samedi 13 avril 2024
Entre la nuit et la mort, des poèmes encore
mercredi 8 mars 2023
Jean-Michel Maulpoix, du grand âge à la sérénité des neiges
Jean-Michel Maulpoix – L'humeur est à la mélancolie propre aux fins de vie dans le dernier recueil de proses poétiques de l'écrivain Jean-Michel Maulpoix, "Le jardin sous la neige". Cette mélancolie peut paraître sereine, presque résignée, ou interroger, et glisse mine de rien sur un bon nombre de sujets à méditer.
Et c'est subtil: l'auteur installe une ambiance hivernale qui va faire figure, par un glissement en douceur, de métaphore du grand âge. Dès lors, c'est un certain regard sur la vieillesse qui s'installe, avec son lot de mots de rejet et l'idée d'une beauté révolue, qui résonne avec les couleurs estompées, évoquées, de la saison froide. Les couleurs reviendront peut-être au moment de la mort, plus loin dans le recueil. Mais elles seront factices alors...
Personnifié dans la partie "Toiles d'araignée", le vieillissement confine précisément à la mort. Peu à peu, l'auteur, peut-être lucide, trace un parallèle entre l'œuvre poétique, le plus souvent destinée à devenir poussière, et le poète devenu âgé, lui-même destiné à devenir soit poussière, soit cendre – avec une adresse sur un ton soudain narquois en page 102. L'image de l'éphémère, parmi d'autres insectes morts, vient apporter sa couleur à ce questionnement sur la fin de la vie.
La musique des mots, en effet, évolue au fil des pages, avec toute la finesse que permet une ponctuation soignée – ah, la vigueur de ce "Jamais de la vie!" qui fait le titre d'une des neuf parties du recueil – et un choix de mots précis, tel ce "emprise" qui, généralement plutôt utilisé pour des humains que pour de la boue, suggère la poigne volontaire, presque animée, de cette dernière (p. 101).
Enfin, la partie "Rue des pleurs", où sont décrits les lieux du poète, entre en résonance avec un précédent recueil, "Rue des fleurs": il suffit d'une lettre pour que tout soit changé, et l'écrivain joue de cette particularité avec talent.
Quant à la neige, marqueur de la saison froide en début de recueil, elle devient en conclusion le linceul qui apaise. Ainsi s'achève un beau recueil, riche en résonances et en jeux de miroirs, qui fait voyager le lecteur jusqu'aux confins des enfers.
Jean-Michel Maulpoix, Le jardin sous la neige, Paris, Mercure de France, 2023.
Le site de Jean-Michel Maulpoix, celui des éditions Mercure de France.
lundi 14 février 2022
Jean-Michel Maulpoix, un bouquet de poèmes de toujours
Jean-Michel Maulpoix – L'écrivain français Jean-Michel Maulpoix revient en ce début d'année avec une nouvelle brassée de poèmes. Ceux-ci emplissent tout un recueil intitulé "Rue des fleurs". L'écriture va du dessin de lieux qui paraissent immédiatement familiers au lecteur jusqu'à des textes plus intimes.
Grâce à une utilisation rare de la ponctuation et au recours à des vers plutôt longs, une impression de sérénité se dégage des poèmes qui composent la première partie du recueil, "Banlieue pauvre". Ceux-ci ont l'apparence d'instantanés de lieux, saisis à la manière d'un photographe: pans de mur, promenades.
Pour caler l'ambiance, le poète se montre volontiers attentif aux couleurs, simplement dites par leur nom, sans nuance pour aller à l'essentiel: placer des éclats vifs dans son bouquet. Cette simplicité répond à celle des lieux décrits, fondamentaux, familiers: un centre aéré, un café, un hôpital. Plus tard, dans "En automne au fond du jardin", c'est la saison qui est dépeinte, toujours sur ce ton calme, écho à l'ambiance de repos d'un cimetière par exemple.
Resserrant la focale, c'est sur des textes plus personnels, intimes, que l'auteur avance dans son recueil, avec toute une partie intitulée "Dans le silence de la chambre". Celle du poète lui-même? La première personne du singulier s'invite dans les textes, les vers deviennent plus joueurs, plus longs, plus souvent ponctués; ils finissent par ressembler à des parties de proses poétiques, suggérant les riches méandres de la vie intérieure.
Et ce sont sur des évocations florales que se termine le recueil – qui mérite dès lors pleinement son titre de "Rue des fleurs". Rue de banlieue colorée et désertée ou "très petite rue qui va de la chambre à la ville", cette artère est aussi celle de la poésie offerte en gerbe florale, en "florilège", rêvée comme un moment de calme prégnant, l'espace d'une après-midi où l'on veut repenser à ces choses de toujours.
Jean-Michel Maulpoix, Rue des fleurs, Paris, Mercure de France, 2022.
Le site de Jean-Michel Maulpoix, celui des éditions Mercure de France.
vendredi 14 février 2020
Poésie autour d'un père parti

mercredi 22 février 2017
Proses poétiques de Jean-Michel Maulpoix pour des parents disparus
Le site de l'auteur, le site de l'éditeur - merci pour l'envoi.
Les parents sont décédés, commence le deuil, la vie après eux. Avec "L'Hirondelle rouge", Jean-Michel Maulpoix invite le lecteur à un ouvrage court constitué de proses poétiques autour du vide laissé par le départ des êtres chers pour un monde qu'on dit meilleur.
Tels des flashes, les textes recueillis sont courts et se concentrent sur des éclats de vie, des ressentis succinctement dépeints. L'introspection y a sa part, certes. Et aussi le regard, pudique, sur les parents déclinants.
Mais l'auteur a aussi l'habileté de donner sans cesse à voir des éléments concrets, ou évocateurs d'une vie de famille: le jambon à l'os avec le brie et le vin rouge pour commencer, la neige en novembre, et même des souvenirs concrets qui reviennent en pagaille, comme sortant d'une corne d'abondance, ou les objets qui, au coeur d'un poème, évoquent des souvenirs. Ce faisant, il ouvre au lecteur la porte de sa propre intimité.
Parlant constamment par images, le poète stimule l'imagination. Cela, d'autant plus qu'elles sonnent juste et ne sont jamais sophistiquées. Il y a par exemple ce vélo qui prend de la vitesse en descendant une côte sans qu'on ne le freine, rendant l'impression du temps qui passe de plus en plus vite.
Et les ressentis font la place au retour à la création, au poète qui s'interroge sur sa manière d'écrire après le deuil. Elle ne sera plus pareille. Cela va jusqu'à la remise en question de l'art: "Je sais qu'il faudrait à présent ne plus écrire." - sans omettre une réflexion sur le rôle essentiel du poète en général.
Enfin, tout s'achève sur l'image de cette hirondelle rouge, empruntée à Joan Miró, trait d'union avec l'au-delà et possibilité d'un lien qui permet à nouveau l'art: "Pareils à ces pas d'hirondelles, l'amour et la pensée ne laissent pas de traces, et pourtant ils vont selon la chair leur chemin, cherchant ce qui peut être sauvé...".
"L'Hirondelle rouge" est de ces livres aux airs courts, qu'on prendra cependant le temps de savourer parce qu'ils résonnent longuement: l'écriture y est dense et imagée, au service d'un thème universel, traité de manière concrète à travers la véritable individualité du poète.



