samedi 1 décembre 2018

Affaire David Hamilton: il n'y croit pas!

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Olivier Mathieu – Voici déjà le troisième livre que l’écrivain Olivier Mathieu consacre, sous des angles sans cesse renouvelés, à David Hamilton et aux accusations qui ont terni la fin de son existence de photographe, ainsi que sa réputation. « David Hamilton suicidé… mais par qui ? » : voilà un titre un brin orienté. Il suggère cependant qu’il sera question de questions… et que l’auteur, pugnace, porté aussi par l’émotion qu’il a pu ressentir face à l’esthétique hamiltonienne, a bien l’intention d’y répondre de façon argumentée. 

Tout part d’un faisceau de constatations, telles que la date du décès du photographe dans un appartement parisien : il est survenu un 25 novembre, date de la Journée de la violence contre les femmes, d’audience internationale. L’écrivain est certes sensible à de tels symboles ! Mais cela aurait pu être une coïncidence, d’autant plus qu’il y a des journées mondiales à deux balles chaque jour, et entrer dans ce genre de logique ouvre la porte aux théories complotistes. L’auteur y cède quelque peu, notamment en suggérant que le décès de David Hamilton est une répétition générale avant le mouvement « MeToo », né autour des scandales liés au producteur américain Harvey Weinstein. Non ! On ne le suivra pas jusque-là.

Cela dit, se posant en avocat de David Hamilton, l’auteur de « David Hamilton suicidé… mais par qui ? » rejette la thèse du suicide délibéré du photographe, privilégiant celle de l’assassinat non élucidé, éventuellement avec des complicités haut placées. Il s’attache dès lors à affaiblir l’accusation de la première de ses détracteurs, la femme de télévision Flavie Flament, qui a été modèle du photographe, et qui l’a accusé sur antenne. Le nom est certes bipé, mais si mal que cela vaut, pour l’écrivain enquêteur, une condamnation publique qu’il considère comme pas tout à fait fortuite. Quelques questions aussi sont posées, telles que celle du soutien accordé par sa propre famille à Flavie Flament (sa fratrie ne croit guère aux accusations qu’elle porte, et ses parents l’ont toujours conduite chez le photographe alors glorieux), ou le fait que cette dernière utilise des photos prises par David Hamilton lui-même pour s’illustrer dans des concours de beauté s’adressant à des adolescentes. Sont-ce là vraiment les actes d’une jeune femme qui se dit agressée ? Après s’être intéressé de près au parcours de l’accusatrice, minutieusement reconstruit, l’auteur ne comprend pas, n’y croit pas. Dans la roue d’une Brigitte Axelrad, enfin, il conteste avec vigueur la notion scientifiquement controversée d’amnésie traumatique sur laquelle se fonde l’accusation de Flavie Flament.

Plus largement, tout cela offre au lecteur une balade hallucinante dans le monde des médias et des people à la française, où les journaux pour les adolescents, organisateurs de concours de beauté sur photos, tiennent une place à la fois trouble et prépondérante. L’auteur suggère d’ailleurs que celui ou celle qui joue leur jeu risque de s’y brûler les ailes. Il est à relever qu’il amène, dans « David Hamilton suicidé… mais par qui ? » son lectorat dans des univers qu’on a rarement vus d’aussi près jusque-là dans son œuvre de romancier ou d’essayiste. 

Le ton est certes celui d’un enquêteur, précis parfois à la minute près lorsqu’il s’agit de recréer les dernières heures de David Hamilton à partir des documents disponibles – les documents avant tout, loin de tout impressionnisme ! Mais c’est aussi, volontiers, celui d’un polémiste qui, ligne après ligne, suggère : « Non, vraiment, la vérité officielle, vous y croyez ? ».

Trop facile, la vérité officielle ? Oui et non. Mais une chose est certaine, pour l’écrivain : David Hamilton n’a jamais été en position de se défendre les yeux dans les yeux face à ses accusatrices, Flavie Flament en tête. L’histoire retiendra simplement que le photographe aura été son violeur, et ce point de vue s’est déjà installé chez des personnes par ailleurs capables de réfléchir, douées dans leur domaine par ailleurs. Mais même s’il n’est pas exempt d’excès, même s’il en dit aussi pas mal sur ce que l’auteur comprend, ou pas, du viol vécu au féminin, « David Hamilton suicidé… mais par qui ? » a, seul livre contre tous peut-être, le mérite de dire que ce n’est peut-être pas si simple que ce qu’en dit une (seule) accusatrice, si connue qu’elle soit. Et de poser aux générations à venir, qui sauront y trouver leur bon blé tout en mettant l’ivraie de côté, quelques questions pour un éclairage distancé et moins tranché. Refaire le procès qui n’a jamais été fait, alors ? Oui, à coups d’attendus (pp. 127 et suivantes), simplement parce qu’entre êtres humains, tout est affaire de nuances. « De flous », aurait conclu David Hamilton, qui en connaissait un rayon en la matière.

Olivier Mathieu, David Hamilton suicidé… mais par qui ?, Paris, À l’enseigne de l’ami de David Hamilton, 2018. 

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A l’heure où paraît ce billet, l’écrivain Olivier Mathieu vient de publier ses Mémoires, « éphébophiles à peine romancés », intitulés « Je crie à toutes filles mercis ». Il n’est pas certain que j’en parle sur ce blog dans un avenir immédiat, mais un tel ouvrage, fort de 532 pages illustrées quand même, mérite qu’on le signale, ne serait-ce que pour dire l’activité d’un écrivain dont ce blog s’est déjà fait l’écho à plus d’une reprise. Pour en avoir un aperçu dès à présent, j’invite mes lecteurs à consulter l’article de blog de l’écrivain suisse Roland Jaccard, ou celui du photographe allemand Max Stolzenberg.

Pour mémoire : 
Olivier Mathieu, Le portrait de Dawn DunlapCluj-Napoca, Casa Cartii de Stiinta, 2017.
Olivier Mathieu, C’est David Hamilton qu’on assassine, Nantes, A l’enseigne des Petits Bonheurs, 2017. Préface de Roland Jaccard : quelques mots ici.

Pour tout renseignement sur ce livre, enfin, on peut écrire au blog « En défense de David Hamilton » à l'adresse https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/.

2 commentaires:

  1. Cher Daniel, merci beaucoup d'avoir dit quelques mots au sujet de mon livre, après les beaux articles que vous aviez déjà consacrés au "Portrait de Dawn Dunlap" et aussi à "C'est David Hamilton qu'on assassine", livre préfacé par un de vos "collègues", l'écrivain suisse Roland Jaccard. J'espère que mes livres sur David Hamilton, pour qui est soucieux de débat intellectuel et de liberté d'expression, pourront apporter des éléments de réflexion. Il m'arrive d'ailleurs d'envoyer (gratuitement, cela va sans dire) le PDF de ce livre à qui m'en fait la demande, dès lors que notre entrée en contact, par courriel, m'a semblé une rencontre de qualité. Olivier Mathieu

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    1. Cher Olivier, merci pour ce commentaire! Merci également pour cette précision relative à la possibilité de recevoir ce livre au format pdf aux personnes intéressées.

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