dimanche 21 mai 2017

José Rodriguez dos Santos, parce que notre pape est le dernier... ou pas!

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"L'aspect le plus déconcertant des affaire vaticanes tient probablement au fait que la liste des atteintes du Saint-Siège à l'éthique, à la transparence et à la légalité présentée dans ce roman n'est pas le produit de l'imagination d'un auteur de fiction, mais un simple compte rendu factuel." Voilà pour ce que l'on trouve dans "Vaticanum" de José Rodrigues dos Santos. Si l'on excepte quelques personnages fictifs, en effet, l'auteur de ce vaste roman relève que tout est vrai, références à l'appui. Quelques recherches en ligne suffisent à démontrer qu'on peut faire confiance à l'auteur: cet écrivain portugais sait de quoi il parle, et son intrigue, qui mêle histoire, actualité et superstitions, tient debout. Et il tient un bon sujet: dès qu'il s'agit de construire une intrigue, le Vatican est inépuisable. Dan Brown en sait quelque chose...

... justement, il est tentant de comparer "Vaticanum" à certains romans de Dan Brown, qui se sont penchés sur les arcanes du Saint-Siège; cela, d'autant plus que l'écrivain portugais ne recule pas devant les jeux de piste et les codes secrets. Reste que là où Dan Brown se contente d'appliquer une recette qui finit par lasser, José Rodrigues Dos Santos va nettement plus loin que le minimum syndical.

Il y a une évidence, d'abord, qui ne manquera pas de frapper l'intellect du lecteur: l'écrivain portugais dispose d'un bagage culturel plus et mieux nourri que celui de son confrère américain. Plutôt que de se concentrer dans la petite lucarne des scandales catholiques susceptibles d'émouvoir le monde entier à bon compte, l'auteur de "Vaticanum" mêle des récits érudits mais pas forcément connus (les prophéties de Malachie) et les apparitions de la Vierge Marie à Fatima (ce qui a fait de ce roman une lecture parfaite pour le 13 mai 2017!). Cela, en résonance avec des rumeurs persistantes laissant entendre que l'un des papes actuels, François peut-être – dessiné mais non nommé dans "Vaticanum" – est le dernier de l'ère catholique. Et puis – c'est fort, et cela n'apparaît pas du tout dans le "Da Vinci Code" – l'érudition des personnages de "Vaticanum" qui mènent l'enquête, qui pourrait paraître aride même si l'auteur sait parfaitement montrer les différents aspects de la science, est contrebalancée par la représentation de la ferveur religieuse d'un peuple qui pourrait perdre son père spirituel. Et aussi par l'humanité pour le moins fleurie de l'inspecteur Trodela, caractérisé par son langage pas très châtié... et savoureux par conséquent.

"Vaticanum" est une intrigue pour le personnage de Tomàs Noronha, chercheur rationnel placé face aux mystères de la religion. L'écrivain s'y entend à merveille pour confronter l'approche cartésienne, scientifique, de Tomàs Noronha et la possibilité d'une approche religieuse, fondée sur la foi plus que sur le savoir. L'écrivain va plus loin: en mettant en scène une consultante française catholique, Catherine, il donne un troisième regard sur les scandales de l'église catholique. Regard biaisé à plus d'un titre, entre religion catholique et impératif de transparence, donc regard captivant... Et pour lui donner un regard croustillant, l'auteur va jusqu'à mettre en scène le personnage du policier Trodela, caractérisé par son langage fleuri. 

La consultante Catherine, quant à elle, ouvre la porte sur les scandales financiers qui font le lit de "Vaticanum". Quitte à paraître pesant, surtout au début de son roman, l'écrivain montre les dessous peu reluisant de la banque du Vatican. Et comme indiqué plus haut, l'auteur se fait fort de monter son intrigue sur des choses réelles. Le lecteur peut s'en convaincre sans peine: Google permet facilement de montrer le parcours du mafieux Michele Sindona, de Mgr Paul Marcinkus et de quelques autres. Et en définitive, ce seront des terroristes islamistes qui vont, dirait-on, accomplir ce à quoi tout le monde croit. Mais qui les commande?

On dirait que chaque époque fantasme sur son propre pape, vu comme le dernier de son espèce. Les lecteurs se souviennent peut-être, sur le même thème, du "Dernier pape", roman génial et fouillé, visionnaire à plus d'un titre, de Jacques Véraldi et Gérard Paternot. José Rodriguez Dos Santos reprend ce motif de l'ultime pape, à une génération de distance, en mêlant les scandales réels qui couvent, à l'abri des archives, et les superstitions qu'on suggère aux visiteurs du Vatican, cette citadelle aux pouvoirs cachés et puissants qui se niche au coeur de Rome. Et de rebondissement en rebondissement, d'un cliffhanger à un autre, il amène son lecteur captivé jusqu'au bout du roman.


José Rodriguez dos Santos, Vaticanum, Paris, Editions Hervé Chopin, 2017, traduction du portugais par Adelino Pereira.



Livres cités dans l'article:

Dan Brown, Da Vinci Code, Paris, Le Livre de Poche, 2014.
Gabriel Véraldi et Jacques Paternot, Le dernier pape, Lausanne, L'Age d'Homme, 2000.

6 commentaires:

  1. J'aime beaucoup cet avis, j'adore ce genre de roman, je note donc!

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    1. Heureux d'avoir fait une adepte! :-)

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  2. Il me tentait, et ton avis me conforte dans mon envie de le lire.

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  3. Je passe mon tour ! Merci pour la découverte !

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    1. Chacun ses goûts! Merci pour le commentaire!

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