lundi 6 mars 2017

L'agréable lenteur des notules de Bertrand Baumann

Baumann EcritLu par Francis Richard

"Ecrit dans le vent" est le premier livre de Bertrand Baumann, écrivain suisse natif de Bienne et vivant aujourd'hui dans le canton de Fribourg. Publiée en 2013, cette entrée en écriture prend la forme d'un généreux recueil de réflexions plus ou moins brèves, jamais plus longues qu'une page. Elles sont un peu trop développées pour être des aphorismes, trop courtes être des essais à la Montaigne, même si l'esprit y est parfois: l'auteur les surnomme ses "notules". Des notules rédigées au fil des jours sur des bouts de billet, captant le quotidien et les réflexions d'un jeune retraité romand ouvert sur le monde.

Les premières parties de ce livre original, en particulier, dessinent une philosophie de la vie, marquée par un certain détachement et empreinte de modestie. Se dessinent la sensibilité envers les enfants et les animaux, le rapport à la transcendance, les insomnie propices à la réflexion, le rapport à la lecture puis à l'écriture: l'auteur a toujours été persuadé qu'il écrirait un jour, à condition qu'il ait "quelque chose à dire". Ce quelque chose, c'est en lui-même qu'il l'a finalement trouvé. La question de l'âge est présente aussi, que ce soit pour des questions tout à fait concrètes (que faire de ses livres?) ou plus tournées vers la réflexion, voire la spiritualité.

Il est aussi question du rapport à la lecture puis à l'écriture: l'auteur a toujours été persuadé qu'il écrirait un jour, à condition qu'il ait "quelque chose à dire". Ce quelque chose, c'est en lui-même qu'il l'a trouvé. Côté lectures, il est permis de penser à Robert Walser, écrivain biennois régulièrement mentionné par l'écrivain. Celui-ci cite aussi Anatole France, François-René de Chateaubriand, ou - avec une pointe de déception - Marcel Proust. Il sera aussi question des auteurs que Bertrand Baumann enregistre pour la Bibliothèque sonore romande. On découvre au fil des pages un retraité actif, et aussi un bénévole convaincu.

On partage par ailleurs la tendresse que l'auteur porte envers ses chats, en particulier le plus jeune d'entre eux, Ploum-Ploum, qui donne son nom au titre du dernier chapitre du livre - comme s'il fallait terminer celui-ci en faisant place à la jeunesse, à celui qui, sans doute, survivra.

Enfin, l'écrivain évoque ses grands voyages, effectués récemment: une villégiature au Burkina-Faso pour le mariage de sa fille, une expédition en Argentine, une période en Arménie pour y donner des cours de français. On se dit alors que les voyages sont formateurs à tout âge: l'auteur se concentre sur ce que ces tours lui ont apporté en termes d'enrichissement culturel, d'ouverture d'esprit, de contacts humains. Cela, avec une capacité permanente de s'émerveiller, face à des choses parfois aussi concrètes que l'art de traverser une route à Erevan...

Ecrites avec simplicité, ces notules mises bout à bout ont une agréable lenteur, celle de l'auteur qui partage un peu de sa vie et de son âme en prenant son temps et en s'offrant le luxe de l'errance et, quelquefois, de la redite. Elles donnent à voir un homme qui voit venir la vie comme elle vient, assume ses bonheurs et ce qu'il aime moins avec équanimité. Cela, en s'efforçant d'alléger son être afin d'être prêt à s'éteindre l'esprit serein.

Bertrand Baumann, Ecrit dans le vent, Vevey, L'Aire, 2013.

Bertrand Baumann donnera une soirée de lecture poétique le jeudi 16 mars 2017 à 20h30 à l'Espace Phénix de Fribourg. Sabine Dormond, également écrivaine, l'accompagnera ce soir-là à la guitare. Organisation par la Société fribourgeoise des écrivains.

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