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mardi 17 avril 2018

Le petit décalogue de l'amour vrai et fort

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Suzanne Marty – Dix commandements pour le parfait amour? Chiche! C'est ce que promet "Amour: les 10 commandements!", petit livre (une heure de lecture) signé de l'écrivaine Suzanne Marty, auteure également du joli roman "La rousse qui croyait au Père Noël". Dix commandements, alors? Il est permis de penser au Décalogue, et l'auteure, allusive, mentionne cette auguste ascendance en passant: "Si je me limite à dix commandements, ce n'est pas seulement pour plagier un des plus grands best-sellers de tous les temps (...)". Mais il n'y a rien de biblique dans ce nouvel opus de l'écrivaine, placé avant tout sous le signe païen de Cupidon et de ses flèches.

Alors oui, "Amour: les 10 commandements!" s'adresse avant tout aux femmes, et l'avant-propos le confirme. C'est du moins ce qu'il paraît! Mais au fil des pages, l'auteure tient compte, à des degrés divers, de l'homme qui lira ces pages et qui se sentirait interpellé. En tant que lecteur homme, on apprécie par exemple que la question de la violence entre conjoints ne soit pas vue sous l'angle convenu de la femme perpétuelle victime (commandement 8: la violence tu ne toléreras pas). Et de façon plus formelle, les accords tanguants des participes passés suggèrent que l'auteure a en vue tantôt des lectrices, tantôt des lecteurs... tantôt les deux.

D'ailleurs, sont-ce des commandements que l'auteure évoque? Même s'ils sont assortis d'un impérieux point d'exclamation dans le titre du livre, il est permis de les voir plutôt comme des mises en garde adressées aux personnes, hommes comme femmes, désireuses de réussir une histoire d'amour – et d'en éviter les "pièges", dès le départ: éléments toxiques, relations à trois problématiques, etc. Tel est le message principal du dixième commandement, qui indique les limites de ces commandements et les présente, en fin de livre, comme "une manière d'éviter à chacun de perdre son temps et son énergie dans des histoires plus foireuses les unes que les autres". Cela dit, libre à chacun d'essayer! Ces commandements n'ont donc rien de divin ni d'absolu, mais résultent plutôt de l'expérience personnelle de l'auteure. Une auteure qui n'hésite pas à faire usage du "je", ni à faire part, d'une manière qui dit beaucoup, tout en restant discrète, de sa propre expérience.

Faire part de sa propre expérience, sans se poser en donneuse de leçons: voilà l'élément fort de ce court bréviaire (après le Décalogue, j'ose, hein!) du Grand Amour, l'absolu, le vrai, le fort, celui qui ne s'embarrasse pas de compromis et mérite plein de majuscules. Cette base personnelle, l'auteure la théorise et la restitue dans le style pétillant qu'on aime trouver dans des billets de blogs – qui sont d'ailleurs la source du livre. Cette écriture pétillante, souriante, peut aussi être vue comme une prise de distance face à ces commandements qu'on croirait claironnés dans un mégaphone: en définitive, ils sont surtout une invitation à la réflexion.

On pourrait reprocher à ce petit livre d'avoir une approche exclusive, en ce sens qu'elle est pensée d'un point de vue hétérosexuel cisgenre. Reproche infondé: tout se fonde sur une base qui tient de l'absolu et constitue le premier commandement – ce qui n'est pas un hasard puisqu'il est applicable à toutes et à tous. De façon réductrice, il s'intitule "Ton cœur tu suivras"; mais ce qu'il dit, c'est que pour qu'un amour soit pérenne, il faut qu'en accord l'un avec l'autre, le cœur, l'esprit et les tripes tendent vers l'être peut-être aimé – peu importe son genre, en définitive. Ce qui correspond, en somme, aux trois dimensions de l'homme: celles du corps, de l'esprit et de l'âme – ou, dit à la manière de l'écrivaine, le microbiome, le cœur et la cervelle. Et à l'idéal d'une adhésion pleine et enthousiaste. Ou, comme le disent les Alémaniques qui recherchent l'âme sœur dans le journal gratuit "Blick am Abend": "Liebe ist, wenn alles stimmt". Et que l'Amour décide!

Suzanne Marty, Amour: les 10 commandements!, Paris, Sandrine Lemercier, 2017.

Le site de Suzanne Marty. Lu en partenariat avec simplement.pro. Merci à Suzanne Marty pour l'envoi!

vendredi 31 mars 2017

Suzanne Marty, le Père Noël sur la plage d'Indinonis

unnamedLu par Angeselphie, Au fil de l'imaginaireBrigitte Alouqua, ChristianDelphine RochetteGaby, Les tribulations d'une lectriceLittérature et français, LuluMademoiselle Maeve, MaliciaMes passions mes envies, PezReading Love Time, SevySissi, Vincent SauvageVu de mes lunettes,


Quoi de plus captivant que de découvrir une nouvelle plume? C'est par hasard que j'ai découvert l'appel à chroniques de l'écrivaine Suzanne Marty - et j'ai profité de cette opportunité pour faire la connaissance de son écriture. Merci donc à Suzanne Marty pour l'envoi et l'occasion donnée! "La rousse qui croyait au Père Noël" a d'ores et déjà trouvé son lectorat; quand à moi, je m'y suis plongé avec agrément, l'espace de quelques heures en fin de semaine.

"La rousse qui croyait au Père Noël", c'est Flamme, cette presque quadragénaire dont la vie est en pagaille. La narratrice ne s'en cache pas: elle explique ses problèmes, ses soucis et ses espoirs sur les premiers chapitres. Théories de vie, souvenirs, famille, tout y passe! Cela, sans oublier un élément clé: active dans le management, Flamme a choisi de tout plaquer pour devenir comédienne. Elle parle beaucoup d'elle dans ces premiers chapitres, à tel point qu'on aimerait voir agir enfin cette fille parfaitement disponible, qui a même l'élégance de ne pas boire d'alcool. Mais patience: tout démarre avec ses vacances dans un club de vacances balnéaire.

Envoyer un personnage de Paris vers un lieu totalement imaginaire dont le nom, Indinonis, évoque à la fois la Grèce et l'Indonésie, c'est l'expédier du réel vers le rêve, lui ouvrir une parenthèse dont le lecteur espère qu'elle sera exceptionnelle. Le rêve va prendre plusieurs formes pour Flamme: jouer un rôle sérieux devant un public consistant, trouver un homme après dix ans d'abstinence, passer du temps au soleil. Tout est annoncé assez vite; le lecteur se délectera donc à voir comment Flamme va atteindre ces buts.

En sa qualité de personnage principal du roman, Flamme est aussi la figure la plus étudiée. On découvre ainsi une personnalité qui aime parler d'elle, qui ne se met guère en avant (bien qu'elle soit comédienne) et aime observer avant d'agir. L'auteure indique aussi une situation de départ: Flamme n'est guère satisfaite de sa vie, une existence de comédienne qui cachetonne sans arriver à joindre les deux bouts. Ce que la romancière indique au travers de quelques éléments parlants, tels que les vêtements démodés. Le lecteur peut se demander, bien sûr, où Flamme a trouvé l'argent pour partir en vacances...

Le monde du camp de vacances est joliment représenté, avec ses inévitables rituels: balades, sports, animations telles que la danse du ventre. La romancière les évoque de manière classique, chronologiquement. Il aurait été possible d'aller plus loin dans la rigolade dans ce contexte: chacun a vu "Les Bronzés sur la plage", et certains ont lu aussi le roman "Maguy" de Marion Ciblat, et face à ces exemples, Indinonis paraît assez sage. Cela dit, la romancière sait exploiter quelques ressources: les conséquences d'un atelier de danse du ventre, prévoyant une représentation publique, deviennent un running gag bien amusant.

Et bien sûr, ça drague! Les figures masculines de "La rousse qui croyait au Père Noël" sont autant de types, aux allures un brin schématiques: Gabriel le bel animateur musclé, Bruno le quinquagénaire ivrogne, Camille l'homme parfait aux airs de chevalier. L'auteure aurait pu jouer davantage encore le jeu du "entre tous, mon coeur balance", en poursuivant aussi la dramatisation du personnage de Bruno: s'il se montre excessivement entreprenant un soir d'ivresse, on le voit tout doux quelques jours plus tard, sans qu'il n'inspire curieusement la moindre crainte. Dans la même idée, Camille paraît trop parfait, trop gentleman pour être honnête: son seul défaut est-il d'apprécier une vie bien réglée? Et Gabriel, n'est-il que trop jeune?

"La rousse qui croyait au Père Noël" est le premier tome d'une série, et il a le goût léger d'un amuse-bouche ou d'une petite friandise qui appelle la suite. S'il s'avère parfois un peu trop rapide dans l'intrigue, alors que plusieurs moments appellent le développement d'un humour de situation, ce premier roman offre quelques fort jolies trouvailles. Il est servi par une plume alerte qui ne recule pas devant le ton canaille. Le lecteur se délectera du jeu des répliques de Céline, qui file allègrement la métaphore du cheval pour parler des hommes. C'est crédible, et astucieux du point de vue littéraire! Comme quoi, quand les femmes parlent des hommes entre elles, elles ne sont pas toujours meilleures que lorsque les hommes parlent des femmes entre eux...

Suzanne Marty, La rousse qui croyait au Père Noël, Paris, Suzanne Marty, 2016.