vendredi 16 février 2018

"IntempOralité", une belle brassée de poèmes sur les thèmes de toujours

Intemporalite-recto
Catherine Gaillard-Sarron – Parler en séquences rythmées, brèves et intenses, du temps qui passe, de l'âge, des choses de la vie, de l'amour, n'est-ce pas l'une des vocations de la poésie? L'écrivaine Catherine Gaillard-Sarron s'est lancée dans ces sujets avec "IntempOralité", son tout dernier recueil de poésies. La musique de ces poèmes est belle et sereine comme un soleil couchant.

"IntempOralité": oui, dans le mot "intemporalité", il y a "oralité". C'est quelque chose que tout le monde peut constater, avec un peu d'attention – mais est-on toujours attentif? Cette particularité, la poétesse a choisi de la mettre au jour. Ainsi, le titre donne tout son sens au recueil: la poésie est un art oral, et l'auteure invite le lecteur à lire ses poèmes à haute voix. Et ceux-ci, en abordant des thèmes de toujours, constituent autant de tentatives de dépasser le caractère forcément fini, mortel, de l'être humain. Et justement: vaincre la mort, la transcender, est l'une des vocations de l'art.

Les poèmes du recueil "IntempOralité" sont réunis de manière thématique et abordent, nous l'avons dit, des sujets classiques, reflets de la finitude de l'homme. La poétesse s'inscrit cependant dans une tradition qui la transcende, celle des poètes d'hier et d'aujourd'hui: d'emblée, son poème "La Faille", qui ouvre le recueil, fait immanquablement manquer au "Dormeur du Val" d'Arthur Rimbaud. Un Rimbaud qui serait devenu sage, cependant: tout commence sur un rythme semblable au célèbre poème, mais tout s'achève non pas sur la mort, mais sur le rayonnement de la vie: "La faille d'où jaillit ma lumière intérieure..." Le choix de l'auteure de citer en exergue les grands poètes d'hier constitue une autre manière de s'inscrire humblement dans une tradition qui dépasse une seule vie humaine.

Plus précisément, l'auteure évoque dans ses poèmes les petites choses qui font la vie. Ce sont des arbres, et l'on voudrait être comme eux ("Je voudrais être un arbre..."), des lieux connus comme Fougères (France) ou Chamblon (Suisse) où souffle le joran. Il y a aussi les pierres, les odeurs de sous-bois, les fraises des bois même ("Dame Fraise"). Autant de choses fragiles auxquelles la poésie de l'auteure donne un supplément d'âme, par son simple et beau regard humain. En contrepoint, l'auteure reconnaît par ailleurs la possibilité d'une transcendance, d'un dieu nommé par périphrases. 

Privilégiant le plus souvent des structures à quatre temps (en particulier les quatrains), l'auteure installe au fil des poèmes un rythme coutumier et lui aussi serein. Une impression de sérénité renforcée par l'usage modéré de la ponctuation. Dès lors, les poèmes qui s'écartent de ce schéma, tels "Trans-déshumanisation", construit en tercets de vers impairs, se détachent de l'ensemble, attirant l'attention du lecteur. Cela, de même que les points d'exclamation qui émaillent, fort justement, "Elan vital". Reste que l'auteure choisit de conserver une certaine souplesse dans sa versification, globalement sans compromettre leur musique. 

Le recueil de poésies "IntempOralité" invite donc le lectorat à se baigner dans un univers serein, fait de toutes ces choses dont on parle depuis toujours en littérature, qu'on sait fugaces et qu'on voudrait immortelles. L'art de la poétesse y contribue, au fil de soixante-dix poèmes. Pourquoi ne pas s'y plonger?

Catherine Gaillard-Sarron, IntempOralité, Chamblon, Catherine Gaillard-Sarron, 2017.

Le site de Catherine Gaillard-Sarron. Merci à elle pour l'envoi!

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Allez-y, lâchez-vous!