dimanche 30 août 2026

Un bistrot, un quartier, des femmes et des hommes

Marie-Claude Cotting et Jean Steinauer – L'une partage ses souvenirs, l'autre tient la plume: Jean Steinauer relate dans "Café des Chemins de fer" la destinée d'un restaurant qui a su marquer son époque et sa ville de Fribourg, Marie-Claude Cotting jouant le rôle de mémoire des lieux et d'une famille qui a su tenir la boutique sur plusieurs générations. Ce "Café des Chemins de fer", l'intelligence artificielle de Google le connaît et le qualifie de "légendaire". C'est peu dire...

Les auteurs dessinent la géographie et l'histoire du quartier fribourgeois de Pérolles. Tout commence avec la représentation d'un petit monde ouvrier et populeux, auquel viennent s'ajouter les Italiens, mais aussi les Américains. Force est de relever que l'observation des lieux se révèle précise pour le lecteur, jusque dans l'anecdote: le lecteur trouvera dans les pages de "Café des Chemins de fer" le profil des horsains, Français issus d'une école proche ou étudiants universitaires américains, mais aussi d'une forme de population fribourgeoise de moins en moins ouvrière et agricole au fil des ans. Le quartier suit, et l'ouvrage rappelle la désindustrialisation du quartier de Pérolles.

Mais ce n'est pas là que se trouve le cœur de "Café des Chemins de fer". L'auteur, dûment informé, rappelle que ce café, sujet essentiel du livre, est avant tout une aventure humaine et familiale. Marie-Claude Cotting et Jean Steinauer font revivre cette aventure, décrite avec force détails. On découvre ainsi les "Mimis", filles du patron (Marie-Claude en est), peu à peu intégrées aux affaires d'un café qui ne connaît guère de relâches, ou Marcel, vu comme un patriarche à la langue bien pendue, qui pratique la turbosieste à la manière des "petits sommes" de Napoléon. 

Ce court ouvrage tire son importance patrimoniale de l'observation de quelques humains, clients en particulier. Les anecdotes livrées sont du reste savoureuses, qu'il s'agisse de carnavals qu'il faut gérer ou des avanies d'un éléphanteau du cirque Knie, venu avec ses maîtres au Café des Chemins de fer sur la base de la recommandation d'un prêtre finement observateur, Claude Cotting, actif en Afrique au milieu du vingtième siècle. Des anecdotes, il en naît aussi autour de la table dite des "menteurs", où s'assied plus d'un hâbleur.

Telle l'ambiance, l'écriture se révèle volontiers amusée. Le lecteur sourit aux anecdotes de bistrot racontées, où le réel et l'imaginaire ont entre eux une frontière poreuse. Il se reconnaît dans ce qui touche à sa manière de façonner le monde – on se souvient du "Grabe", friche du plateau de Pérolles, où plus d'un gamin de Fribourg a appris le métier d'humain, et on se plaît à souvenir que la manière qu'ont les enfants d'improviser un terrain de football est un peu la même qu'en d'autre lieux dans le Fribourg que dessinent Marie-Claude Cotting et Jean Steinauer. Enfin, il sera question des entreprises installées sur le plateau de Pérolles, défuntes ou non.

A quelques nuances près, la musique littéraire de "Café des Chemins de fer" répond à la légitime aspiration de faire revivre le souvenir de bistrots aujourd'hui disparus sans être remplacés – dans cet esprit, on pense à l'enquête de Laurent Bihl, Une histoire populaire des bistrots. En faisant revivre dans un langage populaire et sans affèterie le "Café des chemins de fer", Marie-Claude Cotting et Jean Steinauer se concentrent sur un établissement populaire, ferment de mixité sociale, pour donner à voir tout un pan d'histoire locale, avec ses acteurs et ses réalisations, ses joies et ses contraintes.

Marie-Claude Cotting et Jean Steinauer, Café des Chemins de fer, Orbe, Bernard Campiche éditeur, 2020.

Le site des éditions Campiche.

1 commentaire:

  1. Je ne connais pas ce café légendaire mais il semble y avoir une douce aura presque nostalgique dans ce roman.

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