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lundi 15 septembre 2025

De la lumière avant toute chose

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Louis de Saussure – Dans le troisième volume de sa trilogie "Trois voyages à Potamia", intitulé "On voit enfin le jour", le romancier Louis de Saussure résout les derniers secrets distillés dans les deux premiers volumes: "On parle d'abord du vent" et "Ensuite on raconte ceux qu'on aime". Le plaisir de ce troisième voyage dans les îles grecques avec l'écrivain suisse réside dans les retrouvailles avec une écriture soignée et soucieuse du beau verbe. Cela, pour une plongée dans l'histoire récente, méconnue, de la Grèce, sous le délicieux prétexte de raconter des histoires, encore.

Le lecteur de "On voit enfin le jour" revient à Naxos – un lecteur qui pourrait être le personnage principal du récit puisque, une fois de plus, l'écrivain le prend à partie en le tutoyant, comme pour renforcer un sentiment d'immersion dans le récit. Il y a de l'amour et de la tendresse dans ce troisième voyage, puisque le personnage au cœur de l'intrigue revient aux îles grecques avec sa compagne Célia, rencontrée dans le cadre de ses études à Rome.

L'écrivain sait explorer une veine épique en relatant des hauts faits de résistance, en particulier autour du sacrifice de 125 insulaires de Paros, exigé en représailles par l'occupant allemand qui a pris la place des Italiens en 1943. Face à Naxos, cœur de l'intrigue, Paros fait figure de rivale qu'on dénigre parfois; la narration de l'histoire de Nicolas Stellas puis de Georg von Merenburg, nazi peu convaincu placé face à un choix cornélien.

L'auteur le rappelle, la Seconde guerre mondiale a laissé des traces qui se maintiennent bien au-delà de la fin du conflit. Pour donner un tour concret à ces traces, l'auteur recourt avec justesse au fait original du débat qu'a pu créer, en Grèce, l'irruption de la tradition du sapin de Noël, importé d'Allemagne donc à rejeter selon certains, alors qu'en Grèce orthodoxe et tournée vers la mer, ce sont plutôt des bateaux qu'on orne pour la Nativité. Puis il y aura l'évocation, brève, du régime des Colonels...

... et le temps du pardon, celui où l'on retrouve aussi cette photo énigmatique, présente dès le début de la trilogie, de deux tombes, l'une chrétienne, l'autre musulmane. Enfin, c'est en amoureux que le personnage principal et Célia quitteront les îles grecques. Et pour conclure sa trilogie, l'auteur sait donner les violons: la vie et l'amour peuvent enfin commencer.

Louis de Saussure, Trois voyages à Potamia – tome 3: On voit enfin le jour, Lausanne, Romann, 2025.

Le site des éditions Romann.


mardi 13 mai 2025

Potamia, deuxième voyage avec Louis de Saussure

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Louis de Saussure – On se souvient du premier tome de la trilogie des "Trois voyages à Potamia", "On parle d'abord du vent", paru en fin d'année dernière. En ouvrant son deuxième volume, "Ensuite on raconte ceux qu'on aime", le lecteur de cette série d'ouvrages signée Louis de Saussure se retrouve en terrain connu, tant au point de vue du style qu'en ce qui concerne l'univers et les personnages décrits. 

A la façon d'un adieu au premier tome, le motif du vent fait ainsi une dernière apparition dans "Ensuite on raconte ceux qu'on aime", avec l'idée que les hommes, contrairement aux femmes, ne craignent pas le vent et se font même fort de le dompter: c'est l'art des navigateurs. 

Mais le temps avance: "Ensuite on raconte ceux qu'on aime" relate le deuxième voyage de Yannis à Potamia, village sis sur l'île de Naxos, à l'occasion du quarantième jour suivant le décès de sa mère, Agapi. Cette image du temps qui avance est suggérée par l'évolution de la qualité de sa mesure: alors que l'ancien prêtre de l'île tenait à sonner les heures lui-même quitte à ne pas être très régulier, le nouveau prêtre a fait installer un système de sonnerie automatique.

Ces deux systèmes de mesure du temps symbolisent du reste aussi, dans ce roman, une Grèce tendue entre l'histoire et l'actualité, entre le temps de la débrouille approximative mais créative et celui des standards tous azimuts voulus par des autorités venues d'ailleurs. On pense à Bruxelles, bien sûr, mais au long du roman, d'autres occupants, plus anciens mais pas forcément plus amènes, sont passés par là et ont pu vouloir imposer leur mode de vie.

L'auteur, en effet, continue à creuser la destinée de la famille de Yannis, qui s'inscrit dans l'histoire longue. Il y aura ainsi quelques nazis et des héros pour les narguer, quitte à le payer de leur vie, mais aussi des ottomans, et des peuples séparés de force: à chacun sa place, sous des prétextes ethniques ou religieux. C'est dans ces contextes délicats, conflictuels, que se dessinent les histoires d'amour qui naissent au fil des pages.

Il convient enfin de relever que c'est aussi par l'écriture que "Ensuite on raconte ceux qu'on aime" s'inscrit dans la continuité du premier tome de la trilogie. Cette écriture soignée, marquée par un je-ne-sais-quoi qui n'appartient qu'à elle, sait séduire le lecteur amoureux de belle ouvrage. Celle-ci est mise au service de la narration de la vie d'une île qui vit à son rythme, intemporelle, depuis toujours.

Louis de Saussure, Trois voyages à Potamia, Lausanne, Les Editions Romann, 2025.

Le site des éditions Romann.

Egalement lu par Francis Richard.

vendredi 13 décembre 2024

Louis de Saussure, vers une trilogie dans la Grèce d'aujourd'hui

Louis de Saussure – C'est une saga romanesque portant sur plus d'un siècle, creusant l'histoire complexe de la Grèce moderne, que l'écrivain promet avec ses "Trois voyages à Potamia". Intitulé "On parle d'abord du vent", son premier volume vient de paraître aux éditions Romann. Après un prologue énigmatique, il lance deux récits parallèles, constitutifs des pôles du livre et, gageons-le, de la trilogie à venir. L'un se déroule au tournant du vingtième siècle, l'autre à cette époque qui est la nôtre et qui suit la "crise grecque".

D'un côté, nous avons donc un étudiant grec installé à Rome qui revient au pays pour assister aux funérailles de sa mère. Quelques discussions font surface, des secrets peut-être. Faisant le pari d'une écriture travaillée, l'auteur se fait observateur des gestes et des humeurs des uns et des autres, réunis pour un moment familial important. Autour de la famille, il y a aussi les gens du village, des insulaires qui se connaissent tous, et un oncle venu de Bruxelles où il est fonctionnaire.

De l'autre, l'écrivain travaille une veine épique et aventureuse en décrivant le destin d'Aristote, jeune berger qui a choisi la liberté après avoir vengé deux de ses animaux sauvagement tués. On le retrouve en Turquie, ce qui permet à l'auteur de décrire, à l'exemple de son personnage, les relations complexes, souvent orageuses, qui prévalent entre la Grèce et ce qui était alors encore l'empire ottoman. Devenu intendant, marié à une femme qui sait osciller entre les identités turque et grecque, Aristote paraît appelé à avoir un destin particulier dans la trilogie. 

Les deux récits amorcent leur rapprochement dans "On parle d'abord du vent" par le biais d'une brève confession de la part d'Aristote. Leur jointure sera plus franche, c'est à prévoir, dans les deux tomes à venir. Pour prendre date et fidéliser son lectorat, le romancier opte pour un beau style très écrit, empreint d'un certain lyrisme. Autour de quelques destins personnels, voilà qu'un univers s'installe! Et comme l'auteur l'interpelle généreusement en le tutoyant comme s'il était dans l'histoire, le lecteur se sent concerné. Attendons la suite...

Louis de Saussure, Trois voyages à Potamia - tome 1: On parle d'abord du vent, Montreux, Romann, 2024.

Le site des éditions Romann.

Il l'a aussi lu: Francis Richard.