lundi 10 avril 2017

Devenir Bouddha avec Elsa Levy

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Le site de l'auteure, le site de l'éditeur - merci pour l'envoi!

Devenir Bouddha. Est-ce possible dans la vie trépidante de Paris? Nombreuses sont les personnes qui recherchent une certaine plénitude, une sérénité intérieure, pour ne pas dire le nirvana. Dans son premier roman, "Bouddha Boudoir", l'écrivaine Elsa Levy décrit le parcours de vie d'une jeune femme qui, partant d'une existence bancale, finit par trouver une telle voie.

Le ton est simple, naturel mais travaillé aussi, et on le perçoit dès l'incipit, où Virginie Baudet se présente sans artifice: "Je m'appelle Virginie Baudet. J'ai vingt-cinq ans et j'étais serveuse dans un bar. Le bar en question s'appelle le Bouddha Boudoir." Tout est là, y compris l'imparfait, comme une fausse note dans une écriture au présent, suggérant qu'un virage va se produire.

Ce Bouddha Boudoir est un bar à thème comme on en trouve pas mal à Paris et ailleurs. Orné de mille bouddhas sculptés, il fait figure de lieu de perdition: dans l'ivresse excessive, on y recherche une illusoire détente, un oubli qu'on prend pour de l'ataraxie. Peu importent les cocktails, du reste: Virginie, lorsqu'elle est serveuse, ne les fignole pas toujours. Avec sa collègue, elle n'hésite du reste pas à s'en jeter un petit durant le service, alors que sa collègue, Magalie, fricote avec le patron. Enfin, l'auteure met la puce à l'oreille du lecteur: trop de bouddhas tuent le Bouddha...

C'est pourtant face à une tête de bouddha brisée, subtilisée, que Virginie se met à réfléchir. Dès lors, le roman prend des allures de quête spirituelle, souriante, douce-amère. Elle visite en effet un certain nombre de maîtres à penser, dans des disciplines aussi diverses que la sophrologie, le yoga, etc. Ce monde, Virginie n'y adhère pas vraiment, mais elle ne peut s'empêcher de s'en imprégner, de grappiller à chaque fois une petite leçon de vie. Et comme souvent, le déclic se fait de manière inattendue: baby-sitter d'un enfant de quatre ans, Victor, elle va comprendre pas mal de choses qui la feront basculer. Est-ce vraiment un guide spirituel? Il n'en est certes guère conscient, certes. Mais à sa manière, il lui montre une nouvelle manière de vivre pleinement, d'être attentif à tout ce que l'on fait. Et s'avère exemplaire.

Le regard qu'elle porte sur le monde et sur les gens évolue doucement, le sexe n'est plus si important - on retient en particulier une très belle scène de caresses avec un amant suédois, qui remplace avantageusement le cartésien Lucas, plus ou moins copain de Virginie. Cela, sans oublier l'argent: il est possible de vivre de peu, voire de rien. Ne plus y penser symbolise, au fil des pages, la renonciation de Virginie à tout attachement: elle quitte son emploi, ne souhaite plus être payée pour son emploi de baby-sitter (une péripétie qui interroge sur la valeur des choses gratuites aujourd'hui: on a parfois tendance à s'en méfier, et c'est exactement ce qui se passe avec la mère de Victor), vide son compte en banque auquel elle ne touche plus guère. Seul comptera le strict nécessaire...

... et aussi un bien-être personnel: "Assise là, à ne rien demander, à méditer, à contempler, à être présente. là. Et on me paye pour le faire. Alors j'imagine que je suis sur le bon chemin, non? Qui pourrait dire le contraire?", conclut le roman, montrant une Virginie assise sur le boulevard. Les pièces semblent tomber du ciel, toutes seules (à l'exception notable d'une fillette entraperçue et souriante, évocatrice de la pureté du regard et du geste d'un enfant - en écho à la personne de Victor), devant à celle qu'il est permis de voir comme une illuminée heureuse. Ou en passe de l'être. Et on l'envie un peu.

Elsa Levy, Bouddha Boudoir, Paris, Intervalles, 2017.

4 commentaires:

  1. Je suis ravie de voir que votre lecture s'est bien passée ! Merci pour la découverte, je ne connaissais absolument pas.

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    1. C'est le genre de lecture qui fait du bien!

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