dimanche 16 décembre 2018

Dimanche poétique 379: Emmanuel Echivard

Idée de Celsmoon.

I. 

La vallée est emprisonnée par l'été. Ses habitants se souviennent qu'un filet d'eau y coulait. Ils ont encore en mémoire son chant. A sa place, la poussière. 

Tu es l'orage à venir. 


Tout s'est arrêté.



Tu es un vertige, dit-il, le chaos des rochers que la brume de midi a pris.

Puis l'après-midi a passé. Lui s'occupait des ronces à arracher. Il t'a oublié.


Mais quand le soir arrivera, il s'étendra sur le sol pour t'entendre passer.



Ou bien il tente de rejoindre une source. Il doit descendre, traverser des éboulis de pierre; il sait qu'il peut déraper, que le sol se dérobe. Là où il est, il n'y a pas de chemin.

C'est un lien d'écroulement. 


Ce n'est pas un vertige. C'est ton passage.

Emmanuel Echivard (1975- ), La Trace d'une visite, Devesset, Cheyne Editeur, 2016.

vendredi 14 décembre 2018

La musique dans les camps, envers et contre tout

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Thomas Saintourens – On les a étouffées, ces voix. C'était entre 1933 et 1945, parfois un peu plus. Ce sont celles des musiciens et compositeurs qui, au temps du national-socialisme, se sont retrouvés, pour diverses raisons, prisonniers du système concentrationnaire nazi. Basé à Barletta, ville des Pouilles, le pianiste et musicologue Francesco Lotoro a décidé de faire entendre leurs voix à nouveau, il y a quelques décennies, en une démarche folle et passionnée. C'est de tout cela que "Le Maestro", document du journaliste français Thomas Saintourens, va parler.


Thomas Saintourens choisit d'utiliser Francesco Lotoro pour guider le lecteur. Il en dresse un portrait complet, approfondi, qui met en avant son parcours et sa démarche. Il y a les études de piano, la découverte d'Erwin Schulhoff, et la prise de conscience d'une mission: faire entendre ces compositeurs qui ont été internés et ont, de façon plus ou moins clandestine, poursuivi la pratique de leur métier: composer coûte que coûte, émouvoir immédiatement si possible, pérenniser avec les moyens du bord (qui peuvent parfois se résumer à une bonne mémoire, comme celle d'Alexander Kulisiewicz) ce qui a été imaginé ou recueilli dans l'enfer des camps et des prisons.

De Francesco Lotoro, l'auteur donne l'image d'un héros passionné, capable de donner son dernier centime pour un enregistrement (éventuellement en slip, parce qu'il fait chaud à Barletta... authentique!) ou quelques kilos de photocopies, et de sacrifier sa santé pour une transcription ou une interprétation. Le journaliste ne manque pas, et ce n'est que justice, de relever le soutien des musiciens qu'il sollicite pour donner vie à ces partitions arrivées jusqu'à lui presque par miracle: le fidèle baryton Angelo, l'équipe de Roms géniaux qui tient les solos de telle pièce, ou ceux qui renoncent à leur cachet: côté finances, apprend-on, Francesco Lotoro n'est pas un gestionnaire des plus habiles. L'essentiel, c'est que la musique revive... Et fort justement, le journaliste français restitue tout ce que la démarche de Francesco Lotoro doit au soutien inconditionnel, incroyable, de son épouse.

C'est que, bien sûr, "Le Maestro" n'est pas qu'un hymne à un homme passionné qui exhume des partitions. Dans ce livre, il est aussi question d'une belle poignée de compositeurs qui, pendant la folle période nazie, se sont trouvés emprisonnés, déportés, internés. Les mots ont un sens: les conditions de vie dictent souvent la nature des compositions. On pense au père Gregor Schwake qui, intégré dans le camp des curés de Dachau, réussit à écrire des messes et cantiques. On pense à Frida Misul qui, dans l'enfer d'Auschwitz, qui signe "Lagerue" sur l'air de "Rosamunde" comme un chant intitulé "Quadratini in brodo" – parler de raviolis au fin fond de la Pologne, ça compte.

Il sera question aussi, bien sûr, du camp de Theresienstadt, que le journaliste choisit de nommer Terezín, à la tchèque: il recrée avec minutie les conditions de la création de l'opéra pour enfants "Brundibár" de Hans Krása et Adolf Hoffmeister, rappelant que les interprètes, après une ultime représentation pour la Croix-Rouge, sont tous partis pour un voyage sans retour pour Auschwitz. Parmi les figures marquantes citées dans ce livre, on relève aussi Rudolf Karel, qui écrivit ses dernières œuvres sur du papier hygiénique à l'aide d'une échine trempée dans le charbon qu'on lui donnait pour le soigner de la dysenterie dans une prison allemande. Il est aussi question du Français Emile Goué, emprisonné dans un Oflag, et perçu comme un compositeur particulièrement génial par Francesco Lotoro – le lecteur aimera l'évocation de sa correspondance amoureuse et confiante avec son épouse, comme il appréciera la sincérité des lettres du soldat anglais Harry Berry, prisonnier au Japon, à sa femme.

Francesco Lotoro n'est pas sectaire: il évoque tous les genres, de la comptine à l'opéra en passant par la musique de chambre et le jazz, car tous ont cherché à exister dans le système concentrationnaire nazi. Mais en musique, peut-on être d'un seul camp? Dans le camp de l'Axe, il évoque aussi cet Italien et cet Allemand, engagés dans les armées du Duce et du Führer et qui, emprisonnés eux aussi, ont continué à écrire de la musique contre vents et marées. Leurs musiques sont-elles moins valables? Difficile question. Pour le musicologue, la privation de liberté est terrible, de quelque camp que l'on soit: sa démarche apparaît encyclopédique, universelle – on dirait "inclusive" aujourd'hui. Et ses prisonniers musiciens et/ou compositeurs ont de multiples visages: Juifs bien sûr, mais aussi prêtres catholiques, communistes convaincus, homosexuels, gens du voyage, militaires alliés et de tous bords.

En écrivant "Le Maestro", Thomas Saintourens choisit de donner une voix à celles et ceux que l'on n'entend pas assez, au travers d'un Francesco Lotoro qui donne à ces compositeurs oubliés, souvent morts dans les camps, une nouvelle vie, au travers d'enregistrements réalisés avec des moyens limités et dans l'urgence. Cela, pour une reconnaissance pour le moins aléatoire. On pourrait s'attendre à quelque chose de triste, mais non: en composant des musiques volontiers joyeuses, lorgnant volontiers vers le jazz, dans les différents recoins du système carcéral et concentrationnaire nazi, les musiciens démontrent que même au plus sombre de la mémoire, il y a une humanité qui ne veut pas mourir. Belle leçon de vie! Par une écriture captivante et émouvante qui fait que le document "Le Maestro" se lit comme un roman, l'auteur souligne cette vivacité et donne envie d'aller voir plus loin. Par exemple en écoutant les vingt-quatre disques de l'encyclopédie musicale que Francesco Lotoro a consacrée à la musique des camps.

Thomas Saintourens, Le Maestro, Paris, Stock, 2012.

Un autre billet de ma main, plus général, sur le sujet.



mercredi 12 décembre 2018

Le management, côté sourire

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Gabriel Fuchs – Et si l'on prenait le management à la rigolade? C'est ce qu'invite à faire l'auteur Gabriel Fuchs, un ingénieur-consultant suédois passionné de photo installé en Suisse. Paru en 2009, son anti-manuel de management "La Comédie du management" compile une pleine brassée de chroniques qu'il a rédigées avec générosité pour le journal suisse "PME Magazine" durant la première décennie du vingt et unième siècle. L'auteur les écrivait en anglais, charge à Grégoire Baillod et François Schaller de les adapter en français.


Naturellement, il est toujours judicieux d'avoir une vague idée de ce dont on parle – même si, je le concède, le sens des termes et thèmes utilisés dans le livre avec une complaisance non feinte échappe sans doute à ceux-là mêmes qui s'en servent au travail. Il sera donc question de coût de l'investissement, de loi de Pareto (transposée à tout ce qui bouge en un amusant exercice de jonglage), de curriculum vitae menteurs et de plein d'autres choses. Tous les mots-clés sont d'ailleurs recensés comme autant de "tags" sur le rabat de la couverture, en un inventaire à la Prévert du jargon des cadres. L'ouvrage trahit aussi son époque: il y est question, quelque part, de la loi Sarbanes-Oxley. Qui s'en souvient? Et utilise-t-on encore des Filofax bien chers pour noter ses rendez-vous?

Transformation des échecs en succès, militarisation du monde du management (qui emprunte ses termes à l'armée), gadgets tels que les agendas électroniques, responsabilités fluctuantes, rapports de force: l'auteur aime observer certains mécanismes et comportements intrinsèques à l'entreprise. C'est ce qu'il nomme la dimension "politique", faite d'observation d'ego et de stratégies plus ou moins personnelles – une dimension humaine, en un seul mot, mise à nu. Le chroniqueur ne recule devant rien, allant jusqu'à signer une chronique pince-sans-rire sur le burnout, qui mène à la dépression, voire à l'infarctus, par cycles.

Et ça sent le vécu, moyennant une louche de caricature et de mauvaise foi jouissive! Comme l'indique François Schaller, préfacier, la source d'inspiration de l'auteur réside bel et bien dans les entreprises où l'auteur intervient comme consultant. Cela, à telle enseigne qu'il lui a fallu prendre un pseudonyme pour signer ses chroniques dans la presse. Cette impression de vécu est encore accentuée par le fait que chaque chronique commence par l'expression "Là où je travaille" – qui était du reste le titre de la rubrique qu'animait l'auteur dans "PME Magazine". Cette expression revient même au cours du texte, comme un leitmotiv.

Loin d'être pessimiste ou plombant, "La Comédie du management" divertit en proposant à ses lecteurs de prendre du recul avec tout ce qui se dit et se fait au travail, et d'y réfléchir un instant. Un recul qui manque parfois dans le monde sec et sérieux de l'entreprise; cela dit, il paraît que publiées dans "PME Magazine", les chroniques de Gabriel Fuchs avaient un franc succès. Peut-être que ceci explique cela: "Là où je travaille..." constituait une respiration bienvenue, attendue. Et ce livre en est le prolongement.

Gabriel Fuchs, La Comédie du management, Vevey, Xenia, 2009. Adapté de l'anglais par Grégoire Bâillon et François Schaller.

Le site de Gabriel Fuchs, celui des éditions Xenia.

lundi 10 décembre 2018

Quand Higgins mène l'enquête chez les intouchables de Bruxelles

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Christian Jacq – Quand l'inspecteur Higgins mène l'enquête, ça va vite! L'écrivain Christian Jacq les relaie au rythme soutenu de quatre romans par an. "Brexit oblige" a paru l'an passé, et le titre conserve aujourd'hui encore une actualité certaine. Theresa May en sait quelque chose... mais ce n'est pas d'elle qu'il s'agit dans ce roman policier, qui met plutôt en scène une poignée de fonctionnaires bruxellois discrets mais influents, pour ne pas dire intouchables.


Tout commence par le meurtre de Walt Selfridge, haut fonctionnaire opposé au Brexit pour tout un tas de raisons plus ou moins avouables. Dès lors, c'est l'inspecteur retraité Higgins que l'on fait intervenir: on a voulu mettre le meurtre sur le dos de la sœur de Selfridge, mais ça ne colle pas. L'homme qui convoque Higgins vaut son pesant de cacahuètes: l'auteur excelle à le peindre en gris, allant jusqu'à l'appeler Smith, un nom banal, et à l'affubler d'un teint et de costumes de la même couleur. S'il se fait remarquer, c'est surtout à cause de ses allergies et aversions alimentaires, qui font contraste avec le penchant sympathique de Higgins pour la bonne chère: en début de roman, l'auteur dessine ainsi une scène de repas... haute en couleur.

Dès lors, commence la tournée des témoins et suspects, qui occupe une grande partie du roman. L'auteur s'amuse, manifestement: il construit tous ces personnages de façon crédible bien que caricaturale, jonglant avec les stéréotypes et clichés. On découvre ainsi une Ecossaise férue de tir à l'arbalète, une Kényane anglophobe qui paie en billets de vingt euros, un mirliflore français aux dents longues, un Grec épicurien et sympathique et sa fille qui joue les Cristina Cordula pour les huiles lourdes des institutions européennes. Cela, sans oublier l'Allemande sans-frontiériste et multikulti en diable, ni tel Autrichien apparemment trop impassible pour être honnête. Qui a tué, et pourquoi? Les soupçons se baladent, et l'auteur s'interroge, à mesure d'un roman qui raconte toujours un peu la même histoire, avec cependant des points de vue sans cesse changeants, parfois convergents, parfois divergents. Ces témoignages suggèrent clairement à quel point le monde de la haute fonction publique européenne est un panier de crabes.

L'inspecteur Higgins se distingue par quelques traits intéressants, qui suffisent à en faire un personnage récurrent. Il y a d'abord sa capacité à amener à dialoguer les témoins les plus à craindre: invariablement, ils deviennent doux comme des agneaux. De ce point de vue, son acolyte lors de cette enquête, le commissaire Klauwaerts, apparaît d'une pusillanimité suspecte qui aurait mérité d'être davantage exploitée, au-delà du jeu amusant, sans cesse varié, de la description de ses réactions: à un certain moment, il est permis de se demander s'il ne joue pas les défaitistes à dessein. Il y a aussi chez Higgins une capacité de déduction hors pair, qui semble laisser sur le carreau Hercule Poirot et Sherlock Holmes réunis. Cela, quitte à ce que l'auteur passe un peu trop rapidement sur le pourquoi du comment du crime au moment d'une explication finale qui n'est pas sans rappeler Agatha Christie, avec en prime une sympathique leçon de mythologie revisitée. D'ailleurs, les moustaches de Higgins ne manquent pas de rappeler celles d'Hercule Poirot. Enfin, côté bouffe, Higgins assume un côté bon vivant et raffiné qu'on trouverait plus facilement en France que du côté de la prude Albion.

Oui, l'intrigue policière apparaît assez sommaire. Pour l'auteur, elle sert de prétexte à balader son lecteur à travers Bruxelles, ses monuments, sa vie et ses enjeux. Il sera question du Manneken Pis bien sûr, et l'on va manger des moules-frites plus souvent qu'à son tour, arrosées d'une bonne bière au besoin – ce qui n'exclut pas des breuvages plus raffinés: tel que représenté par l'auteur, le haut fonctionnaire européen ne se refuse rien, ni champagne, ni bourgogne blanc. On en salive même! L'auteur montre aussi les quartiers où se concentrent les institutions européennes, le Berlaymont, etc. Et il mentionne aussi l'Africa Museum, objet de débats liés au passé colonial de la Belgique et au travail de mémoire qu'il peut imposer: le fantôme de Léopold II hante "Brexit oblige".

Et tout ça va vite: les interrogatoires semblent tenir sur une seule et folle journée, et ils sont nombreux. Ils se poursuivent à un rythme haletant que souligne la brièveté des chapitres de "Brexit oblige", volontiers conclus par des cliffhangers qui incitent à tourner les pages. On peut dire que ça même un peu trop vite, que l'aimable et divertissante intrigue aurait pu être plus fouillée et tortueuse, plus riche encore en retournements de situation. Mais "Brexit oblige" propose, et c'est son mérite spécifique, une visite riche et informée de Bruxelles, de ses institutions et des gens qui les animent, sur fond de Brexit et de rognes flamboyantes.

Christian Jacq, Brexit oblige, Paris, XO Editions, 2017.

Le site de l'Inspecteur Higgins, celui de Christian Jacq, celui de XO Editions.

dimanche 9 décembre 2018

Dimanche poétique 378: Catherine Gaillard-Sarron

Idée de Celsmoon.

Trans-déshumanisation

Effacer les ans
Repousser le temps
Modifier l'espèce

Se croire immortel
Se dire éternel
Ô pauvre mortel

Arrêter le temps
De faire des enfants
Arrêter la vie

Devenir machine
Sans cœur et sans chair
Déshumanisé

Regretter le temps
Où le temps comptait
Déplorer la vie
Vide sans la mort
Regretter la foi
Qui aidait à vivre

Vivre plus longtemps
Se recroqueviller
S'enrouler sur soi

Être un vivant mort
Et mourir d'ennui.

Catherine Gaillard-Sarron (1958- ), IntempOralité, Chamblon, Catherine Gaillard-Sarron Editions, 2017.

samedi 8 décembre 2018

Marc Agron et le drôle de manège des souvenirs

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Marc Agron – Un manège en Yougoslavie, un Luna Park du côté de Lausanne: autant de choses pour dire que la vie tourne, tel un carrousel. Carrousel? Tiens, c'est justement le mot-clé du titre du deuxième roman de Marc Agron, "Carrousel du vent" – une manière de dire que tout tourne et s'en va, d'une manière aussi fugitive que "Elle", ce personnage féminin innommé, fantomatique, qui apparaît çà et là dans ce livre, en particulier au début et à la fin, sans qu'on sache trop qui elle est.


On sait en revanche bien qui est Maks, personnage autour duquel tout tourne dans "Carrousel du vent": c'est un libraire installé à Lausanne (comme l'auteur, tiens...) qui, soudain, voit ses souvenirs débarquer en pagaille. Du point de vue formel, le lecteur se retrouve donc face à un roman fait d'histoires fragmentées, parfois gigognes lorsqu'un personnage dont on se souvient raconte lui-même une histoire – qui bien souvent confine au mythe. L'ambiance est drôle, poétique, hyperbolique, "hénaurme"... Elle confine aussi régulièrement à l'absurde.

Le lecteur appréciera Luka, figure de patriarche yougoslave, sûr de lui, maître sévère de ses enfants, rigoureusement incapable de reconnaître ses faiblesses. Et mythomane aussi, un peu. Flamboyant, il occupe tout l'espace par ses récits, ses relations rêvées ou réelles avec le Pape. Cette mythomanie rappelle celle de tel autre personnage, le futur cardinal Ambroise, qui se prétend capable de voyager dans le temps, avec les livres au moins. Il n'en faut pas plus pour créer une légende familiale! Si Maks fait son travail avec un sérieux tout à fait pragmatique, ses ancêtres, eux, semblent tout droit sortis de la clique des Valeureux chers à Albert Cohen.

Ce flamboiement d'hier, le lecteur le retrouve au travers du personnage contemporain de Hito Steyerl, dans une version grinçante où l'auteur reprend un thème qui a déjà hanté son premier roman, "Mémoire des cellules": la critique du discours de l'art contemporain. Rapprocher les légendes familiales d'hier et les discours d'aujourd'hui permet à l'auteur de démontrer combien ces derniers relèvent de la parlote qui tourne à vide, non sans humour: l'art contemporain est bavard mais s'adresse à des mondains qui n'y entendent et n'y voient rien. Comme les trois singes de la sagesse... que l'auteur transforme adroitement en tortues dans un tout autre contexte, celui des bureaux – un sujet qui a donné quelques chefs-d'œuvre aux littératures de l'Europe orientale, soit dit en passant: pour l'esprit, on pourrait citer l'excellente pièce de théâtre "Le rapport dont vous êtes l'objet" de Vaclav Havel. 

"Carrousel du vent" tourne, tourne... et forcément, on revoit régulièrement certains motifs, revisités ou recréés au gré des circonstances, comme lorsqu'on est assis sur un manège et que l'on voit tourner un paysage qui peut changer insensiblement à chaque tour. Lao Tseu revient ainsi à au moins deux reprises, à l'ancienne de façon sérieuse et de façon moderne sous la forme d'un leurre tatoué. Récurrence aussi avec ces personnages qui entrent dans la librairie de Maks alors qu'ils n'aiment pas les livres. Récurrence encore avec le motif des yeux, par exemple celui qu'un personnage perd, puis gobe dans l'espoir d'avoir une meilleure vue. La plus remarquable de ces récurrences est cependant celle du train funèbre qui conduit le défunt Luka à sa dernière demeure, avec son cortège de cousins vétilleux, qui fait écho au dernier voyage de Tito, en train bleu comme il se doit. On croit voir là qu'un patriarche familial mérite des funérailles qui valent bien celles d'un chef d'Etat.

Mais c'est le thème de la mémoire qui tient tout ce roman ensemble, fondamentalement. Oui, Maks se souvient. Il se souvient d'éclats de personnages, de gens de sa famille, qui eux-mêmes ont des trous de mémoire qu'ils essaient de camoufler pour préserver une certaine autorité. Dans son métier de libraire, il est confiné aussi à cette vieille dame qui ne sait plus où elle habite mais considère qu'elle a bon pied bon œil – séduisante recréation des situations engendrées par la maladie d'Alzheimer vécue par ses victimes et leur entourage. A tout cela se mêle la mémoire de la grande histoire, passablement chamboulée en un amusant mélange fait d'approximations (le philosophe grec Planton...) et de rapprochements improbables.

Il n'empêche: si les personnages de "Carrousel du vent" ont la mémoire qui donne de la gîte, l'auteur de ce roman tient bon le cap: ce livre est solidement construit et le lecteur, ballotté d'une histoire à l'autre, ne s'ennuie guère. Il y a de l'humour là-dedans, une bonne dose d'absurdité, et des instants flamboyants canalisés par une écriture sereine. Et de l'ex-Yougoslavie aujourd'hui éclatée comme les récits qui émaillent un récit en mosaïque jusqu'à la Suisse actuelle, il y a aussi de quoi se souvenir. Pour l'auteur en particulier, qui a sans doute mis pas mal de lui-même et de sa propre vie dans ce roman.

Marc Agron, Carrousel du vent, Lausanne, L'Age d'Homme, 2018.

Le site des éditions L'Age d'Homme, celui de la librairie Univers de Marc Agron.

jeudi 6 décembre 2018

Amitié, ombres et lumières en Australie

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Florian Sägesser – Le jour et la nuit comme métaphores des zones d'ombre et de lumière des êtres humains: telle est l'image qui traverse, telle une constante, tout le deuxième roman de Florian Sägesser. Son titre, "Les trois singes", suggère une forme de sagesse; par antiphrase, toutefois, ce titre est aussi le nom d'un bar de Sydney, en Australie. Rien que ça! 


L'écrivain pose le décor avec un talent indéniable, par touches, et pour la couleur locale, on peut dire qu'il n'y manque rien. Les quartiers branchés où la jeunesse étudiante va s'abreuver sont là, tout comme l'arrière-pays et même les kangourous. L'auteur parvient également à évoquer, sans insister lourdement, sur certaines questions sociétales qui travaillent le pays: judiciarisation du prétendu harcèlement, statut des aborigènes. Le trait est net mais léger, comme tracé à l'aquarelle. 

"Les trois singes"? C'est un bar, le point de chute de trois personnages qui trois amis. Ces trois singes, ce sont même eux, peut-être! Il est permis de penser qu'ils se retrouvent par moments comme des singes dans une cage, prisonniers agités de leur vécu, embastillés par la police sur la base d'un soupçon trop vite transformé en culpabilité. Allons plus loin! Il est permis de voir en eux trois gaillards qui font les singes, à leur manière: comédie de l'insertion sociale pour l'un (Brian, enseignant et futur marié), comédie de l'art pour un autre (Ruffy, aborigène et artiste bohème), comédie du non-engagement pour le troisième (Mike, qui a perdu ses parents dans un incendie). 

Cette assignation repose sur des vécus personnels que l'auteur se plaît à dessiner. Brian, Mike et Ruffy sont des personnages auxquels on croit, qui ne sauraient laisser indifférent. Cela dit, ce dessin prend son temps: au cours des premières dizaines de pages, le lecteur est en droit de se demander s'il va se passer quelque chose, même s'il ne peut qu'être admiratif face à la description, certes statique, de la genèse et des péripéties d'une amitié devenue indéfectible. 

Dans le trio, bien sûr, à chacun son chouchou. On sent une tendresse particulière de la part de l'auteur pour Ruffy, un sacré bonhomme un brin immature, incapable de garder un emploi, artiste amoureux du geste gratuit, mais qui se complaît aussi dans l'obtention de facto gratuite de subventions étatiques pour ses études – ce qui lui vaut quelques frictions, bien amicales, avec ses amis. C'est cependant avec le point de vue de Mike que l'histoire commence, ce Mike orphelin qui gagne ainsi le soutien de deux autres jeunes gens. Au-delà des individualités, l'auteur excelle aussi à mettre en évidence, jusque dans leurs détails, les ressorts d'une amitié. 

Jour et nuit, ombre et lumière: l'auteur prend soin d'indiquer que les moments clés de son récit ont lieu de nuit ou de jour, comme s'ils étaient porteurs de sens. De nuit bien sûr, on fait les bars et l'on drague, en slalomant entre les horaires contraignants imposés par le pays. Cette drague conduit à la rencontre d'une jeune femme fascinante pour Mike  – justement incapable de s'engager sentimentalement – que l'on retrouvera morte... de nuit, justement. Voilà pour les côtés sombres; mais lorsqu'on surfe sur les houles, même en plein jour, une part de nuit, de cruauté naturelle peut s'installer. 

Surtout, et c'est un grand écart réussi entre le cosmique et l'intime, le jour et la nuit sont constitutifs de chacun des personnages du roman, dessinés en nuances de gris, avec des secrets personnels peu avouables pour nourrir tout cela: même les plus méchants, à l'instar du policier Redneck, ont leurs mobiles, légitimes en soi. Cela, même si l'on peut regretter le caractère sardonique à l'excès de ses toutes dernières interventions de vengeur.

Cela, tout comme l'on peut regretter, mais d'un point de vue formel cette fois-ci, que la première édition des "Trois singes" soit bourrée de coquilles et de maladresses de plume qui suggèrent qu'une partie du travail éditorial a manqué: qu'a fait le correcteur? Pour ne prendre qu'un exemple, sur les marchés au puces que hante le policier Gordon Grahams, il y a sans doute plus d'"étals" que d'"étables". C'est dommage: "Les Trois singes" est un roman riche qui laisse ainsi l'impression qu'il a été injustement négligé lorsqu'il s'est agi de passer la dernière couche, le vernis qui rend un livre irréprochable. 

D'abord roman d'amitié, en effet, ce livre, le deuxième de Florian Sägesser après "Point de suture",  adopte peu à peu, en un virage lent mais réussi, les atours d'une intrigue policière. Et c'est à ce moment que l'intrigue devient dynamique, après une longue mise en place qui s'offre le luxe de créer des personnages qui sonnent vrai. 

Florian Sägesser, Les trois singes, Lausanne, L'Age d'Homme, 2018.


Le site des éditions L'Age d'Homme.

mardi 4 décembre 2018

Trois personnages pour une enquête irriguée au vin de Lavaux

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Christian Dick – "Le soir du 30 juin 2014, Benjamin Cordey reçut un appel téléphonique. Il commença par écouter distraitement la voix au bout du fil, d'abord hésitante, puis insistante". Un flou, puis tout devient net au gré des premières phrases du roman "Le disparu de Lutry": Benjamin Cordey, inspecteur général à la retraite, sans éclat, va devoir reprendre du collier sur demande d'une femme qui aimerait éclairer les zones d'ombre de son passé en retrouvant, peut-être, la trace de son charismatique amant mystérieusement disparu à la suite d'un accident de navigation sur le Léman. C'était il y a longtemps...


On l'a compris: "Le disparu de Lutry" épouse la forme d'une enquête policière. L'auteur fait intervenir un retraité de la police, ce qui présente deux avantages. Pour l'écrivain, c'est l'occasion de se soustraire à la fastidieuse reconstitution du fonctionnement de tel ou tel corps de police. Et pour le lecteur, grand gagnant de l'affaire, c'est l'occasion de voir évoluer un enquêteur qui, limité parce qu'il n'a pas les outils institutionnels de la police, est obligé de s'inventer ses propres modalités d'enquêtes, dans la mesure de ce qui lui est permis et des limites de sa propre personnalité.

Cela dit, Benjamin Cordey n'a rien perdu de ses réflexes d'enquêteur professionnel. L'auteur du "Disparu de Lutry" l'entoure cependant deux personnages pas moins hauts en couleur que lui, et qui lui sont complémentaires: l'aimable Amanda, qu'on imagine volontiers en belle femme d'âge mûr qui cache son lot de secrets, et le truculent vigneron Parisod, passionné de navigation, qui fait en sorte que personne ne manque jamais d'un bon verre de vin, chasselas ou calamin.

Oui: irrigué par le petit vin de Lavaux, nourri aux filets de perche du Léman, "Le Disparu de Lutry" assume son ancrage régional, osant les mots qui font terroir, désignant les lieux-dits avec précision, au fil des régates qui ont lieu sur le Léman, mais aussi au gré de l'enquête menée par le trio. Une enquête qui semble certes parfois tourner en rond, entre Genève et Lausanne via Lutry, tant il est vrai que les interrogatoires se succèdent, confrontant souvent les mêmes personnages à leurs contradictions et à leurs zones d'ombre – la mandante elle-même cache aussi des choses, compliquant paradoxalement la tâche de celui qu'elle paie pour mener l'enquête.

Il en résulte une présence prédominante de dialogues, au gré desquels le mystère s'éclaircit: encore une belle histoire de secret de famille inavouable. Au fil des pages, un élément qu'on a pu croire anecdotique prend progressivement de l'importance, surprenant le lecteur: la guitare. Enoncée d'abord par un fou qu'on ne prend guère au sérieux, elle s'avère un élément clé du récit, celui qui va conduire le trio jusqu'aux Etats-Unis, en particulier à Milwaukee: progressivement, "Le disparu de Lutry" devient un roman rock and roll. Pour souligner cette montée en puissance de la musique au fil des pages, l'auteur développe carrément une "playlist", citant des titres et paroles de chansons mythiques du domaine anglo-saxon, remontant au milieu du vingtième siècle. Du coup, les pages décrivant Milwaukee et ses ambiances s'avèrent particulièrement émouvantes.

L'auteur se veut aussi peintre d'ambiances, discrètement, lorsqu'il décrit les palaces genevois feutrés où l'on s'aime ou les clubs de navigateurs tels que "La Nautique", ces lieux où l'on n'entre pas si l'on ne montre pas patte blanche. Impressionniste par moments, le romancier sait aussi se faire réaliste, tant lorsqu'il décrit de fascinantes guitares que lorsqu'il donne à voir les finesses de la navigation à bord des bateaux de compétition de type "Toucan", qui ont dominé les régates sur le Léman dans les années 1970. L'impression de réalisme est par ailleurs renforcée par l'utilisation régulière, sans abus ni pédanterie, de termes techniques précis, et aussi par la description de tours de métier tels ceux des pêcheurs que Cordey et son équipe interrogent sur le lac Léman.

Pour parler de navigation, la Suisse romande avait Gilles de Montmollin; elle a désormais aussi Christian Dick. Après un premier roman intitulé "Le disparu de Moratel", Christian Dick fait voyager son auteur sur les rives et les eaux du lac Léman, moins calmes qu'il n'y paraît, et réussit à construire une intrigue où l'on discute beaucoup, un peu trop peut-être, éventuellement un verre à la main, mais où l'on finit quand même par parvenir à ses fins. 

Christian Dick, Le disparu de Lutry, Genève, Encre fraîche, 2018. Le manuscrit du "Disparu de Lutry" a obtenu le deuxième prix au concours du Scribe d'Or 2016 et a paru en feuilleton dans le journal "Le Courrier Lavaux Oron Jorat".


Le site des éditions Encre Fraîche.

dimanche 2 décembre 2018

Dimanche poétique 377: François Villon

Idée de Celsmoon.

Ballade des Seigneurs du temps jadis

Qui plus, où est li tiers Calixte,
Dernier décédé de ce nom,
Qui quatre ans tint le papaliste,
Alphonse le roi d'Aragon,
Le gracieux duc de Bourbon,
Et Artus le duc de Bretagne,
Et Charles septième le bon ?
Mais où est le preux Charlemagne ?

Semblablement, le roi scotiste
Qui demi face ot, ce dit-on,
Vermeille comme une émastiste 
Depuis le front jusqu'au menton,
Le roi de Chypre de renom,
Hélas ! et le bon roi d'Espagne
Duquel je ne sais pas le nom ?
Mais où est le preux Charlemagne ?

D'en plus parler je me désiste ;
Ce n'est que toute abusion.
Il n'est qui contre mort résiste
Ne qui treuve provision.
Encor fais une question :
Lancelot le roi de Behaygne,
Où est-il ? où est son tayon ?
Mais où est le preux Charlemagne ?

Où est Claquin, le bon Breton ?
Où le comte Dauphin d'Auvergne,
Et le bon feu duc d'Alençon ?
Mais où est le preux Charlemagne ?

François Villon (1431-1463?). Source: Poésie.webnet.

samedi 1 décembre 2018

Affaire David Hamilton: il n'y croit pas!

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Olivier Mathieu – Voici déjà le troisième livre que l’écrivain Olivier Mathieu consacre, sous des angles sans cesse renouvelés, à David Hamilton et aux accusations qui ont terni la fin de son existence de photographe, ainsi que sa réputation. « David Hamilton suicidé… mais par qui ? » : voilà un titre un brin orienté. Il suggère cependant qu’il sera question de questions… et que l’auteur, pugnace, porté aussi par l’émotion qu’il a pu ressentir face à l’esthétique hamiltonienne, a bien l’intention d’y répondre de façon argumentée. 

Tout part d’un faisceau de constatations, telles que la date du décès du photographe dans un appartement parisien : il est survenu un 25 novembre, date de la Journée de la violence contre les femmes, d’audience internationale. L’écrivain est certes sensible à de tels symboles ! Mais cela aurait pu être une coïncidence, d’autant plus qu’il y a des journées mondiales à deux balles chaque jour, et entrer dans ce genre de logique ouvre la porte aux théories complotistes. L’auteur y cède quelque peu, notamment en suggérant que le décès de David Hamilton est une répétition générale avant le mouvement « MeToo », né autour des scandales liés au producteur américain Harvey Weinstein. Non ! On ne le suivra pas jusque-là.

Cela dit, se posant en avocat de David Hamilton, l’auteur de « David Hamilton suicidé… mais par qui ? » rejette la thèse du suicide délibéré du photographe, privilégiant celle de l’assassinat non élucidé, éventuellement avec des complicités haut placées. Il s’attache dès lors à affaiblir l’accusation de la première de ses détracteurs, la femme de télévision Flavie Flament, qui a été modèle du photographe, et qui l’a accusé sur antenne. Le nom est certes bipé, mais si mal que cela vaut, pour l’écrivain enquêteur, une condamnation publique qu’il considère comme pas tout à fait fortuite. Quelques questions aussi sont posées, telles que celle du soutien accordé par sa propre famille à Flavie Flament (sa fratrie ne croit guère aux accusations qu’elle porte, et ses parents l’ont toujours conduite chez le photographe alors glorieux), ou le fait que cette dernière utilise des photos prises par David Hamilton lui-même pour s’illustrer dans des concours de beauté s’adressant à des adolescentes. Sont-ce là vraiment les actes d’une jeune femme qui se dit agressée ? Après s’être intéressé de près au parcours de l’accusatrice, minutieusement reconstruit, l’auteur ne comprend pas, n’y croit pas. Dans la roue d’une Brigitte Axelrad, enfin, il conteste avec vigueur la notion scientifiquement controversée d’amnésie traumatique sur laquelle se fonde l’accusation de Flavie Flament.

Plus largement, tout cela offre au lecteur une balade hallucinante dans le monde des médias et des people à la française, où les journaux pour les adolescents, organisateurs de concours de beauté sur photos, tiennent une place à la fois trouble et prépondérante. L’auteur suggère d’ailleurs que celui ou celle qui joue leur jeu risque de s’y brûler les ailes. Il est à relever qu’il amène, dans « David Hamilton suicidé… mais par qui ? » son lectorat dans des univers qu’on a rarement vus d’aussi près jusque-là dans son œuvre de romancier ou d’essayiste. 

Le ton est certes celui d’un enquêteur, précis parfois à la minute près lorsqu’il s’agit de recréer les dernières heures de David Hamilton à partir des documents disponibles – les documents avant tout, loin de tout impressionnisme ! Mais c’est aussi, volontiers, celui d’un polémiste qui, ligne après ligne, suggère : « Non, vraiment, la vérité officielle, vous y croyez ? ».

Trop facile, la vérité officielle ? Oui et non. Mais une chose est certaine, pour l’écrivain : David Hamilton n’a jamais été en position de se défendre les yeux dans les yeux face à ses accusatrices, Flavie Flament en tête. L’histoire retiendra simplement que le photographe aura été son violeur, et ce point de vue s’est déjà installé chez des personnes par ailleurs capables de réfléchir, douées dans leur domaine par ailleurs. Mais même s’il n’est pas exempt d’excès, même s’il en dit aussi pas mal sur ce que l’auteur comprend, ou pas, du viol vécu au féminin, « David Hamilton suicidé… mais par qui ? » a, seul livre contre tous peut-être, le mérite de dire que ce n’est peut-être pas si simple que ce qu’en dit une (seule) accusatrice, si connue qu’elle soit. Et de poser aux générations à venir, qui sauront y trouver leur bon blé tout en mettant l’ivraie de côté, quelques questions pour un éclairage distancé et moins tranché. Refaire le procès qui n’a jamais été fait, alors ? Oui, à coups d’attendus (pp. 127 et suivantes), simplement parce qu’entre êtres humains, tout est affaire de nuances. « De flous », aurait conclu David Hamilton, qui en connaissait un rayon en la matière.

Olivier Mathieu, David Hamilton suicidé… mais par qui ?, Paris, À l’enseigne de l’ami de David Hamilton, 2018. 

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A l’heure où paraît ce billet, l’écrivain Olivier Mathieu vient de publier ses Mémoires, « éphébophiles à peine romancés », intitulés « Je crie à toutes filles mercis ». Il n’est pas certain que j’en parle sur ce blog dans un avenir immédiat, mais un tel ouvrage, fort de 532 pages illustrées quand même, mérite qu’on le signale, ne serait-ce que pour dire l’activité d’un écrivain dont ce blog s’est déjà fait l’écho à plus d’une reprise. Pour en avoir un aperçu dès à présent, j’invite mes lecteurs à consulter l’article de blog de l’écrivain suisse Roland Jaccard, ou celui du photographe allemand Max Stolzenberg.

Pour mémoire : 
Olivier Mathieu, Le portrait de Dawn DunlapCluj-Napoca, Casa Cartii de Stiinta, 2017.
Olivier Mathieu, C’est David Hamilton qu’on assassine, Nantes, A l’enseigne des Petits Bonheurs, 2017. Préface de Roland Jaccard : quelques mots ici.

Pour tout renseignement sur ce livre, enfin, on peut écrire au blog « En défense de David Hamilton » à l'adresse https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/.