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jeudi 31 juillet 2025

Marie Vareille, une carrière de basketteuse au panier... et après?

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Marie Vareille – Et si tous vos projets d'avenir s'écroulaient d'un coup, terrassés par un avis médical négatif? A travers le personnage de l'adolescente Léa, talentueuse basketteuse promise à une belle carrière, c'est cette question que la romancière Marie Vareille aborde dans "Le syndrome du spaghetti". 

Et c'est un riche roman que celui-ci: outre les choix que la vie propose ou contraint, il aborde des thématiques aussi diverses que l'éveil aux sentiments, l'envie d'appartenance quasi indissociable de l'adolescence, les frontières entre classes sociales, l'amitié et les rapports avec l'école comme avec les parents. Autant d'éléments typiques de l'adolescence, que la romancière cerne avec justesse. 

Et comme note de fond, nous aurons le syndrome de Marfan, une maladie méconnue, donc sous-diagnostiquée, qui constitue un obstacle quasi insurmontable au développement d'une carrière sportive dans le basketball. C'est à ce diagnostic que Léa est confrontée, peu après la mort prématurée de son père, mort d'une insuffisance cardiaque qui a éveillé quelque soupçons. Que doit-elle faire de ce diagnostic et de cette hérédité?

Sensible à la psychologie humaine, lorgnant donc vers le feel-good, "Le syndrome du spaghetti" est décliné en quatre phases plus une, conformément au cycle humain d'absorption du changement: choc, déni, colère, reconstruction, acceptation. Dans son évolution au fil du roman, le personnage de Léa colle parfaitement à ce cycle, bien connu dans le domaine du change management et porteur, la romancière l'a parfaitement compris et exploité, de remarquables tensions dramatiques.

Ainsi, Léa s'accroche à son ballon et à son basket, quitte à s'enfermer dans un monde de mensonges à la hauteur des espoirs d'une carrière sportive qui semblant toute tracée et qu'elle nomme "le Map": les médicaments vont à la poubelle, et malgré le préavis très négatif de son médecin, Léa joue en douce avec son ami Anthony, génie méconnu du basket qu "jouotte" dans une banlieue déshéritée près de Paris. 

Moins fléchée dans sa carrière, sa sœur, respectueuse des avis médicaux et psychologiques, fera plus rapidement son deuil; elle apparaît dès lors comme une forme de référence pour le lecteur, placé face à deux personnages, l'un obéissant, l'autre rebelle – cela peut paraître quelque peu schématique, tant il est vrai, et chacun peut ou pourra le constater à l'automne de sa vie, qu'aucun cycle de changement, a fortiori subi, ne vous laisse sans cicatrices plus ou moins purulentes.

La romancière entoure son personnage principal d'amis aux profils bien diversifiés, tout aussi attachants que Léa. A peine plus âgé que Léa, Anthony, rendu plus mûr par une existence qui ne l'a pas ménagé et par une envie de s'en sortir malgré une situation de départ difficile (mère dépassée, frère repris de justice), apparaît comme un grand frère pour Léa, qui l'utilise aussi comme une bouée. 

Quant à Amel, également avide d'émancipation, elle apparaît comme le cerveau du tandem avec ses résultats scolaires brillants. L'auteure laisse cependant une question irrésolue à son sujet: que lui est-il arrivé lors de ses vacances en Algérie? Amel refuse d'en parler à Léa, avec vigueur. Au lecteur d'imaginer: le meilleur ou le pire?

L'écriture du roman "Le syndrome du spaghetti" est alerte et vive, comme la jeunesse sait l'être. Entre action et introspection, cet ouvrage accessible à tous les âges se fonde sur les ressorts de la psychologie humaine, rigoureusement appliqués à l'exemple d'une poignée de personnages arrivés à l'âge des choix. Et le syndrome du spaghetti, c'est quoi alors? Pour faire simple, c'est une philosophie développée, assez en profondeur, par Léa autour de sa maladie. A vous de la découvrir!

Marie Vareille, Le syndrome du spaghetti, Pocket Jeunesse, 2024.

Le site de Marie Vareille, celui des éditions Pocket Jeunesse


lundi 22 août 2022

Marie Vareille, pour que la vie ait un peu plus de goût

Marie Vareille – Ce qui s'impose d'entrée de jeu dans le roman "Ma vie, mon ex et autres calamités" de Marie Vareille, c'est le thème réconfortant de la bouffe. Constamment, les personnages se montrent attentifs à ce qu'ils mangent, et l'on salive rien qu'à penser à la boutique de la mère de Chiara qui, tenant boutique à Paris, vend du bon jambon en provenance directe d'Italie. Cela, sans compter le tropisme culinaire de Juliette, licenciée d'une sorte de bullshit job aride et administratif à la suite d'une affaire foireuse (le lecteur s'offusque tout de suite, là...) de factures non conformes.

Mais prenons les choses dans l'ordre. Donc, Juliette est le moteur de "Ma vie, mon ex et autres calamités". Licenciée par son employeur, elle se fait de surcroît lâchement plaquer par Nicolas, cet étudiant en philosophie qu'elle soutient parce qu'il est, apparemment, l'homme de sa vie. Et voilà: en voulant récupérer ce Nicolas qui n'en a que pour Caroline (ça sonne un peu pareil, d'ailleurs – à l'envers, en secouant un peu, essayez!), Juliette va foncer aux Maldives, à sa poursuite. Et revisiter sa jeune vie d'un œil critique.

C'est là que le lecteur comprend qu'il est embarqué dans un roman feel-good qui illustre à merveille l'idée qu'à sa mesure, chacun doit sortir de sa zone de confort pour mieux s'accomplir et réaliser ses rêves. C'est un peu convenu comme philosophie, mais dès lors qu'il s'agit de la mettre en scène, force est de relever que l'écrivaine se révèle brillante en alternant l'ordinaire et l'exceptionnel. Sortir de sa zone de confort, en effet, c'est surmonter sa peur de l'avion (pour traquer l'ex jusqu'aux Maldives), aller au-delà du côté piquant d'un voyageur dans l'avion (Mark, diablement sexy et diablement corrosif) pour voir ce qu'il a dans le bide, surmonter la crainte du banquier (chômeuse, Juliette n'a pas un sou d'avance) et même nager avec des requins. 

Dès lors, le tour aux Maldives, touristique s'il en est, dans un genre finalement très ordinaire, prend pour Juliette les apparences d'un voyage initiatique qui va la remuer jusqu'au tréfonds. Le lecteur voit ce personnage évoluer, et se surprend bien entendu à se demander comment elle peut encore avoir envie de vivre avec Nicolas, un personnage falot qui se permet de la tromper – sa seule circonstance atténuante étant qu'il a tapé dans l'œil d'une grande amie d'enfance – alors qu'elle va jusqu'à financer sa thèse à la sueur de son front, mobilisée par la chimère d'un possible mariage.

Côté mec, le personnage de Mark apparaît rapidement, aux yeux du lecteur, comme le remplaçant goûtu de Nicolas dans les bras, le lit et l'état-civil de Juliette. Il y a quelque chose de Rhett Butler dans ce personnage assertif, entrepreneur financièrement et symboliquement à l'aise, capable de mettre gentiment quelques claques morales à une Juliette qui, en tout cas en début de roman, paraît plutôt prompte à courir après le rêve fadasse d'une vie sans surprise avec son thésard qui la trompe avec sa clique de barbus qui se piquent de penser.

Et la bonne bouffe, alors? C'est elle qui dénoue "Ma vie, mon ex et autres calamités" car c'est grâce à elle que Juliette va réaliser son rêve inavoué, qui se confond avec un métier porteur de sens: nourrir son monde et lui faire plaisir. Les personnages secondaires finiront aussi par trouver leur voie, en particulier Chiara, la séductrice italienne (et la meilleure amie de Juliette, un rôle révélateur indispensable) qui finit dans les bras d'un gynécologue aux complets gris qu'elle aime passionnément. 

Pour ne rien gâcher, "Ma vie, mon ex et autres calamités" est porté par une écriture pétillante, bourrée de petits jeux de mots et de comparaisons malicieuses – sans compter les scènes cocasses comme le moment où Juliette visite une agence de voyages tout heureuse d'avoir enfin de la clientèle à lessiver. Cette écriture sert à la narration de l'histoire aux couleurs exotiques d'une Juliette qui identifie une nouvelle route rêvée dans sa vie, modeste mais satisfaisante (aurea mediocritas, disait-on naguère...), et, à la manière d'un roman feel-good, trouve les moyens de poursuivre sa légende personnelle (mais que vient faire ici "L'Alchimiste" de Paulo Coelho?). Cela, après une démarche simple et courageuse, tortueuse un peu quand même, invitant à réaménager un peu sa vie pour qu'elle ait davantage de goût...

Marie Vareille, Ma vie, mon ex et autres calamités, Paris, Charleston, 2019.

Le site de Marie Vareille, celui des éditions Charleston.

jeudi 14 décembre 2017

Chloé et Constance: on ne peut s'en passer!

Marie Vareille – Chloé à la fête, Constance pompette. Le ton est donné: "Je peux très bien me passer de toi" est un roman empreint de légèreté, et une excellente chick lit à la française signée Marie Vareille. Fêtes, amours, vie du bon côté, entre Paris, le Bordelais et Londres: le lecteur s'amuse au fil de péripéties exactement orchestrées. Quels sont les secrets d'un tel roman?

Avant tout, le lecteur se retrouve face à des personnages auxquels il croit, sans glamour excessif ni misérabilisme. Au bout de leur vingtaine, Chloé et Constance exercent à Paris l'un de ces "bullshit jobs" (comme dirait David Graeber) qu'on ne sait ni nommer ni expliquer. Au bureau ou ailleurs,  les amours vont bon train: si Chloé collectionne les aventures sans lendemain pour oublier un amour passé qui ne passe pas, Constance vit son "no sex land" depuis (trop) longtemps. D'où un pacte entre amies, qui oblige chacune d'elles à modifier radicalement ses habitudes: démission, déménagement, cours de drague, tout va y passer. C'est là que tout démarre.

Autour d'elles, l'écrivaine a la capacité de disposer des personnages masculins empreints d'humanité, bien mieux que les figures stéréotypées qu'on peut trouver ailleurs. Là aussi, ce sont des gens d'apparence banale, avec leurs qualités et leurs défauts, et l'auteure, en plus de les travailler plutôt en profondeur, a l'art de leur conférer un soupçon d'originalité. Ainsi, mettre un vigneron, Vincent en l'occurrence, dans un roman de chick lit, fallait oser! Cela permet à la romancière d'expédier l'un de ses personnages dans le Bordelais, donc en terre rurale – ce qui dépoussière radicalement les décors d'un genre littéraire a priori citadin. Et, accessoirement, suggère le rêve inavoué de campagne que peuvent avoir certaines gens des grandes villes – un avant-goût du syndrome de la chambre d'hôtes?

Concernant l'action, l'auteure voit grand et dissèque bon nombre de travers et caractères types de la société contemporaine. Ses personnages sont bien de leur temps, en effet: le SMS est un mode de communication prisé, les filles surfent sur Internet au bureau avec une discrétion toute relative, et les aléas des téléphones portables (batterie plate) font partie d'un quotidien dont, de façon plus générale, l'auteure identifie toutes les petites catastrophes avec finesse – jusqu'aux comptes en banque à découvert qui n'empêchent pas de jouer les accros du shopping.

Du côté des mentalités aussi, l'auteure la joue moderne: pour approcher un homme, les Parisiennes mises en scène n'hésitent plus à prendre l'initiative, ou en tout cas à vouloir le faire. A cet égard, si caricatural qu'il soit – il peut rappeler un banal cours d'affirmation de soi appliquée – le cours de séduction pour femmes en déficit assertif est évocateur. D'un autre côté, l'écrivaine sait mettre en avant des sentiments de toujours, l'amour mère-fille faisant écho aux sentiments qu'une femme peut avoir pour un homme, ou pas, ce qui donne des pages émouvantes, pas toujours faciles à vivre pour les personnages: le lecteur va se retrouver plongé tantôt dans un enterrement, tantôt dans un mariage en province qui vire au clash alcoolisé. Tout cela amène Chloé et Constance bien plus loin qu'elles ne l'avaient prévu...

Chick lit au sens noble, "Je peux très bien me passer de toi" est aussi, et cela lui donne de l'épaisseur, un roman où les générations se côtoient, du bébé de Charlotte (une jeune mère qui aime bien mener son monde) jusqu'aux aînés malicieux mais sages – sans oublier cette mère dont le seul regret, à sa mort, est de n'avoir pas terminé de lire "50 nuances de Grey". Tantôt journal, tantôt narration classique qui va vite, c'est aussi un roman porté par le rythme soutenu d'un verbe léger et pétillant, qui prête à sourire à plus d'une reprise, au fil de sorties qui claquent, de comparaisons hyperboliques qui soulignent en rouge (à lèvres) les petits désarrois et les petits bonheurs de Chloé et de Constance.

Marie Vareille, Je peux très bien me passer de toi, Paris, Charleston, 2015.

Le site et le blog de Marie Vareille, celui des éditions Charleston.