mardi 29 août 2023

Les "contes défaits" de Florence Cochet

Florence Cochet – Romancière et nouvelliste spécialisée dans les littératures de genre, l'écrivaine et enseignante genevoise Florence Cochet offre à son lectorat un bouquet de quatorze "contes défaits", soit autant de nouvelles rassemblées au sein de l'ouvrage "Inhumaines". Le fil rouge? Presque à chaque fois, c'est un personnage féminin qui domine l'intrigue. Et même dans la seule nouvelle où ce n'est pas le cas, il sera encore question de femmes...

Femmes monstres, femmes victimes, femmes broyées par l'engrenage d'un scénario qui les dépasse: l'écrivaine mêle avec beaucoup d'adresse les codes de la littérature de genre et des contes immémoriaux. Cela peut prendre la forme d'un récit moderne où intervient une sirène, comme dans "Dans les profondeurs", ou d'un conte intemporel, comme dans "Le troisième bal" ou "Le Puits des âmes", aux allures d'un terrible parcours initiatique exclusif.

Certains motifs apparaissent porteurs d'une vision du monde féministe: on trouve l'image de la femme violentée et de l'homme toxique dans des textes tels que "A corps perdu", qui se termine par une chasse à l'homme. L'idée même de l'asservissement total des représentants du sexe masculin, voire de leur disparition, est évoquée dans "Sous le dôme", dont le point de départ dystopique (un virus qui s'attaque uniquement aux hommes et dont l'humanité doit se protéger) rappelle des romans tels que "YXSOS" de Pierre De Grandi ou "Les hommes protégés" de Robert Merle.

Seule nouvelle à mettre en avant un personnage masculin, "Le parfum du lotus" développe l'histoire surprenante, originale même, d'un vampire chinois fétichiste des pieds. Improbable? Pas tant que ça: l'auteure en profite pour revisiter cinq siècles d'histoire vus du pied féminin – qu'il soit tout recroquevillé comme ces pieds de Chinoises à la croissance entravée, juché sur des chaussures à talons ou glissé dans des sandales qui laissent voir les orteils. Le tout, entre meurtrissure, séduction et confort. 

Et pour le lecteur, il y a des raisons de prendre son pied en lisant "Inhumaines", un recueil riche et diablement bien écrit, parfois glaçant, mais qui sait aussi faire toute sa place à la sensualité lorsque la situation l'exige – ce qui n'est pas rare. Et c'est avec adresse que l'écrivaine mélange les genres, entre réalisme et surnaturel, pour en tirer une musique spécifique, à chaque fois renouvelée, et toujours résolument actuelle.

Florence Cochet, Inhumaines, Vevey, Hélice Hélas, 2023. Postface de Pierre Yves Lador.

Le site de Florence Cochet, celui de Pierre Yves Lador, celui des éditions Hélice Hélas.

2 commentaires:

  1. J'ai l'impression que tu as déniché une perle

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    1. Bonsoir à toi! En effet, c'est une belle trouvaille de cette rentrée littéraire: l'auteure mêle brillamment les genres pour en tirer des récits originaux à découvrir.
      Bonne semaine à toi!

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