dimanche 17 janvier 2021

Dimanche poétique 482: Danielle Risse


Rageusement
Au point du jour
Le vent balaie la campagne.

Le froid fige les roses fanées.
Souffle la bise,
Hurlent les ombres
Qui se lacèrent
                          Au vent du nord.

Le ciel s'affole
Nuages au temps mauvais
Ébranlent la mélancolie
Octobre gémit
Au chaos d'un matin d'automne.

La neige s'invite,
Lumière blanche d'où surgit
Ce poudroiement de solitude.

Le vent, impitoyable
Ravage la nature,
Déchire le silence
Pour mieux défleurir
                          Nos rêves d'éternité.

Danielle Risse (1951- ), Enfance volée, Vevey, L'Aire, 2013.

samedi 16 janvier 2021

Sierra Leone et Congo: un ancien raconte

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Serge Kurschat – Après l'étude historique "Pierre-Nicolas Chenaux, le révolté gruérien", l'écrivain et historien Serge Kurschat nous revient avec un récit court et beaucoup plus personnel, "Honneur". Un beau mot, noble, porté haut tout au long de ce livre qui assume le fait d'être la relation fidèle aux noms près d'une tranche de vie de l'écrivain, intense, entre Congo et Sierra Leone. C'est que Serge Kurschat, actuellement écrivain et instructeur de self-défense en Suisse, a également été fusilier marin pour l'armée française – un "béret vert badgé à gauche". Troupe d'élite, dit-il: en être, tel est le premier honneur.

Si l'auteur souligne que tout est vrai dans "Honneur", force est de constater qu'il sait agencer cette vérité dans une volonté d'en faire un roman. On commence bien loin du cœur de l'action, lorsqu'un père de famille, Baptiste, reçoit par lettre une invitation à participer à une soirée de bienfaisance à New York. L'événement est exceptionnel, et l'auteur le souligne: le courrier n'arrive qu'une fois par mois dans son patelin mexicain, et chaque lettre est un événement. Atteint dans sa santé – mais n'est-ce pas un prétexte? – Baptiste hésite à y aller, son fils le persuade. Et c'est parti pour un immense flash-back...

Le lecteur amateur de militaria appréciera certes la description de l'adversité, des mouvements de troupes face à des adversaires hostiles à l'armée française présente entre la Sierra Leone et le Congo – nous sommes dans les années 1997. L'auteur émaille son livre de photos de son équipe, pour donner corps à ce propos. Mais s'il est précis pour dire l'action, il est souvent rapide aussi. Comme si l'essentiel n'était pas là.

Et justement, l'essentiel est bel et bien ailleurs. Et ce n'est pas pour rien que l'écrivain place au cœur de son récit la rencontre entre Baptiste dit Tac-Tac, le radio d'un bateau d'évacuation de réfugiés, et Ishmael, alias Demi-Portion, un gamin qui a fui les combats. Tel est le cœur du texte, et c'est à New York que tout va se dénouer. Séquence émotion garantie! Prenant une place prépondérante dans "Honneur", nourrie même par une histoire amoureuse, l'histoire d'Ishmael glisse dans le récit le thème des enfants soldats de Sierra Leone, abordé également par Jean-Claude Derey dans son roman "Les anges cannibales".

Entre-temps, l'auteur a eu le temps d'évoquer aussi les liens des militaires français avec les civils, en particulier ces Français pas toujours reconnaissants pour la protection conférée par les troupes, ou alors imbues d'elles-même. Il y aura aussi ce ministre qui rencontre les officiers mais se garde bien d'aller saluer les hommes de terrain. Ou ces collèges militaires pas toujours exactement à l'écoute. Honneur toujours: le combattant ravale sa rancœur, ne fait que faire preuve d'un sens aigu du devoir. Mais il n'oublie pas – ce que rappelle un "Je me souviens" à la Georges Perec, hommage sans concession, qui offre au lecteur une synthèse de la vie d'un militaire soudain plongé avec d'autres, toute une escouade, au cœur d'une guerre oubliée des médias.

Serge Kurschat, Honneur, auto-édition, 2020.

Le site de Serge Kurschat.

Lu par Irène Ferrari.

jeudi 14 janvier 2021

Catherine Le Goff, une robe pour traverser le vingtième siècle

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Catherine Le Goff – Une robe qui vit mille aventures sur tout un siècle avant de revenir au bercail, n'est-ce pas une odyssée? Tel est en tout cas le sous-titre, bien choisi, du roman "La robe" de Catherine Le Goff, paru dernièrement aux éditions Favre. Un roman dont le personnage principal est précisément une robe, fruit du génie de l'artisanat des années 1900.

On a envie de citer Lamartine en pensant à cette robe: "Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?", écrivit-il. Cette fameuse robe, modèle "Bonheur du soir", est présentée comme la quintessence d'une splendeur intemporelle. Mais surtout, passant de main en main, elle semble avoir le pouvoir magique d'impacter la vie de celles qui la portent et en sont les dépositaires – et l'auteure le suggère fortement, conférant subtilement une touche fantastique à son roman.

Ainsi le lecteur se trouve-t-il mis en présence des grands rendez-vous de l'histoire de l'Europe occidentale et des Etats-Unis, sur tout un vingtième siècle familier. Il y a les bruits de Verdun certes, mais aussi les camps de concentration (lequel? on ne nomme pas l'innommable!), le discours de Martin Luther King, la chute du mur de Berlin. Et une fois qu'on a compris ces jalons, les événements du 11-Septembre apparaissent attendus. À chaque fois, l'auteure fait ressortir tout ce que ces événements peuvent avoir de dramatique ou de romanesque – en conférant un rôle à cette fameuse robe.

Bien entendu, ce sont des femmes qui vont porter ce splendide vêtement. On pense entre autres à Sarah qui lui doit la vie dans un camp de la mort, à Oprah la chanteuse de jazz noire qui se sent plus à l'aise lorsqu'elle se produit en concert, à Jana la comédienne berlinoise qui, sans le savoir, a transféré d'est en ouest des informations planquées dans les coutures de cette robe par son espion de compagnon. Se connaîtront-elles un jour? L'auteure fait au lecteur le plaisir de mettre en scène une rencontre entre filles, du côté du Café de l'Alma à Paris (où l'on mange bien, soit dit en passant – je parle d'expérience, avis aux amateurs).

C'est précisément là que se joue une astuce troublante: alors que le parcours de la robe "Bonheur du soir" apparaît linéaire à ses débuts, il devient peu à peu de plus en plus trouble. Ce trouble culmine au moment où l'on ne sait plus si l'on a affaire à des copies ou au modèle historique. La réponse intervient en un ultime chapitre, qui consacre le fait que ce qui a rendu cette robe exceptionnelle, c'est l'amour. Un sentiment qui porte les hommes qui ont croisé le chemin des femmes qui ont revêtu cette robe et ont joué des rôles d'adjuvants... voire d'amoureux passionnés.

Une robe pour traverser un siècle: voilà un véhicule original! L'auteure s'en sert pour faire agir des personnages profondément humains, même et surtout dans l'adversité, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs côtés sombres comme leurs splendeurs. Résultat: alternant les ambiances, tantôt thriller, tantôt roman historique, tantôt romance, "La Robe" est un roman séduisant aux riches reflets de velours, à la fois dense à force de paragraphes longs et précis, et aéré au gré de ses dialogues.

Catherine Le Goff, La Robe, Lausanne/Paris, Favre, 2020.

Le site de Catherine Le Goff, celui des éditions Favre.

dimanche 10 janvier 2021

Dimanche poétique 481: Jean-Pierre Claris de Florian


La brebis et le chien

La brebis et le chien, de tous les temps amis,
Se racontaient un jour leur vie infortunée.
Ah ! Disait la brebis, je pleure et je frémis
Quand je songe aux malheurs de notre destinée.
Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats,
Toujours soumis, tendre et fidèle,
Tu reçois, pour prix de ton zèle,
Des coups et souvent le trépas.
Moi, qui tous les ans les habille,
Qui leur donne du lait, et qui fume leurs champs,
Je vois chaque matin quelqu'un de ma famille
Assassiné par ces méchants.
Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.
Victimes de ces inhumains,
Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,
Voilà notre destin funeste !
Il est vrai, dit le chien : mais crois-tu plus heureux
Les auteurs de notre misère ?
Va, ma soeur, il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794). Source: Poésie.Webnet.

vendredi 8 janvier 2021

Vivre en homme, malgré soi

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Emmanuelle Favier – Premier roman d'Emmanuelle Favier, "Le courage qu'il faut aux rivières" assume son caractère de fiction, fondé sur la tradition pourtant bien réelle des "vierges jurées", présente en Albanie entre autres, et qui veut que certaines femmes, en certaines circonstances, renoncent à leur condition de femme – dans le contexte d'une société clairement patriarcale. Au travers de quelques personnages, la romancière imagine ainsi ce que peut être une telle existence.

On le comprend: vivre comme un homme à la suite de diverses circonstances pas forcément volontaires, ça peut avoir ses avantages. Les vierges jurées mises en scène dans "Le courage qu'il faut aux rivières" ont ainsi le droit de fumer, s'habillent comme des garçons. L'auteure relève que Manushe, l'un des personnages, porte une montre: c'est innocent vu comme cela, mais dans un tel contexte, c'est le fait d'un homme, les femmes n'étant pas autorisées à en porter. Ces "avantages" symboliques n'enlèvent pas de la tête du lecteur tout ce qu'une telle existence peut avoir d'aliénant.

"Le courage qu'il faut aux rivières" met en scène des femmes qui sont contraintes de vivre un sexe, ou un genre, qui qui leur a été assigné et n'est pas le leur. La première partie est vue à travers le personnage de Manushe, villageoise vivant en homme et n'ayant connu que cela. Tout bouge dès lors qu'Adrian fait irruption dans sa vie: elle doit l'héberger, et une relation trouble, dépassant les devoirs sacrés de l'hospitalité, s'installe entre ces deux personnages. Et pour que le trouble ne soit pas là où le lecteur le croit, l'auteure joue un jeu à double détente: en effet, Adrian n'a pas le genre de son prénom, ni celui de ses manières galantes. Ce que la grammaire, fluide au fil du roman, louvoyant entre il et elle, souligne.

Dès lors, alors que le lecteur s'est attaché à Manushe dans la première partie du livre, c'est Adrian qui va prendre toute la lumière dans la deuxième partie du livre, la plus longue aussi. Celle-ci va détailler ce que peut être la vie d'une femme qui vit en homme, qui a été conditionnée pour le faire et qui, de façon coutumière, n'a pas le droit de revenir à son sexe biologique. L'auteure place face à face un village et une ville. Si le village apparaît évidemment engoncé dans des traditions d'un autre temps, la vie en ville ne s'est pas radicalement débarrassée des vieux réflexes non plus. 

Astuce d'écriture: la troisième partie renoue avec la première, avec le point de vue d'Adrian cette fois-ci – on le relève au plus tard lors de la première réplique d'Adrian, déjà vue au début du roman. Et l'ouvrage repart, évoquant la promesse d'une autre vie, entre deux personnages, Manushe et Adrian, que la vie a intimement soudés, qui se sont réapproprié leur corps et sont enfin au clair avec elles-mêmes.

Pour ses personnages, l'auteure dessine un contexte aux allures archaïques et immuables en allant à l'essentiel, aux personnages et aux choses de toujours. Les traits de modernité, une montre ou une voiture, paraissent dès lors presque anachroniques. Jamais l'auteure ne juge, et c'est là sa force: elle se contente, et c'est beaucoup, d'observer ces personnages évoluer dans ce contexte, vivant avec les injonctions d'une société étrange qui impose un certain trouble dans le genre.

Emmanuelle Favier, Le courage qu'il faut aux rivières, Paris, Albin Michel. 2017.

Le site des éditions Albin Michel.

Lu par Antigone, ArianeButcher BookDomiclire, Emma, Femmes de lettresGambadou, ItzamnaHenri-Charles Dahlem, Je lis et je raconte, Jostein, LailaiLa Marmotte à lunettes, Léa Touch BookL'Ivresse littéraire, Madimado, Marie-Eve, Mes mots mes livresMurielle, Nicole Grundlinger, NoémieSabeliUne souris et des livres.

lundi 4 janvier 2021

Mindy Klasky, le mec était trop idéal...

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Mindy Klasky – Il n'est pas évident de trouver l'homme de sa vie lorsqu'on est une bibliothécaire de trente ans dotée de talents de sorcière. Jane Madison en sait quelque chose! "Comment trouver (rapidement!) l'homme idéal?" constitue le second tome de la trilogie qui relate ses aventures, après "Comment je suis devenue irrésistible". La romancière américaine y associe avec un bonheur certain les genres de la romance et du merveilleux.

Alors oui: à l'instar de la blogueuse du "Monde éditorial", le lectorat français peut être désarçonné par cette alliance entre deux genres a priori distants, d'autant plus que rien, sur le livre, ne l'en avertit. Le titre français est accrocheur mais passe-partout, au contraire du titre original anglais qui, lui, est explicite. Pour ne rien arranger, la quatrième de couverture est du même tonneau et même le personnage féminin qui trône en couverture, si charmant qu'il soit, n'a rien de Jane Madison, si ce n'est des cheveux roux.

Mais passé la surprise, voyons ce que ce roman a dans le ventre...

... Il s'agit donc du tome deux d'une trilogie. Quelques éléments sont supposés connus depuis le premier volume de la série, par exemple l'étrangeté du personnage de Neko, à la fois chat et humain ou, de façon plus générale, les rapports pas toujours évidents que Jane Madison entretient avec les hommes qui l'entourent sans arrière-pensée romantique, tels que David, gardien et coach en sorcellerie. On relève cependant que certains éléments sont dûment rappelés, par exemple l'installation de Jane Madison dans un cottage dont le sous-sol est bourré de livres et d'objets de sorcellerie.

Et voilà: Jane Madison se retrouve face à un homme absolument splendide et impeccable, Graeme, bien sous tous rapports à la puissance dix, attentionné, sexy, matériellement à l'aise. Trop bien pour être honnête? Telle sera la question qui va traverser tout le roman. De façon classique, l'auteure va donner la parole aux amies et amis de Jane qui la mettront en garde, mais longtemps, elle n'en aura que faire – plongeant aussi le lecteur dans le doute: une façade si parfaite peut-elle masquer de sombres desseins?

Jane Madison est d'ailleurs une trentenaire d'aujourd'hui, jonglant avec le sourire (plus ou moins) entre divers rôles au risque de se disperser. Bibliothécaire, elle se retrouve plus souvent qu'à son tour à tirer des cafés pour les lecteurs ou à gérer la marmaille qui vient assister à ses lectures familiales. Sorcière, elle affûte ses sortilèges pour intégrer une société très sélect. Amoureuse, elle vit soudain une vie sentimentale bien remplie. Humaine, elle a une mère et une grand-mère encombrantes. Cela, au risque d'oublier la fidèle amie Melissa, pâtissière de son état. Une telle diversité d'activités permet à l'auteure d'alterner quiproquos et gags de situation, tout en développant des personnages secondaires assez cocasses – et de suggérer la question de la charge mentale et de sa gestion.

Quant au motif des sorcières, il est devenu indissociable d'un certain féminisme moderne qui entend dégommer les stéréotypes négatifs qui leur collent à la peau. Certes, la société que Jane Madison cherche à intégrer n'efface rien à ces stéréotypes en raison de son côté arbitrairement exclusif: pas de sympathie à rechercher de ce côté. Mais c'est là que Jane Madison brille pourtant, qu'elle domine – en particulier David et Neko, des gars, certes présents lors des réunions de la société, mais relégués dans un fumoir à part dont on ne saura pas grand-chose. La sorcellerie est donc présentée comme un lieu de domination féminin, porté par la magie. Un écho au talent presque magique avec lequel Jane Madison maîtrise en jongleuse sa vie aux multiples facettes, si prosaïques qu'elles soient. Attachante, elle constitue finalement la meilleure pub pour réhabiliter les sorcières d'antan!

Le motif des sorcières est du reste présent dans l'œuvre de Shakespeare, qui s'insère tout naturellement dans l'imaginaire du personnage de la bibliothécaire et chercheuse Jane Madison. Le lectorat le plus au fait de l'œuvre du dramaturge anglais, ou simplement celui qui l'a travaillée à l'école, se délectera donc des citations qui émaillent "Comment trouver (rapidement!) l'homme idéal?", traçant un jeu de piste astucieux, intégré avec souplesse à l'intrigue.  

Cela dit, en fin de roman, Jane Madison n'aura pas de réponse à la question qui constitue le titre de ce roman – tout au plus une ouverture annonciatrice d'un troisième livre, "Jane, l'amour, la vie... et les hommes!". Et en refermant le livre, le lecteur (ou la lectrice) aura eu le plaisir de suivre une intrigue bien troussée, soucieuse des détails – qu'il s'agisse des péripéties ou des arcanes de la magie. Attention cependant: si, en se fiant au titre, le lectorat francophone s'attend à une nouvelle version des "Tribulations de Tiffany Trott" d'Isabel Wolff, où une femme d'âge moyen recherche désespérément un homme par voie de petites annonces (ce qui nous vaut une galerie de mecs navrants), il risque d'être déçu. Mieux vaut donc oublier ce titre et se laisser porter par la magique légèreté du roman de Mindy Klasky.

Mindy Klasky, Comment trouver (rapidement!) l'homme idéal?, Paris, Harlequin, 2011, traduction de Nadine Ginape-Mercier.

Le site de Mindy Klasky, celui des éditions Harlequin.

Lu par DunkyEsmeraldaeLe Monde Editorial, Ursula Dubois.


dimanche 3 janvier 2021

Dimanche poétique 480: Jean Godard


Les champs enfarinés de neige éparpillée

Les champs enfarinés de neige éparpillée 
Sont tapissés de blanc, et les arbres couverts 
De gros monceaux neigeux tremblent presque à l'envers, 
Borée galope en l'air comme à bride avalée.

On marche maintenant sur la Seine gelée, 
Et sans crainte de rien on la passe au travers, 
Le vent rabat les huis d'un branlement divers, 
Au centre de Pluton la chaleur s'est coulée.

Tout est pour le présent hérissé de glaçons, 
On n'oserait sortir maintenant des maisons,
Tant ce janvier-ci fait craindre sa froidure,

Si n'éteint-elle point mon brasier amoureux, 
Ni mon feu ne fond point son glaçon froidureux, 
Ainsi pour vous, Madame, et chaud et froid j'endure.

Jean Godard (1564-1630). Source: Poésie.Webnet.