dimanche 5 avril 2020

Dimanche poétique 442: Emile Verhaeren


L'étable
Et pleine d'un bétail magnifique, l'étable,
A main gauche, près des fumiers étagés haut,
Volets fermés, dormait d'un pesant sommeil chaud,
Sous les rayons serrés d'un soleil irritable.

Dans la moite chaleur de la ferme au repos,
Dans la vapeur montant des fumantes litières,
Les boeufs dressaient le roc de leurs croupes altières
Et les vaches beuglaient très doux, les yeux mi-clos.

Midi sonnant, les gars nombreux curaient les auges
Et les comblaient de foins, de lavandes, de sauges,
Que les bêtes broyaient d'un lourd mâchonnement ;

Tandis que les doigts gourds et durcis des servantes
Étiraient longuement les mamelles pendantes
Et grappillaient les pis tendus, canaillement.

Emile Verhaeren (1855-1916). Source: Poésie.Webnet.

samedi 4 avril 2020

Anne Robatel, la perplexité toujours

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Anne Robatel – «Si j'étais sommée de donner ma définition du féminisme en un format facile à tweeter, je dirais "être féministe, c'est être perplexe"», annonce l'essayiste et linguiste Anne Robatel en exergue de son petit livre «Dieu, le point médian et moi». Perplexité face à la vie et à ses paradoxes, et en particulier à la vie des mots, alors que certains étudiants se demandent s'il faut, ou s'il est autorisé, d'user d'une langue française ou anglaise inclusive avec ses points médians et artifices. 


L'auteure part de sa propre expérience, des réflexions qu'elle se fait immanquablement sur les mots, en anglais comme en français. Le questionnement sur le sens que recouvre le mot «le Lecteur», lorsqu'on commente un texte, est intéressant: qui est-il vraiment? Le féminin est-il plus indiqué pour certains ouvrages littéraires – Jane Austen est alors évoquée? L'auteure identifie dès lors l'écart entre une grammaire personnelle et celle voulue par la norme. 

Consciente que l'écriture inclusive («dite» inclusive, écrit-elle parfois) fait son apparition dans les travaux d'étudiants rédigés en français, elle se garde de souhaiter toute contrainte en la matière. Ce qui ne l'empêche pas, dans cet univers très différent qu'est la langue anglaise, de suggérer plus fortement l'utilisation du «s/he» lorsque l'on ne sait pas qui, homme ou femme, se cache derrière le pronom. 

Les mots conduisent à la réalité de notre monde, avec ses codes brouillés, comme cet enfant qui va à l'école avec un déguisement de chevalier, comme un garçon voudrait-on dire, et un collant, comme une fille. L'enfant participe d'ailleurs de la perplexité, du fait de son regard sans filtre sur le monde qui l'entoure. Cette perplexité, quant à elle, génère selon l'auteure quelques dissonances cognitives auxquelles elle est sensible, et avec lesquelles il faut parfois faire des compromis. De quoi mettre du sel dans la vie?

«Perplexité» est donc le mot clé de «Dieu, le point médian et moi». Le point de départ d'un livre aux airs de témoignage divers, c'est le récit familial, avec un grand-père «royaliste et nationaliste» qui donne à l'auteure une sensibilité aux mots dits, en particulier au mot «dit» («l'école "dite" républicaine»). L'envie d'occuper son propre territoire linguistique a peut-être poussé l'auteure, elle le dit, dans les bras des lettres anglaises. Et à dire «paradigme» plutôt que «point de vue». 

Et à l'heure où elle-même enseigne et est mère, l'auteure repense au regard porté sur elle, à ses copies de dissertation rendues blanches naguère, à ce qui a forgé sa personne en somme, entre autres au travers du regard des autres. Elle observe aussi certains féminismes, citant tour à tour Marlène Schiappa, Simone de Beauvoir ou Virginia Woolf, mettant en évidence leurs spécificités. 

Le tout, et c'est une force, est relaté sur un ton dépassionné, serein, réfléchi, qui invite aussi à s'étonner. Qu'on soit femme ou homme, d'ailleurs. 

Anne Robatel, Dieu, le point médian et moi, Paris, Editions Intervalles, 2020.

Le blog d'Anne Robatel, le site des éditions Intervalles.

mercredi 1 avril 2020

Douglas Mawson, une expédition australienne au Pôle Sud

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Douglas Mawson – Envie d'évasion? Oui. En terres confinées? Peut-être pas, en cette saison. C'est pourtant là l'aventure que propose l'explorateur Douglas Mawson dans "Au pays du blizzard". Une aventure, c'est bien le mot: on est à la Belle Epoque, monter l'"Expédition australasienne antarctique" est une passion, la vivre une folie scientifique, et la relater une petite merveille. 

Indiquons le contexte pour commencer: le récit de voyage de Douglas Mawson en Terre Adélie s'inscrit dans une forme de "virus antarctique" qui a vu les Shackleton, Scott ou Amundsen partir à la conquête du Pôle Sud au début du vingtième siècle.

Au fil des toutes premières pages de "Au pays du blizzard", on peut craindre un récit plutôt technique, tant l'auteur prend de temps à exposer en détail les caractéristiques du voyage: l'équipage présenté un peu comme un groupe indistinct même si les noms sont donnés, le navire et ses atouts et faiblesses, le chargement du matériel. Mais déjà, le lecteur se régale des photos de Frank Hurley (qui fut de l'expédition lui aussi), qui lui facilitent l'embarquement en le mettant dans l'ambiance: portraits d'explorateurs et de navigateurs, photos du navire, rien n'échappe à l'œil du photographe. Déjà, on est dans le reportage...

Dès l'arrivée des explorateurs en Terre Adélie, le lecteur peut se réjouir. L'auteur a le chic pour décrire les lieux et leurs splendeurs impitoyables, bien sûr: des tempêtes sans fin, des blizzards inouïs, des couleurs jamais vues qui émerveillent. Ces narrations sont prenantes, mais n'oublient jamais le côté technique: on connaît ainsi la vitesse du vent, on découvre les pièges d'une glace et d'une neige qui s'associent pour imposer leur loi sur un continent hostile s'il en est. Les lieux sont cités, nommés lors de leur découverte, en particulier en mémoire des deux hommes qui ont trouvé la mort lors de l'équipée: Xavier Mertz et Belgrave E. S. Ninnis.

L'auteur leur consacre d'ailleurs des hommages émus, de sincères éloges funèbres. C'est que l'on découvre au fil des pages que l'auteur est attentif à l'équipe qui l'entoure et prend un plaisir évident à relater les moments de camaraderie, favorisés par un environnement terrible face auquel on se serre les coudes. La première base est le lieu de fêtes, une autre, pleine de matériel, sera surnommée "la caverne d'Ali-Baba". L'auteur relève aussi les qualités de ses équipiers en situation, et dessine les dynamiques à l'œuvre – on pense à la nécessaire popularité de celui qui cuisine. En écho, lorsque l'on est seul sur la banquise, l'auteur rappelle que les plus petits plaisirs peuvent être précieux, fumer une pipe ou manger un bout de biscuit par exemple.

Il est à noter que l'équipe est aussi composée de chiens de traîneau, tous nommés et également cités dans le récit – anecdote sympathique, plusieurs chiens sont nés en cours d'expédition, un seul ayant cependant survécu. Certes, l'affection de l'auteur leur est acquise; mais il les évalue aussi, et n'oublie pas qu'ils sont, au besoin, une ressource voire un aliment.

"Au pays du blizzard" relatant l'aventure d'une grande équipe d'aventuriers qui se scinde pour diverses explorations, ce livre est également né des notes d'équipiers qui, abondamment citées, viennent enrichir le propos en apportant des regards différents sur les lieux visités.

Et puis il y a l'observation des lieux, mais aussi de la faune... Si l'expédition ne manque pas de ramener de nombreux échantillons à l'usage de la recherche zoologique (œufs de toutes espèces, animaux prêts à être empaillés), l'auteur ne manque pas de relater ses observations sur le comportement des manchots Adélie, des labbes ou des éléphants de mer rencontrés, pour n'en citer que quelques-uns. Ces animaux font aussi, à l'occasion, le repas de nos explorateurs. Quelques notes de dégustation viennent se glisser dans le récit...

Mon image... un récit qui n'oublie pas l'anecdote et s'avère souriant par moments, malgré l'adversité. C'est donc un sacré voyage dans le vent que le lecteur fait avec "Au pays du blizzard", héroïque et aventureux, dont l'auteur excelle à dégager la saveur âpre et glaciale, mais aussi chaleureuse face à l'hostilité: la grandeur de la science, géographie comme biologie, face à la beauté de l'esprit de camaraderie d'une équipe présentée comme soudée. Un ouvrage aux airs de légende, à rapprocher du "Pire voyage au monde" d'Apsley Cherry-Garrard.


Douglas Mawson, Au pays du blizzard, Paris, Paulsen, 2009, traduction de Jean-François Chaix, préface de Christian de Marliave.

Le site des éditions Paulsen.


Défi Je relis des classiques avec Vivre Livre et Délivrer des livres.


dimanche 29 mars 2020

Dimanche poétique 441: Charles Vion d'Alibray


Ton corps plus doux que ton esprit

Ton corps plus doux que ton esprit 
S'exposait hier à ma vue, 
Et d'un transport qui me surprit 
Soulageait l'ardeur qui me tue.

Ton visage masqué me rit 
Ainsi qu'au travers d'une nue, 
Et sous le gant qui la couvrit 
Ta main m'apparut demi nue.

Même pour mieux flatter mes sens 
De mille plaisirs innocents, 
Ton sein poussait hors de ta robe.

Cloris, n'est-ce pas proprement 
Que ton corps de toi se dérobe
Pour se donner à ton amant ?

Charles Vion d'Alibray (1600-1653). Source: Poésie.Webnet.

vendredi 27 mars 2020

Cannes côté rigolade, en passant par l'Uzkhistan

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Eric Garandeau – Le festival de Cannes aura-t-il lieu cette année? Rien n'est moins sûr, puisqu'il a été reporté pour les raisons que nous savons. Dommage: les cinéphiles n'auront pas droit à une comédie à la façon de "Tapis rouge", premier roman d'Eric Garandeau. Haut fonctionnaire passé par le milieu du cinéma, c'est aussi un auteur qui s'autorise plein de libertés, à commencer par celle de créer un pays... et d'inviter quelques stars dans son livre brindezingue, comme il se doit.

Pour entraîner son lecteur dans ce roman, l'auteur choisit de mettre en scène le parfait anti-héros, victime de péripéties toutes plus fabuleuses les unes que les autres. Ce sera Ricardo Verloc, loser qui gagne malgré lui, bonhomme qui peine à dire non aux multiples solliciteurs que sa fonction de vague responsable au festival de Cannes attire. Dans un esprit de revanche, le voilà expédié dans un pays imaginaire d'Asie centrale, l'Uzkhistan, dirigé par un dictateur sanguinaire qui a dix filles. Mission: personne n'est d'accord, entre métaux rares, instauration d'un festival de cinéma ou – et c'est là que ça devient délirant – production d'un film sous la férule d'Oksana, fille du dictateur. 

C'est qu'Oksana, influenceuse à la mode uzkhistanaise, est complètement givrée et déconnectée de la réalité, et l'auteur ne manque jamais de le souligner, allant jusqu'à transcrire fidèlement son français aléatoire. Elle tient Ricardo par les couilles, littéralement, entre copulations échevelées et menaces d'envoyer Verloc aux crocodiles s'il ne donne pas satisfaction. L'auteur prend soin, bien entendu, de montrer que ces menaces ne sont pas lancées en l'air. Dès lors, l'auteur déploie avec un hilarant bonheur des trésors d'imagination pour faire en sorte qu'un film a priori sans queue ni tête (même s'il est porté par Jean-Pierre Mocky et Gérard Depardieu, qui passaient par là) peut arriver en sélection finale au Festival de Cannes. Disparitions mystérieuses dans le jury, effets pervers du féminisme façon quotas, tout y passe! 

Bien entendu, l'auteur de "Tapis rouge" joue à fond sur les références cinématographiques, et le lecteur cinéphile prendra un plaisir gourmand à les débusquer. C'est "Apocalypse Now" qui mène le bal, avec la musique des Walkyries et les hélicoptères – des hélicos qui hantent ce roman, moyen de transport privilégié ou thème musical signé Karlheinz Stockhausen en interpolation avec un opéra fort mondain. Et Saint Jean lui-même, auteur de l'Apocalypse qui clôt le Nouveau Testament, fait lui aussi son apparition, tant qu'à faire... Il y a quelques répliques qui rappellent étrangement quelques chose, des scènes du livre qui évoquent des moments de cinéma, voire des titres de films glissés comme par hasard, tirés de la noria de productions commerciales ("Fierce Creatures") ou classiques (il sera question d'"Amadeus", mais aussi d'"Autant en emporte le vent", puisque Oksana, avec son tempérament de feu, veut absolument un incendie dans son film). 

Et comme il n'y a pas de bon film sans casting, l'auteur a la main lourde sur le namedropping, et là aussi, le lecteur a droit à quelques surprises. Que Gérard Depardieu se pointe dans une ex-république de l'URSS, même imaginaire, c'est juste normal: en tant qu'acteur, il est constamment à cheval entre la réalité et la fiction. L'auteur indique aussi le verbiage de Jean-Luc Godard, et comme il faut mettre des personnages forts dans l'intrigue, on y trouvera aussi Vladimir Poutine, déguisé en fournisseur de smokings, et Recep Tayyip Erdogan, au gré d'une odyssée improbable du côté du Bosphore et d'Odessa (clin d'œil au "Cuirassé Potemkine" d'Eisenstein...). Et, fort malicieux, l'écrivain rappelle qu'Olivia de Havilland, 103 ans à l'heure où je vous écris – l'âge de Suzy Delair et de Kirk Douglas, soit dit en passant, paix à leurs âmes... – vit toujours à Paris. Oui, Ricardo Verloc aura aussi recours à elle!

Il vous en faut encore? L'auteur joue aussi l'image bovine, récurrente – on pense à "L'Age d'Or" de Luis Buñuel d'abord, même s'il n'est pas cité. De façon plus consistante, le lecteur a droit à un réalisateur japonais épris de bœuf de Kobé, et aussi, en dernière image sauvage, la recréation d'Harvey Weinstein en Minotaure. Et là, il croque des jeunes filles comme on le sait, on ne rigole plus, et Ricardo Verloc le souligne. Sauf qu'Oksana, adepte de l'amour vache, vise les Oscars, mais c'est une autre histoire, entre dents de Minotaure et dents de Crocodile (mais pas "Dents de la mer", quoique).

Dysprosium contre Rafale? C'est le deal que le Quai d'Orsay aimerait proposer à l'Uzkhistan. Mais lorsqu'on lâche un Ricardo Verloc parfaitement ingérable dans l'affaire, on a droit à un sacré moment de cinéma, truffé d'incrustations qui, bien amenées, déclenchent immanquablement l'hilarité. Mais "Tapis rouge", roman échevelé et excitant, c'est aussi une satire corrosive du monde des hauts fonctionnaires, de la diplomatie et des administratifs qui font le cinéma français d'aujourd'hui. Et le lecteur se plaît à se demander quel comédien français pourrait bien jouer tel ou tel rôle. J'ai quelques idées... et vous en aurez aussi.

Eric Garandeau, Tapis rouge, Paris, Albin Michel, 2019.

Le site des éditions Albin Michel, celui de l'Uzkhistan (qui s'approprie le Cervin...)

mardi 24 mars 2020

Avant et après Charlie, quelles civilisations pour l'Europe?

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Alexandra Laignel-Lavastine – Il a déjà quelques années, cet essai philosophique. Mais "La pensée égarée", rédigé en 2014 et publié au début de l'année suivante par la philosophe Alexandra Laignel-Lavastine, fait résonner des souvenirs douloureux et pas si lointains. Le fracas des attentats de janvier 2015 y résonne en effet, venant couronner une réflexion qui vient de plus loin au sujet d'une pensée mainstream, bien-pensante, qui semble s'être perdue à force de se vouloir politiquement correcte.


"Disons-le d'emblée: "La pensée égarée" est le livre d'une philosophe qui s'assume de gauche et qui, et elle s'en explique, rejette viscéralement l'extrême-droite. Reste qu'elle ne se reconnaît pas davantage dans les prises de position de la gauche ces dernières années, une gauche qu'elle juge perdue entre islamo-gauchisme et antisémitisme et qu'elle juge sévèrement – là aussi, en l'assumant: "Le lecteur pourra me reprocher d'être particulièrement sévère envers la gauche. Je le suis car il se trouve que j'en suis, à moins que je n'en porte le deuil, on ne sait plus trop." Autant dire que si la pensée est rigoureuse, elle est teintée de désarroi aussi.

Tout commence par l'idée du basculement de civilisation que l'auteure identifie, remettant en question un certain humanisme, un certain universalisme – mis au défi entre autres par l'islam, qui interroge la notion de laïcité et, en fin de compte, l'Europe en tant que civilisation. Des éléments que l'auteure défend haut et fort, du point de vue universaliste. Plaçant la question de l'antisémitisme au cœur son discours, l'essayiste exprime sans ambages son rejet de la tentation de l'extrême-droite, même parée d'habits apparemment honorables: "On n'a jamais vu, dans l'histoire européenne, le racisme et l'antisémitisme faire longtemps chambre à part." 

Elle identifie cependant tout aussi clairement les autres sources d'un antisémitisme contemporain auquel une "pensée égarée" ne sait plus dire "stop", ou dont elle serait tentée de minimiser la gravité: tantôt c'est celle d'une gauche qui a abdiqué son universalisme, parfois pro-palestinienne sans nuances, tantôt c'est la judéophobie de source islamique. 

C'est chez les auteurs de l'Europe orientale, ceux qui ont connu le joug soviétique, que l'auteure trouve un point de vue neuf et étonné, salutaire aussi, sur ce que traverse l'Europe occidentale aujourd'hui, percluse par une histoire lourde, entre autres, de la Shoah (comment l'assumer?), ainsi que du poids de l'histoire du colonialisme qui crée, à gauche notamment, un "surmoi tiers-mondiste" qui, elle le relève, fait du musulman le nouveau damné de la Terre – et donne source à plus d'une abdication intellectuelle. Rien de plus stimulant que ce regard frais, nourri par Czeslaw Milosz ou Jan Patočka pour ne citer qu'eux, surpris qu'on ne condamne pas sans appel ce qui doit l'être, pour imposer un changement de point de vue au lecteur avide de réflexion. 

De plus, et de manière critique ou non, cette réflexion est en outre nourrie par plusieurs penseurs, en particulier le souvenir des Lumières qui, semble dire l'auteure, ont déserté une certaine pensée de gauche. Tareq Oubrou, l'"imam en colère", est également convoqué, avec sa vocation d'amener un peu de lumière dans l'islam. Il sera aussi question d'articles de Causeur et d'autres médias relayant des épisodes contemporains (entre autres, il sera question du regard porté sur Mohammed Merah), voire du vécu personnel de l'auteure, qui assume son domicile dans le neuf-trois et en parle en connaissance de cause, dénonçant le discours de ces jeunes de banlieue qui disent aux sociologues parisiens le catéchisme qu'ils veulent bien entendre.

Si le fil du discours s'avère solide, construit sur le triangle maudit de l'islamisme, du populisme et de l'antisémitisme, l'auteure n'hésite pas à se montrer pugnace, passionné ou un brin ironique dans le propos. De quoi donner de la chair à une réflexion solide. Celle-ci dévoile aussi, à la base, une Europe froide qui a oublié de penser à ce qu'elle est, à ses racines, à son essence en définitive, ce qui la condamne à l'errance. Et si l'auteure a amorcé sa réflexion dès 2014, sur un état d'esprit qui remonte à plus loin encore, la question qu'elle pose est toujours d'actualité: qu'a-t-on fait de l'esprit de la marche du 11 janvier 2015? A cinq ans de distance, l'actualité y répond jour après jour... 

Alexandra Laignel-Lavastine, La pensée égarée, Paris, Grasset, 2015.


dimanche 22 mars 2020

Dimanche poétique 440: Jacqueline Thévoz


Printemps

Pâques, ce n'était point la nappe des Croisades
Sur l'autel blanc et clair, ni les chants des enfants,
Ni la trêve de Dieu au lac de Tibériade.
Pâques, pour moi, c'était ma source simplement,
La source de mon choix, que j'ai trouvée moi-même,
Où personne ne va, pas même ceux que j'aime,
Où personne ne va...

Jacqueline Thévoz (1926- ), De la Terre au Ciel, Sierre, Editions à la carte, 2015.