jeudi 4 janvier 2018

Un cru livresque et gouleyant

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Peter Mayle – Que feriez-vous si vous héritiez d'une propriété viticole dans le sud-est de la France? "That's the question", dirait Peter Mayle, en bon écrivain anglais qu'il est. Il donne même quelques réponses dans un roman léger intitulé "Un bon cru", qui fait figure de rayon de soleil au cœur de l'hiver.

Le personnage principal de ce livre est Max Skinner, golden boy londonien qui perd son emploi du jour au lendemain et, partant, se retrouve privé de moyens financiers. Autant dire que l'annonce d'un héritage sous forme de propriété viticole a de quoi le surprendre... et peut-être lui donner une opportunité de redémarrer, loin des brouillards qui pèsent sur les rives de la Tamise. Seul problème, repéré une fois sur place: le vin qu'on produit là-bas, sur ce terrain de vingt hectares surmonté d'une bastide, est proprement imbuvable. Qu'y faire?

Royaume-Uni, France, Etats-Unis même: l'auteur a le chic pour se faire rencontrer des cultures et jouer avec humour sur leurs différences, quitte à s'amuser avec des stéréotypes un tantinet rebattus. On découvre ainsi le côté chaleureux voire tactile des gens du sud de la France, qui apprécient la fête, l'amour et les commérages villageois (du moins pour certains), le caractère de requins des jeunes richards de Londres et le sourire impeccable de l'Américaine Christie – qui, pour des histoires de famille, pourrait d'ailleurs aussi avoir les dents longues face au bien en déshérence.

Les différences culturelles s'expriment aussi dans le rapport de chacun des personnages à l'alcool et au vin, bus avec plus ou moins de modération (ce qui fait avancer l'intrigue, l'ivresse favorisant certains coups de tête). Ainsi a-t-on des Anglais qui boivent du vin avec une certaine indifférence, comme n'importe quelle autre boisson alcoolisée. D'un autre côté, et fort opportunément, Christie est chargée de communication d'une marque de vin, ce qui jette un pont vers une approche plutôt industrielle de ce breuvage.

Cela, alors que les Français, eux, savent, selon l'auteur, de quoi ils parlent dès qu'il est question de vins: ils se montrent techniciens parfois, passionnés toujours. Tout cela, quitte à embobiner moins malin qu'eux. Et de toutes parts, on veut en savoir plus. Et l'auteur caricature avec justesse le discours qui se développe autour de la dégustation, et son caractère parfois ampoulé. Et là, apprenti tastevin anglais (Charlie, bon vivant invétéré) ou aigrefin bordelais, peu importe qui en parle.

Outre la description de la vie telle qu'elle va autour du vin, l'auteur poursuit avec légèreté un ou deux types d'intrigues supplémentaires au fil des pages de ce petit roman, qui gagne ainsi en structure. Il y a des personnages mystérieux que le lecteur apprend à connaître peu à peu, tels que Roussel, qui s'occupe du vignoble, ou maître Auzet, notaire. Ceux-ci jouent nolens volens un rôle dans une histoire pas très claire de vins de garage bordelais. Face à cette intrigue aux allures presque policières, se construit un semblant de romance autour de Max Skinner, qui plaît à plus d'une femme dans ce sud de la France qu'il découvre. Mais Cupidon, malin, frappe là où l'on ne l'attend pas...

Frais et gouleyant comme un petit vin de copains, "Un bon cru" tient ses promesses: c'est un divertissement bien troussé autour d'un produit sympathique. Son intrigue est impeccable, servi par des personnages attachants qui évoluent dans un cadre idyllique et ensoleillé, sans trop se prendre au sérieux.

Peter Mayle, Un bon cru, Paris, NiL Editions/Points, 2005, traduction de Jean Rosenthal.

3 commentaires:

  1. Jolie couverture, ce livre fait bien envie !

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    1. Ah oui! C'est une lecture légère et savoureuse, et en pleines vacances de fin d'année, je n'ai pas boudé mon plaisir. Bonne découverte à toi! L'auteur est spécialisé dans les romans qui conjuguent avec bonheur la Provence et le bon vin.

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  2. Ah si on parle de pinard, c'est pour moi ! J'avais en son temps adoré Une année en Provence, mais été très déçue par la suite, creuse et commerciale. Mais je suis sensible à tes avis, je note donc !

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