mercredi 27 décembre 2023

Prout prout!

Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut – "L'Art de péter" est une sacrée curiosité littéraire, bien cachée dans les recoins sombres de l'histoire des lettres française. Son auteur, professeur de latin à l'Ecole militaire de Paris, a donné une première édition de ce petit "essai théorie-physique et méthodique" en 1751. Les éditions Presses Inverses ont choisi d'en publier la seconde version, parue vingt-cinq ans plus tard et jugée mieux écrite.

Et tout est dans le titre: ce court ouvrage constitue une réflexion d'allure scientifique, voire médicale, sur le pet. Si l'esprit est scatologique bien entendu (et fait constamment rire, même bêtement, ce qui est loin d'être désagréable), il a également la saveur délicieuse du pastiche de traité médical. 

Structuré d'une façon bien rigoureuse, avec une typologie des pets (en fonction du son et de l'odeur: pet diphtongue, pet de demoiselle, pétard...) et un essai de description de leurs causes internes, il en appelle, à la manière des médecins de l'ancien temps, aux maîtres latins et plus récents, généreusement cités: le lecteur verra passer Saint-Evremond comme Horace ou Martial, entre autres, et découvrira de ces auteurs des extraits qu'on n'apprend pas forcément à l'école. 

Alors qu'aujourd'hui encore, on a tendance à s'en trouver gêné, l'auteur se montre plutôt libéral avec la pratique du pet en public, nauséabond ou non, et met en particulier en garde contre une rétention excessive des vents: retenus, ceux-ci seraient susceptibles de détériorer l'imagination en montant à la tête. Il fait même preuve d'une certaine modernité en envisageant les potentialités musicales du pet.

Enfin, le propos, si scientifique qu'il paraisse, nourrit également son propos de légendes, qui prêtent à certaines divinités antiques des flatulences hors norme, dans le genre des coups de canon plutôt que de la sonorité du flageolet (et: oui, l'auteur évoque les flageolets, et le double sens malicieux n'échappera pas au lecteur...). C'est du reste sur "Histoire du prince Pet-en-l'air et de la reine des Amazones", un texte mythique bien farfelu, que s'achève "L'Art de péter", comme en un ultime éclat... de rire.

Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, L'Art de péter, Prilly, Presses Inverses, 2021.

Le site des éditions Presses Inverses.

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6 commentaires:

  1. En voilà un sujet qui ne manque pas d'air 😆

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    1. ... et ce n'est pas du vent! ;-)
      Bonne journée à vous, Aïkà, et merci d'être passée!

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    2. 🤣 Décidément, à cette cadence- là... En tout cas merci et merci pour cette chronique ! Bonne journée à vous également !

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    3. Une cadence rapide, on met les gaz... ;-)
      Merci à vous pour votre fidélité, Aïkà!

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  2. Rien que le titre... Me fait déjà sourire... Il faut que je le trouve celui-ci !!

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    1. Bonjour, chère ou cher anonyme! Oui, c'est (presque) de la science! Une très chouette curiosité, à découvrir pour rire un bon coup.
      Bonne année à vous!

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