lundi 6 juillet 2020

Comme une envie de relire La Fontaine, après Erik Orsenna

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Erik Orsenna – De nombreux vers, un goût de l'anecdote qui n'est autre que l'expression d'une connaissance approfondie de son sujet: dans "La Fontaine, une école buissonnière", l'écrivain touche-à-tout Erik Orsenna, membre de l'Académie Française, ose et réussit une biographie à la fois légère et informée, littéraire en diable, du fabuliste Jean de La Fontaine.


Le biographe retrace par touches la vie du fabuliste, de son enfance jusqu'à sa mort, dans une perspective chronologique. Les chapitres sont courts, ça va vite, l'écriture gambade. Elle allie le dépouillement et la richesse, de façon paradoxale: l'auteur de "La Fontaine, une école buissonnière" recourt à une écriture chantournée, toute en volutes qui rappellent un Grand Siècle qui se souvient des élans du baroque. Il n'empêche: il n'y a rien de trop dans l'écriture du biographe, qui a compris l'exigence de clarté sobre du classicisme à la française.

L'ambiance est donc faussement désinvolte et légère, rappelant la posture nonchalante de Jean de La Fontaine, qui aimait dire que ses fables lui venaient avec facilité alors qu'elles exigeaient de lui un long travail d'orfèvre. Pour la faire courte, dans Jean de La Fontaine comme chez Erik Orsenna, le verbe est travaillé pour accéder au naturel, et il n'y a rien de trop.

Il en résulte une lecture rapide et agréable. Celle-ci n'apporte certes aucun détail nouveau ou croustillant à la vie de Jean de La Fontaine telle qu'on la connaît: amis des scoops historiques, passez votre chemin! Reste que le biographe dessine avec justesse les principaux virages d'une vie de poète, tels que la relation compliquée qu'a Jean de La Fontaine avec le roi Louis XIV et le ministre Colbert – une relation marquée par la fidélité du fabuliste à Fouquet, premier commanditaire et ami de toujours.

Le biographe ne manque pas de souligner le caractère austère de Colbert, aux antipodes de celui du Fouquet de Vaux-le-Vicomte, perçu comme généreux. Il n'hésite pas non plus à commenter ce qu'écrivit La Fontaine, à commenter le "Songe de Vaux": "On a vu notre ami plus inspiré".

"Notre ami"? Oui: le biographe n'hésite pas à faire entrer le lecteur dans son jeu, donnant à ses observations sur l'œuvre du fabuliste le poids d'un bon conseil... d'ami. Ces conseils, l'auteur ne manque pas de les illustrer. Dès lors, nombreuses sont les citations de textes de Jean de La Fontaine. Souvent, elles se présentent sous forme d'extraits où il manque ce qu'il y a de plus astucieux: gageons que le biographe ne s'y prendrait pas autrement s'il voulait inciter ses lecteurs à se plonger dans les œuvres de Jean de La Fontaine.

La lecture de "La Fontaine, une école buissonnière" est bel et bien une invitation à découvrir ce que La Fontaine a écrit, outre les Fables. Il sera donc question de tentatives au théâtre et de pas mal d'autres vers commis, parfois sur commande, avec des bonheurs divers. En en bon Immortel, Erik Orsenna relève les vicissitudes de l'élection de Jean de La Fontaine à l'Académie française – marquées par le souvenir des "Contes et nouvelles en vers", dont on connaît le caractère coquin. Certes, ces écrivains ne sont pas de la même lignée sous la Coupole (Jean de La Fontaine a occupé le fauteuil 24, alors qu'Erik Orsenna siège au fauteuil 17), mais ils sont bien de la même confrérie après tout.

Et si Paris est le lieu où La Fontaine a exprimé son art poétique, sa cité natale de Château-Thierry, en Champagne, n'est jamais loin. C'est la campagne, et le biographe suggère que c'est cette campagne, y compris l'épouse du fabuliste restée au château de province, qui a nourri l'œuvre de Jean de La Fontaine. Un Jean de La Fontaine qu'on a soudain envie de relire en refermant l'"école buissonnière" d'Erik Orsenna.

Erik Orsenna, La Fontaine, une école buissonnière, Paris, Stock, 2017.

Le site d'Erik Orsenna, celui des éditions Stock.

6 commentaires:

  1. Très intéressant, merci pour la découverte !
    Bonne journée !

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    1. En effet, une belle balade à travers la vie du fabuliste.
      Bonne journée à toi!

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  2. Si l'on ne devait lire qu'un livre sur notre fabuliste, ce serait, à mon avis, celui de Marc Fumaroli (mort ces jours derniers) : La Fontaine – le poète et le roi. Remarquable d'intelligence… comme tous les livres du même auteur.

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    1. Merci pour le tuyau concernant le livre de Marc Fumaroli sur La Fontaine!

      J'ai lu l'un ou l'autre ouvrage de Marc Fumaroli au temps de mes études - c'est effectivement brillant, vertigineux (je pense à "L'Age de l'éloquence"). Paix à son âme.

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    2. L'Âge de l'éloquence est en effet remarquable. De même que le livre qu'il a consacré à Chateaubriand (le titre m'échappe en ce moment : il y a "terreur" dedans…).

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    3. Je retrouverai la référence que vous m'indiquez! Merci pour cette indication.

      Et vous-même, à quand votre prochain roman?

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