféraires, a selon lui pris les allures simplistes d'une religion, peu en phase avec la complexité du domaine (pour souligner cette complexité, l'auteur conclut du reste en déclarant qu'on devrait parler des "climats" au pluriel). Décrivant un groupe de zadistes à la mode de Notre-Dame-des-Landes, il dit aussi l'intransigeance de certaines voix écoutées de la société civile et scientifique: le chapitre 9, "Pour une loi Gayssot du climat", s'avère glaçant. Cela d'autant plus que, construit sous forme de manifeste prévoyant la réintroduction de la peine de mort, il se fonde sur des idées qui ont été réellement évoquées un jour ou l'autre. La question de la représentation de la nature au niveau politique, que l'auteur juge accaparée a priori par des chercheurs spécialisés qui en seraient d'office les députés, est également évoquée.

Quant à Geocratia, c'est un projet certes, et on le devine totalitaire, au nom d'une écologie absolument prioritaire, y compris face aux besoins de l'humain. Mais pour les personnages mis en scène, c'est un doux rêve, peut-être même une idée qui n'existe pas vraiment – le propos de l'auteur n'est du reste pas de décrire l'émergence d'une dictature écologiste en France, et si décevant que cela puisse paraître, il est normal que Geocratia apparaisse plutôt comme un McGuffin. Quant à la ZAD de son roman, si elle a ses gourous, l'auteur la décrit aussi comme un lieu qui attire aussi toutes sortes de gens, parfois davantage soucieux de se nourrir, éventuellement sans gluten, que de brasser de grandes idées dans le cadre d'ateliers éventuellement marqués par les codes du wokisme. Ce qui n'empêche pas forcément l'ouverture d'esprit, ni les questionnements...

Documenté et sourcé ("Les notes de bas de page renvoient à des références qui, malheureusement pour certaines d'entre elles, sont toutes authentiques", ponctue l'écrivain), "Geocratia" est indéniablement l'œuvre d'un romancier très au fait du débat climatique et des arguments de chaque camp, voire de chaque chapelle. Cela, sans oublier son versant politique avec l'apparition d'un Vladimir Poutine qui refuse que la transition écologique se fasse au détriment du progrès pour les pays qui n'en bénéficient pas encore pleinement aujourd'hui. Ses pages se tournent rapidement et, par le biais de la fiction, éclairent mine de rien certains angles morts de la question du climat telle qu'elle se présente aujourd'hui au grand public.

Benoît Rittaud, Geocratia, Paris, Editions du Toucan, 2021.

Le site des Editions du Toucan.

Egalement lu par Francis Richard.


lundi 12 janvier 2026

Antisémitisme: une immersion pour un état des lieux

Nora Bussigny – Signé Nora Bussigny, "Les nouveaux antisémites" permet de mettre quelques mots, mais aussi des faits et des ressentis communs, sur un malaise qui pu voir le jour chez les uns ou les autres au lendemain des attentats du 7 octobre 2023. Y a-t-il eu une montée soudaine de l'antisémitisme, sous des formes éventuellement nouvelles, depuis? La journaliste a mené l'enquête et ce qu'il en ressort n'est guère rassurant. 

Le lecteur découvre au fil des pages ce qui ressort d'une enquête en immersion qui s'intéresse à tous les acteurs concernés: militants, groupes d'intérêts, associations, mais aussi victimes. Force est de relever en effet que l'essayiste n'oublie personne. Elle révèle ainsi les administrations scolaires soucieuses de ne pas faire de vagues, les manifestations qui excluent, les associations qui, éventuellement subventionnées, laissent passer des discours haineux à l'encontre d'Israël et, souvent par glissement, des Juifs. Et suggère, dès l'entrée de son propos, les incohérences patentes nées d'une vision intersectionnelle des choses, portée par une convergence des luttes fantasmée. 

L'autrice ne dédouane pas l'extrême-droite, évoquée en passant, bien au contraire. Cela dit, son propos se concentre sur l'observation d'activismes situés à la gauche de l'échiquier politique français, et sous les nouveaux atours que l'antisémitisme y prend. On la verra assister à des manifestations où les slogans égrenés n'ont rien d'aimable, participer à des ateliers où l'on apprend comment noyauter Wikipedia pour y introduire un biais pro-palestinien, et même, justement, décrire ce qu'elle appelle la "preuve par la Palestine", injonction à choisir son camp déterminante pour obtenir du soutien, en ligne ou sur le terrain. Jugés insuffisamment investis, certains influenceurs et vedettes en ont fait les frais...

Infiltrée, la journaliste l'est: sa méthode privilégiée est l'immersion. Elle se déguise, fait intervenir des alliés sûrs tels que sa tante qui maîtrise l'arabe, participe le plus discrètement possible à des événements auxquels tout un chacun n'a pas accès et pour lesquels il faut montrer patte blanche. Ce faisant, elle réactive la "légende" qu'elle s'est créée pour écrire un précédent ouvrage d'investigation, "Les nouveaux inquisiteurs". 

Mais elle ne s'arrête pas là: elle dialogue aussi avec des personnes juives victimes de discriminations ou d'agressions qui ne se sentent plus en sécurité en France, sur les campus pris en otage par un militantisme envahissant et clivant ou simplement en ville, et démasque associations et personnalités (un index en fin d'ouvrage en atteste). Pour assurer le contradictoire, elle ne manque pas d'aller interroger également les vecteurs d'une mouvance qui, sous couvert de soutien à la Palestine, paraît confondre antisémitisme et antisionisme. Souvent, c'est le silence qui lui répond; mais force est de relever l'honnêteté de cette démarche marquée par la recherche de l'équilibre et de la mise en résonance des voix antagonistes, indissociable d'une enquête journalistique sérieuse.

"Les nouveaux antisémitismes" évoque aussi de nombreuses autres formes d'exclusion, y compris de la part de groupes militants qui portent l'inclusion en bannière, à grands coups d'écriture inclusive si nécessaire. L'enquête s'avère complète et observe tous azimuts ce qui se passe sur un certain bord politique. Centrée sur la France, avec un excursus en Belgique, elle fait figure d'exemple: traités à fond, ses questionnements sont sans doute pertinents aussi dans d'autres pays.

Nora Bussigny, Les nouveaux antisémites, Paris, Albin Michel, 2025.

Le site des éditions Albin Michel.

dimanche 11 janvier 2026

Dimanche poétique 725: Joël Calinon

La déprime

L’Étoile s’est éteinte au front de l’espérance;
Elle qui flamboyait, pépite du futur,
Ardente au fond du cœur si terne vers l’azur,
Mourut avec la nuit, les maux et la souffrance.

Et dolent le cerveau révèle dans sa transe
La Déprime: l’esprit devient fantôme, impur,
Entraîne où l’horizon est un miroir obscur,
Tel un bateau perdu sur l’eau d’indifférence.

Il tourne sur des flots sans ancrages ni ports,
Allant avec lenteur en stériles efforts,
Mû par un vent glacé, misérable borée 

Soufflant sur le gréement infantile ou chenu
Un tumulte soudain. Qui n’a jamais connu
Au mât de sa raison la voile déchirée?

Joël Calinon. Source: Bonjour Poésie.