dimanche 16 avril 2017

Jacques-Olivier Bosco, c'est du brutal!

9782221190753


Ah, voilà bien un polar qui porte bien son nom! Lise Lartéguy est jeune, belle, flic et brutale. Et "Brutale", c'est justement le titre du dernier opus de l'écrivain niçois Jacques-Olivier Bosco, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler avec "Le Cramé". Rapide, nerveuse et punchs, son écriture est gage d'une lecture sans le moindre moment d'ennui.

Lise Lartéguy est un personnage captivant. Le lecteur apprécie son caractère de cogneuse, de même que son intelligence et son sens cinglant de l'à-propos: c'est l'exemple de l'agente de police qu'il ne faut pas trop chercher. Mais l'auteur ne se contente pas de cet aspect superficiel. Il lui confère une épaisseur en explorant son passé difficile et en suggérant que la violence de Lise Lartéguy a quelque chose de psychopathologique (c'est comme ça qu'on dit?) qu'il faut bien canaliser. Enfin, l'auteur explique la présence d'un personnage aussi atypique au sein de la police française par la tradition familiale; il va jusqu'à conférer à Lise un père policier, mort en service, frère, Camille, qui travaille pour la gendarmerie. Complémentarité des polices...

Après avoir annoncé l'intrigue de manière classique dans un prologue, l'auteur prend le temps de montrer comment fonctionne Lise Lartéguy. Cette assez longue exposition n'a cependant rien d'ennuyeux: l'action ne manque pas, même si elle est parfois anecdotique, et ses chapitres sont courts et rapides. Et elle permet de mettre en scène quelques personnages hauts en couleur. Enfin, tout démarre vraiment à l'occasion d'un bête contrôle routier, effectué par Camille pour montrer à sa soeur comment fonctionne un radar d'une nouvelle génération. On ne se méfie jamais assez des radars.

L'action met en place une curieuse série d'enlèvements de jeunes filles vierges, saignées à blanc, par une mafia active entre l'Europe et l'Asie centrale. On pourrait penser à de riches désaxés; mais le fin mot de l'affaire n'arrivera qu'au bout du roman, de manière assez... brutale, au terme d'un parcours où se mêlent bars glauques, rues de Paris où les casseurs de bagnoles s'en donnent à coeur joie, et les futurs bureaux ultra-modernes de la police aux Batignolles, venus remplacer l'historique Quai des Orfèvres.

La police met tout en oeuvre pour avancer, allant jusqu'à trouver des liens avec des policiers hors de Paris: on retrouve ainsi - sympathique hommage - le personnage de Makovski, alias Mako, imaginé par Laurent Guillaume, au détour d'un appel téléphonique. Et puis, les fidèles de Jacques-Olivier Bosco retrouveront ici Gosta, alias le Cramé. Dans un effet de miroir par rapport au roman éponyme (où, pour mémoire, le Cramé, truand et homme de principes, infiltre la police), c'est cette fois Lise Lartéguy, la lieutenante de police, qui va infiltrer la bande de truands corses du Cramé pour faire avancer son enquête. Au-delà, l'auteur s'offre ici l'occasion d'écrire quelques pages d'amour passionnées.

En parallèle, l'auteur continue d'explorer son personnage principal, de creuser sa personnalité torturée, de lui mettre un peu de pression aussi: il y a les affaires de famille, l'argent qui manque soudain pour simplement vivre, Camille qui finit à l'hôpital. Tout cela permet de mettre au jour la personnalité à multiples facettes, empreintes de souffrance aussi, de Lise Lartéguy. Celle-ci va bien plus loin que l'image de bastonneuse ingérable qu'elle renvoie au premier abord, et la rend particulièrement attachante.

A quand une suite?

Jacques-Olivier Bosco, Brutale, Paris, Robert Laffont, 2017. Complété par une playlist bien rock'n'roll

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