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lundi 24 juillet 2023

Une semaine et un bouton pour changer la vie

Leslie Héliade – Certains destins peuvent basculer en peu de jours, à peine une semaine. Celui d'Anna est de ceux-ci. La romancière Leslie Héliade le relate dans "Le Bouton d'Anna". Et de même que tout se joue rapidement dans ce roman, l'écriture s'avère alerte et efficace. 

Tout commence pourtant avec un bouton de fièvre sur la lèvre... il ne sera certes guère question de boutons de rose dans ce roman, contrairement à ce que suggère sa couverture. Mais force est de relever que d'un motif pas très appétissant a priori, l'auteure réussit à tirer un moteur performant pour son roman. 

Cela, en retenant Anna d'embrasser à sa guise et en relatant avec justesse les états d'âme qu'une telle blessure peut susciter, surtout au moment où la boutique de vêtements chics qui emploie Anna vit une journée clé d'un point de vue commercial. Voilà qui ouvre des portes sur le stress lié au travail et à sa somatisation! Enfin, alors que le lecteur a cru que le problème a fini par s'effacer, le voilà qui revient de manière inattendue...

Mais voyons d'un peu plus près ce que charrie l'intrigue du roman "Le Bouton d'Anna". Il sera question du monde du travail, avec quelques drames qui sont autant de portes ouvertes: Anna se fait licencier sans motif sérieux de son emploi de vendeuse dans une boutique d'habits chics. Or, Anna rêve de monter sa propre boutique, mais une offre intéressante lui parvient de son ancien employeur. Que choisir? Une question que le lecteur s'est peut-être posée, et qu'il est amené à se poser pour Anna: lui faut-il poursuivre son rêve ou suivre une voie réaliste et sûre? Anna s'avère attachante, l'empathie fonctionne.

Enfin, comme nul n'est une île, la romancière n'oublie pas l'entourage d'Anna. François joue le rôle classique du meilleur ami, celui qui permet qu'on se blottisse dans ses bras sans penser à aller plus loin. Il y a le beau Mathieu aussi, qui a vu Anna dans une séquence d'ivresse qui pourrait aussi être perçue comme un moment d'authenticité, fût-elle débordante, loin du rôle joué dans le métier de la vente. Enfin, la famille d'Anna prend une place important dans "Le Bouton d'Anna", entre soutien financier et mise au jour de plus d'un secret de famille. Peut-on rabibocher une famille comme on reprise un vêtement déchiré? Anna s'y essaie...

"Le Bouton d'Anna" est un court roman solidement construit, fondé sur des ressentis simples que chacune et chacun peut comprendre. Il emprunte au feel-good pour dire l'envie de devenir une meilleure version de soi-même et à certains traits de la littérature blanche lorsqu'il s'agit d'éclairer, de façon franche mais sans pesanteur, les zones sombres de tel ou tel personnage. Porté par un style sans afféterie, ce livre s'apprécie et laisse le goût agréable typique des belles histoires telles qu'il peut s'en produire à Paris.

Leslie Héliade, Le Bouton d'Anna, éd. Leslie Heliade, 2013.

Le site de Leslie Héliade.

jeudi 22 juin 2017

Des portes entre le monde réel et l'univers du jeu, avec Leslie Héliade

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Lu par Laetitia.

Le site de l'écrivaine - merci pour l'envoi d'un exemplaire!

C'est au restaurant que tout commence, et au casino que tout... s'achève, ou pourrait recommencer. Cela se ressemble-t-il? Voire! Leslie Héliade propose avec "La Clé d'Oriane" un roman fantastique aux discrets accents de romance, entre l'univers virtuel des jeux vidéo et le contexte bien réel de la ville de Paris.

Si ce roman, troisième opus de l'écrivaine, est écrit à la troisième personne, c'est bien en compagnie d'Oriane que le lecteur se trouve. Un personnage qu'il faut apprivoiser: cette dessinatrice de bandes dessinées au look gothique de 26 ans apparaît déprimée, éprouvée par une rupture sentimentale, et un brin immature à force de se réfugier dans le monde des jeux de rôle: l'appétence démesurée pour la préparation d'un mariage d'elfes n'est-elle pas une manière de fuir un réel trop exigeant, ou du moins de le vivre par procuration? De même, on la découvre quasi dépendante aux jeux vidéo où l'on se construit un personnage, à telle enseigne que l'aubergiste qu'elle y croise doit à plusieurs reprises lui dire de revenir au monde réel. Un peu comme il inviterait un client alcoolique à rentrer chez lui.

Deux mondes? Au début, le lecteur découvre deux paysages bien distincts. Le monde du jeu vidéo futuriste Ultimaland 15, élément clé de ce roman, est rendu avec un réalisme qui parlera certainement aux amateurs. Mais pour le grand public, c'est lorsque ces deux univers a priori distincts se mêlent et se révèlent poreux, soit au chapitre 5, que cela devient vraiment captivant. Surprise, en effet: l'histoire décolle lorsqu'un avatar de ce jeu vidéo s'égare à Paris et sollicite l'aide d'Oriane pour que tout rentre dans l'ordre. Cet avatar, c'est Serrure. Et bien sûr, le lecteur va se demander si Oriane a la clé...

Soudain, l'on découvre une Oriane de plus en plus motivée par la mission qui lui tombe dessus. Une Oriane menteuse aussi, prête à tout pour avancer. Le personnage de Serrure est intéressant aussi: invisible à tous sauf à Oriane, il représente l'entrée dans le monde fantastique. Personnage de jeux vidéo, il pense en conséquence, indiquant ses scores et performances chiffrés et s'étonnant qu'à Paris, il n'y ait pas ces solutions miracles qui, parfois, font avancer un jeu de rôle à pas de géant. Pour ne rien gâcher, il est volontiers narquois, ce qui le rend attachant.

Entre les deux, semble se dessiner une romance impossible, bloquée par des choses plus urgentes... et surtout par le caractère mensonger des deux personnages: une Oriane qui n'assume pas complètement et un Serrure qui n'est qu'un personnage avantageux créé par un être humain tout ce qu'il y a de plus normal, susceptible de décevoir. Symbole de cette impossibilité, et en dépit d'une certaine attirance réciproque, aucun baiser ne sera effectivement échangé entre Oriane et Serrure...

En ouvrant les portes entre les mondes réel et virtuel, l'écrivaine interroge chaque lecteur, mine de rien, sur son rapport au réel. Elle accroît la tension de son récit en convoquant régulièrement le regard des autres sur Oriane, soupçonnée d'être folle. Cela, sans oublier les nombreux obstacles qui se dressent sur la voie d'un retour à l'ordre normal. Enfin, porté par une écriture fluide, "La Clé d'Oriane" constitue une lecture plaisante et sage qui revisite le genre fantastique tel qu'il pourrait être au vingt et unième siècle.

Leslie Héliade, La Clé d'Oriane, roman auto-édité, 2017.