dimanche 26 février 2017

Dimanche poétique 291: Augusta Holmès


Idée de Celsmoon.

Avec:
Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line], Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

À Trianon

Suivez-moi, Marquise,
Parmi les parfums et la brise,
Vers le Temple d'Amour
Qui nous sourit aux derniers rais du jour,
Suivez-moi, Bergère,
Parmi la mousse et la fougère,

Et les fleurs s'ouvrant sous vos pas,
Diront: " d'Amour, la mère
Est plus sévère,
Et Flore a moins d'appas ! "
Venez sous l'aubépine rose,
Moins rose que ta lèvre éclose !

Permettez qu'enfin je repose
Mon front tout près de votre coeur !
Votre sein bat plus vite...
En vain votre regard m'évite...
Ta main si frêle est trop petite
Pour cacher ta rougeur !

Venez donc, Marquise !
Goûtons ensemble l'heure exquise
Car l'Amour vous a conquise
Et c'est la fin du jour !

Augusta Holmes (1847-1903). Source:
Poésie.webnet.

jeudi 23 février 2017

La lettre de motivation de Vincent Yersin pour entrer en littérature


Entrer en littérature, c'est un rituel: c'est ce que l'on a envie de se dire en ouvrant et en parcourant "Lettre de motivation", livre de poésie signé Vincent Yersin, paru aux éditions BSN Press (merci pour l'envoi!). Vincent Yersin est un jeune écrivain fribourgeois, membre du collectif AJAR.

Faut-il une lettre de motivation pour enter en littérature, pour commencer sa vie? L'auteur choisit de répondre par l'affirmative et imagine ce que cela pourrait être, subvertissant - c'est l'enviable rôle du poète - ce genre rebattu et éminemment administratif. Il en résulte un recueil poétique ramassé, travaillé, où le blanc typographique a autant de sens, sinon plus, que les mots éventuellement recherchés jetés sur le papier. Et qui donne envie de rencontrer l'auteur...

Comme il se doit dans une lettre de motivation, on rappelle ce qu'on a fait jusqu'à présent. Ainsi certaines pages rappellent-elles, ou semblent-elles rappeler, le bagage d'un jeune homme. Le poète sait le rendre flamboyant, ce bagage, comme s'il se vendait au lecteur.

L'accumulation suggère le vécu, compensant le jeune âge. Cela débute dès la première séquence, un bloc compact de vie où s'amassent, en un inventaire à la Prévert, tout ce qu'on a pu faire à 32 ans. L'auteur y jongle, joue l'équivoque ("chevauché des Italiennes, des Anglaises, des Allemandes": sont-ce des femmes ou des motos?), s'amuse. Et le lecteur est accroché. Il retrouvera cette sensation des expériences d'hier plus loin, magnifiées par le verbe toujours, de manière plus aérée.

Peut-on parler de poèmes en lisant les mots de "Lettre de motivation"? On a plutôt envie de dire "éclats poétiques", c'est-à-dire des mots jetés, explosés sur la page. Une page peu remplie signale l'évanescence, une autre évoque le lointain. Et un mot seul, isolé sur le blanc du papier en fin de séquence, prend soudain un poids particulier. Cela, jusqu'au mot "cristal" qui conclut le recueil: est-ce à dire que le poète a créé toute la transparence voulue sur sa motivation de jeune écrivain qui a bourlingué?

"j'habite l'espace de la respiration" (p. 15): voilà tout un programme! Si les blancs respirent, ces quelques mots indiquent que l'auteur se montre attentif aussi à la scansion (c'est la moindre des choses pour un poète...), ce qui se traduit par une ponctuation maîtrisée. Gage de rythme, elle crée une atmosphère haletante parfois, quand elle est fréquente, ou privilégie le souffle long si elle est plus rare.

Le poète s'autorise enfin un vocabulaire recherché et exact pour tenir son propos. De quoi parle-t-il? Peu importe au fond: c'est un à voyage autour de lui-même, de son monde, qu'il invite son lecteur. Cela, en lui demandant, mine de rien, de l'adouber, de l'élever au rang de ses écrivains de chevet. Et au vu des techniques mises en oeuvre, de la maîtrise et de la pertinence de l'auteur, gageons qu'un lecteur friand répondra immanquablement par l'affirmative.

Vincent Yersin, Lettre de motivation, Lausanne, BSN Press, 2016.

mercredi 22 février 2017

Proses poétiques de Jean-Michel Maulpoix pour des parents disparus


Lu également par Littérature portes ouvertes, Olrach.
Le site de l'auteur, le site de l'éditeur - merci pour l'envoi.

 

Les parents sont décédés, commence le deuil, la vie après eux. Avec "L'Hirondelle rouge", Jean-Michel Maulpoix invite le lecteur à un ouvrage court constitué de proses poétiques autour du vide laissé par le départ des êtres chers pour un monde qu'on dit meilleur.

Tels des flashes, les textes recueillis sont courts et se concentrent sur des éclats de vie, des ressentis succinctement dépeints. L'introspection y a sa part, certes. Et aussi le regard, pudique, sur les parents déclinants.

Mais l'auteur a aussi l'habileté de donner sans cesse à voir des éléments concrets, ou évocateurs d'une vie de famille: le jambon à l'os avec le brie et le vin rouge pour commencer, la neige en novembre, et même des souvenirs concrets qui reviennent en pagaille, comme sortant d'une corne d'abondance, ou les objets qui, au coeur d'un poème, évoquent des souvenirs. Ce faisant, il ouvre au lecteur la porte de sa propre intimité.

Parlant constamment par images, le poète stimule l'imagination. Cela, d'autant plus qu'elles sonnent juste et ne sont jamais sophistiquées. Il y a par exemple ce vélo qui prend de la vitesse en descendant une côte sans qu'on ne le freine, rendant l'impression du temps qui passe de plus en plus vite.

Et les ressentis font la place au retour à la création, au poète qui s'interroge sur sa manière d'écrire après le deuil. Elle ne sera plus pareille. Cela va jusqu'à la remise en question de l'art: "Je sais qu'il faudrait à présent ne plus écrire." - sans omettre une réflexion sur le rôle essentiel du poète en général. 

Enfin, tout s'achève sur l'image de cette hirondelle rouge, empruntée à Joan Miró, trait d'union avec l'au-delà et possibilité d'un lien qui permet à nouveau l'art: "Pareils à ces pas d'hirondelles, l'amour et la pensée ne laissent pas de traces, et pourtant ils vont selon la chair leur chemin, cherchant ce qui peut être sauvé...".

"L'Hirondelle rouge" est de ces livres aux airs courts, qu'on prendra cependant le temps de savourer parce qu'ils résonnent longuement: l'écriture y est dense et imagée, au service d'un thème universel, traité de manière concrète à travers la véritable individualité du poète.

Jean-Michel Maulpoix, L'Hirondelle rouge, Paris, Mercure de France, 2017.

mardi 21 février 2017

Gaëlle Pingault, la poésie entre deux stations de métro

Pingault RameEgalement lu par Goliath,
Le blog de l'auteur, le site de l'éditeur - merci pour l'envoi.

Le métro avant toute chose: on dirait que les éditions Quadrature apprécient les écrits liés aux transports publics. Après le recueil "Je regarde passer les chauves" de Sandrine Senes, parfait pour une lecture entre deux stations de métro ou de tram, voilà que l'écrivaine Gaëlle Pingault propose "Avant de quitter la rame", recueil qui alterne destinées humaines et regards dans les transports publics. Cela, dans une écriture vive et moderne qui accroche.

Quoi de plus accrocheur, en effet, que la première personne du singulier? Quoi de plus intime qu'un narrateur qui vous interpelle? Alice, l'esthéticienne, a une voix gouailleuse qui claque, reflet d'un tempérament avide de liberté. En contrepoint, la figure de Nadya, s'exprimant à la troisième personne, semble tout de suite plus distante dans ces sept nouvelles intitulées "Poésie urbaine", qui s'entrelacent pour constituer, vaille que vaille, une histoire. Elles interrogent aussi, mine de rien, sur la place de la poésie dans la cité: si Alice ne supporte pas les fragments de poèmes affichés dans les rames du métro parisien, Alice, elle, y trouve du bonheur. Et de fait, la poésie finit par trouver sa place dans "Avant de quitter la rame".

Cet entrelacs de récits captés dans le métro fait écho à des textes épars, qu'on oubliera peut-être un peu plus vite - ce serait cependant une erreur. Je pense par exemple à "Un ciel d'orage", une très belle évocation d'un orage vue par une enfant, devenue adulte, avec un parfum de Georges Brassens. Toute en rythmes, "J'aime" est une nouvelle qui fait alterner à toute vitesse des vers doux et l'implacable énoncé des cours de la Bourse, tels qu'on l'entend à la radio. Et puis il y a cette fatigue lancinante dans "Perdre le nord". N'est-elle pas celle de plus d'un passager du métro parisien? Le lecteur l'imaginera volontiers, même si cette nouvelle se déroule bien ailleurs, jusqu'à ce symbole de liberté qu'est la mer.

Métro ou non? L'écrivaine n'a pas vraiment choisi, mais ce sont bien les transports urbains de proximité qui lui servent de fil rouge, dessinant des situations qu'on a probablement déjà vécues. Les nouvelles intitulées "Poésie urbaine" donnent la direction; et puis, la longueur des treize textes réunis dans ce recueil de 79 pages est idéale pour une lecture entre deux stations et, partant, pour quelques instants d'évasion.

Gaëlle Pingault, Avant de quitter la rame, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2017.


dimanche 19 février 2017

Noir et blanc, vous avez quatre heures...

Noir"Noir et blanc, vous avez quatre heures..." C'est ce qu'ont dû entendre les treize auteurs des nouvelles collectées dans le recueil "Noir et blanc", paru en fin 2016 aux éditions Hélices Hélas. C'est un petit livre atypique: il est le résultat d'un défi lancé aux écrivains de tout poil sous l'égide du Salon du livre romand le 21 novembre 2015 - beau millésime pour cette jeune manifestation, pilotée par l'écrivaine Marilyn Stellini. Souvenir personnel: du stand de la Société fribourgeoise des écrivains, je pouvais observer du coin de l'oeil les treize auteurs réunis, faisant fumer leurs cerveaux et chauffer les claviers de leurs ordinateurs. Il est heureux qu'aujourd'hui, il subsiste un livre recueillant les fruits de cet intense exercice de sprint littéraire.

Les treize écrivains qui ont planché sur ce thème, communiqué le jour même en vue d'une écriture immédiate sur place, ont une approche diverse de la littérature. Dans l'équipe, se trouvent en effet des gens qui ont voulu tenter le coup parce qu'écrire est une envie de longue date, mais aussi des auteurs ayant déjà quelques publications à leur actif. On relève l'écrasante majorité féminine: parmi les auteurs, on ne dénombre que deux hommes.

"Noir et blanc", bien sûr, ce sont les couleurs du canton de Fribourg, ce canton qui abrite le Salon du livre romand depuis 2014, à Bulle puis en ville de Fribourg. Les auteurs y ont pensé, certes. Mais force est de constater qu'en général, ils ont préféré prendre leurs distances avec cette contrée, sans pour autant en oublier certaines choses belles ou caractéristiques. Ainsi, c'est dans une église que se déroule "La rédemption" de Mélissa Correia, qui ouvre le recueil, rappelant que le canton est une terre aux racines catholiques; son personnage principal, Elden, semble avoir manqué le paradis pour une seule lettre. La figure de Marcel Imsand, photographe poète du noir et blanc vivant dans le canton et natif de Pringy, hante plus d'un texte, par exemple "Le Retour" de Philippe Gremaud.

On le conçoit, un tel thème invite à des écritures visuelles, sensibles aux couleurs, éventuellement en opposition au noir et au blanc. "Une veste rouge", de Laurence Lanier, familière des concours de nouvelles, ne manque aucune occasion de mentionner les couleurs du monde, jusqu'à donner une impression de saturation. Par contraste, la mention de ces couleurs est d'autant plus cruelle que le personnage principal de cette nouvelle a perdu la vue des couleurs à la suite d'un drame personnel. Juste après dans le recueil, "Aube vive" de Manuela Ackermann-Repond (qui vient de publier son premier roman, "La Capeline écarlate", soit dit en passant...), n'hésite pas à interpeller le lecteur autour de la palette mélangée d'une artiste: c'est sensuel et vigoureux à la fois.

Le noir et le blanc, c'est aussi une question de peau, et c'est le sujet de "Noir et blanc, nos différences" de Laura Matthey, une nouvelle naïve peut-être, mais qui a le mérite de se trouver en phase avec l'actualité (l'accueil de migrants dans un village qui pourrait bien se trouver dans le canton de Fribourg) et de délivrer un message d'humanité - à travers le personnage d'un prêtre, qui plus est.

Enfin, on se rapproche du pays de Fribourg avec des textes comme "Au pied de la montagne" de Ketsia Saâd, difficile approche d'un personnage de guide de montagne qui a secoué son propre fils, manquant de le tuer ainsi - ce qui rappelle un événement tragique survenu dans la région il y a une bonne quinzaine d'années. Cela, sur le fond immaculé des montagnes! Plus heureux, dans le plus pur style des contes de la Gruyère, avec un soupçon de fantastique de bon aloi, on relève "Les fantômes du comte Rodolphe de Gruyères" d'Anne-Catherine Biner, qui dessine avec réalisme l'histoire du comté de Gruyères et donne à voir quelques lieux emblématiques de la cité des comtes. 

En préfacier habile, l'écrivain vaudois Pierre-Yves Lador relève les contraintes de l'exercice, et fait appel à la bienveillance du lectorat en rappelant les contraintes de l'exercice. Il n'empêche: en quatre heures, tout un recueil de nouvelles cohérent et sympathique est né. L'ordre des textes est un perpétuel glissement, un thème ou un trait d'intrigue dans un texte rappelant celui qui suit ou précède. Treize sensibilités se sont exprimées dans "Noir et blanc", diverses, et chaque lecteur passera un bon moment en lisant ce petit livre, et y trouvera ses préférences.

Collectif, Noir et blanc, Vevey, Hélice Hélas, 2016.

Dimanche poétique 290: Louise Labé

Idée de Celsmoon.

Élégies, IX

Quand j'aperçoy ton blond chef, couronné
D'un laurier verd, faire un Lut si bien pleindre,
Que tu pourrois  te suivre contreindre
Arbres et rocs: quand je te vois, orné

Et de vertus  dix mile environné,
Au chef d'honneur plus haut que nul ateindre,
Et des plus hauts les louenges esteindre,
Lors dit mon coeur en soy passionné:

Tant de vertus qui te font estre aymé,
Qui de chacun te font estre estimé,
Ne te pourroient aussi bien faire aymer?

Et, ajoutant à ta vertu louable   
Ce nom encor de m'estre pitoyable,
De mon amour doucement t'enflamer?

Louise Labé (1524-1566), Élegies, dans Poètes du XVIe siècle, Paris, Gallimard/La Pléiade, 1953/1991. 

jeudi 16 février 2017

Bill Carter, du cuivre partout

Carter BoomLe site de l'auteur, le site du livre, le site de l'éditeur.

Cuivre, quand tu nous tiens! Le cuivre, élément 29 du tableau périodique de Mendeleiev, est un métal qui fait tourner le monde, et pourtant l'on n'y pense guère. L'écrivain américain Bill Carter a décidé de s'intéresser de près aux enjeux anciens et surtout actuels de ce matériau. De ses recherches, il a tiré un livre intitulé "Boom, Bust, Boom". Celui-ci revêt la tonalité d'un reportage captivant, où les expériences personnelles de l'auteur se mêlent à ce que vivent les différents acteurs liés au cuivre.

Bill Carter intéresse immédiatement son lectorat à son propos, en racontant d'entrée de jeu une anecdote personnelle. Vivant dans l'ancienne cité minière de Bisbee (Arizona), il fait pousser des salades dans son jardin, dans un esprit fièrement biologique. Et hop: il tombe malade, intoxiqué à l'arsenic. C'est ainsi qu'il découvre que le sol de son jardin est contaminé. Son épouse, prudente parce qu'elle est enceinte, n'a pas touché à cette salade; sa fille, gourmande et contestataire, a refusé tout net. Ce qui les a épargnées...

Partant de cette histoire qui aurait pu avoir une issue fatale, l'auteur de "Boom, Bust, Boom" déroule la pelote, en partant du grand trou qu'a laissé l'exploitation d'une mine de cuivre à Bisbee (soit dit en passant, on le voit bien sur Google Maps, si vous voulez vous faire une idée). Au fil des pages, on découvre les enjeux qui entourent ce métal d'apparence anodine, mais qui est parfois aussi recherché que l'or et suscite les passions de la Bourse. "Petite histoire du cuivre", sous-titre du livre, n'est du reste pas la meilleure manière d'énoncer le programme: si la question historique est abordée, c'est surtout de l'actualité du cuivre qu'il est question dans "Boom, Bust, Boom". Bon, rapidement quand même, et juste pour le dire: saviez-vous que l'île de Chypre porte un nom lié au latin "cuprum", qui signifie "cuivre"?

L'actualité du cuivre est toute en tensions, et cela sous-tend tout l'ouvrage: l'extraction du cuivre nécessite de creuser de grandes et profondes mines à ciel ouvert qui défigurent les paysages et peuvent ruiner des territoires où vivent d'ancestrales populations humaines et des animaux menacés; il faut aussi des éléments toxiques pour l'extraire des filons et rochers, et ceux-ci se retrouvent dans les airs, les eaux, les sols. Dégueulasse? Certes. Mais le cuivre est indispensable pour faire tourner des ordinateurs, des téléphones portables, pour acheminer le courant électrique. Bref, à l'avenir, il en faudra de plus en plus... Saloper le monde ou ne plus s'éclairer (sans parler de bloguer...)? Dilemme.

Passionnante, la démarche de l'écrivain est celle d'un journaliste d'investigation qui prend son métier très au sérieux et n'hésite pas à aller sur le terrain. Bien informé dès le départ, il prend son bâton de pèlerin pour aller rendre visite à différents acteurs liés à l'exploration minière. Alternent dès lors les analyses et exposés, les entretiens, les paysages décrits et les impressions personnelles de l'auteur.

C'est que l'auteur a pu approcher de nombreuses personnes liées à l'exploration minière, avec des points de vue différents. Il a pu rencontrer un représentant d'une tribu amérindienne dont les terres sacrées sont menacées par un projet de mine, même si elles sont protégées par une loi remontant à Eisenhower. Il s'est entretenu avec des cadres de grosses entreprises minières, capables de faire la pluie et le beau temps à la Bourse, dont il démystifie le discours bien rodé et son côté automatique, propagandiste, qui cache des pratiques peu scrupuleuses, pour ne pas dire agressives. Il s'est intéressé aux populations concernées, qu'elles soient hostiles à l'installation d'une mine de cuivre près de chez elles (Alaska), ou qu'elles y soient au contraire favorables (Superior, Arizona), et leur a donné la parole: faut-il préserver à tout prix un mode de vie ancien en perte de vitesse mais respectueux de l'environnement, ou accueillir la mine, pourvoyeuse d'emplois?

Avec un regard aigu, l'auteur va jusqu'à s'intéresser à ce que l'industrie du cuivre provoque dans un contexte globalisé, en prenant l'exemple de la mine de Grasberg, en Indonésie. Partisan de démonstrations claires, il invite le lecteur à aller voir ce qu'il en est sur Google Maps... C'est aussi à travers des exemples non-Américains que l'auteur démontre les mécanismes de pollution liés à la production du cuivre. Cela, sans oublier l'exploitation du personnel local, peu sécurisé et payé au lance-pierres.

Le lecteur sort édifié de cette lecture, et ne verra sans doute plus les objets contenant du cuivre de la même manière, qu'il s'agisse de casseroles ou des circuits intégrés de son téléphone portable. Un petit bémol? L'ouvrage publié par les éditions Intervalles en 2017 est une traduction d'un livre remontant à 2012, et qui aurait mérité, sur certaines pages, une petite remise à jour. Cet aspect n'altère cependant guère l'essentiel du propos: si le cuivre est un élément fantastique, les coulisses de son exploitation sont décidément peu reluisantes et c'est bon d'en être conscient. Et en se mettant personnellement en scène, ainsi que sa famille, l'auteur souligne, en interrogeant sans condamner à l'avance, que chacune et chacun est concerné.

Bill Carter, Boom, Bust, Boom, Paris, Intervalles, 2017, traduction de l'anglais par Marie Poix-Têtu.