Serge Joncour – "L'Idole", c'est l'histoire de Georges Frangin, un homme célèbre. Problème: il ne sait pas pourquoi. Pourtant, dans la rue, tout le monde salue ce Georges Frangin, narrateur d'un roman à la fois cocasse et kafkaïen. Et si absurde qu'elle soit, cette situation est maintenue jusqu'au bout: personne ne saura, pas même Georges Frangin, la raison de la célébrité du bonhomme.
"L'Idole" fonctionne dès lors comme un roman bifide qui trouve son équilibre entre le discours introspectif de Georges Frangin, anonyme très moyen, et les situations inattendues, volontiers cocasses, que lui fait vivre sa situation de célébrité soudaine. L'humour de situation est ainsi porté par des dialogues étudiés pour être savamment creux et cultiver le malentendu.
Anonyme très moyen? Oui, Georges Frangin est obsédé depuis sa plus tendre enfance par l'injonction, parentale ou autre, de ne pas se faire remarquer. Le lecteur découvre donc un homme qui a vécu une scolarité médiocre et peu dégourdie (il n'a pas son bac), dont le principal titre de gloire aura peut-être été d'avoir été le premier Français à avoir vomi son Big Mac, le jour même de l'ouverture du premier MacDo de France. Pour couronner le tout, le Georges Frangin adulte, chômeur de son état, vivote de missions d'intérim. Pas de quoi nourrir une gloire éternelle, tout ça...
Psychologue, l'auteur fait passer son personnage par tous les stades du cycle du changement: déni et révolte, chaos, adaptation progressive, satisfaction face à la nouvelle situation... qui disparaîtra au moment des adieux. Face à Georges Frangin, il constitue une belle brochette de personnages plus ou moins hauts en couleur et révèle le côté intéressé des personnes qui cherchent à bénéficier, ne serait-ce qu'un peu, de la lumière qu'attirent les célébrités sur elles. Le lecteur se souvient en particulier du directeur d'une chaîne de télévision majeure, qui passe ses journées de travail dans une limousine qui lui sert de bureau ambulant.
