Dans "Le fils de l'arbre", le lecteur suit le personnage de Bakari, marié en son absence et à son insu à Bintou, qui a un enfant de son oncle, Youssoufou. Peu désireux de jouer ce jeu qui lui est imposé, il s'enfuit. S'ensuit une errance de quarante ans qui a tout d'une odyssée – la durée l'évoque, mais aussi, par exemple, le chien qui reconnaît son maître à son retour au village.
Cette période d'errance constitue le tissu du roman "Le fils de l'arbre". Elle recèle son lot de péripéties, révélatrices pour le lecteur occidental d'un monde particulier qui fonctionne selon ses propres règles et usages: un sens de l'hospitalité quasi sacré mais qui n'empêche pas les rumeurs, une certaine corruption, et aussi une vision déformée du monde des Blancs, en particulier Faranzi – la France.
On se retrouve ainsi avec l'histoire d'un policier qui rackette un gamin porteur de pépites d'or qui tente de vendre un carton à proximité d'une gare, celle d'enfants qui, face à une situation grave, n'osent pas intervenir parce qu'ils ne sont pas censés être au courant et craignent la sanction, un paralytique maudit qui trimballe une béquille qui, elle-même, recèle son secret. Là où Youssoufou pratique la pêche, qui lui permet de vivre et de faire vivre sa mère, Bakari se met à l'agriculture.
Tout cela est raconté avec le ton flamboyant d'un auteur qui, l'espace de 254 pages qui se savourent lentement pour en apprécier les images et le vocabulaire opulent, nourri encore de régionalismes, développe tout le talent d'un conteur hors pair. Une belle découverte!
Libar M. Fofana, Le fils de l'arbre, Paris, Gallimard/Continents noirs, 2004.
Egalement lu par Yves Chemla.

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