Après une cinquantaine de numéros caractérisés par leur grande taille, en effet, Sept.mook, numéro 53 de la série, se présente sous un nouveau format, plus ramassé que d'ordinaire. Outre les publicités de rigueur dans un média d'information (j'en parlais naguère – l'étude d'Alain Clavien...), le lecteur y trouve mille délices sur le thème du voyage. Ce numéro, en effet, se propose, en partenariat avec l'Union des éditeurs de voyage, de donner à lire des extraits représentatifs de livres rédigés par des écrivains ou des reporters à l'âme bourlingueuse. Les destinations comme les angles sont aussi divers que les auteurs. Et, comme il se doit pour des livres appelés à vivre longtemps, son papier est agréable au toucher.
Concession à l'actualité au sens large (vous avez dit Donald Trump?), c'est un témoignage sur la médecine au Groenland qui ouvre ce recueil. C'est dense, et on trouve dans ces lignes les enjeux d'une politique de soins typique d'un pays peu peuplé qui a choisi, malgré tous les inconvénients que cela peut avoir, la centralisation à la danoise. Quitte à faire du chiffre au détriment du soin... ce que l'autrice, Annie Kerouedan, elle-même médecin en ces terres, constamment désireuse de soigner sans relâche, regrette: c'est "Uummannaq, mon hôpital et ma défaite".
Le lecteur du numéro 53 de Sept.Mook va se retrouver baladé aux quatre coins du monde, généralement dans des recoins où il n'ira guère: la Bolivie et l'Argentine évoquées dans "Remercier la Pachamama" d'Angélique Mangon, les terres Maasai qu'on ne connaît guère que grâce au roman "Le lion" de Joseph Kessel et que revisitent, un brin militantes, les plumes conjointes de Philippe Geslin et Mackrine N. Rumanyika: il y sera question d'excision, de clanisme... et d'émancipation. Et puisqu'il est question de lion, cette rencontre à la Kessel, l'autrice Soline Lippe de Thoisy l'offre, empreinte de ressenti personnel, dans "Le jour où l'Okavango s'est ouvert".
Si les pays abordés sont bien connus du lecteur, les reporters savent y trouver une approche méconnue – on pense à la démarche historique d'Adam Brookes dans "L'exil secret de la Cité interdite", racontant un déménagement patrimonial en Chine, où à "L'Ile aux esprits" de Rosemary Taleb-Rivière, vision atypique de Taïwan. Le voyage est plus intérieur dans "De thé et d'amour" d'Hubert Delahaye, qui laisse résonner dans ses lignes les vibrations d'une cérémonie du thé à la japonaise oscillant entre aisance et rigueur. Enfin, on s'observe avancer sur la glace du Zanskar dans "Zanskar, à pas de glace" de Marie-Laure Vareilles.
La plupart de ces textes sont rythmés par de belles et rares illustrations, choisies pour leur force – il n'est qu'à penser à la couverture du mook. Le rythme fluctue du reste au gré des reportages, jusqu'à l'extrême: le numéro 53 de Sept.Mook se termine sur une intéressante interview, instructive même, de Maylis de Kerangal, menée par Benoît Heimermann. Il est à noter qu'après les très grands et lourds formats des livraisons précédentes, la taille de "presque-poche" de ce numéro 53, né sous un format inférieur à A5, repensé de fond en comble en vue d'un dynamisme accru, permet de l'emporter partout. Par conséquent, le lecteur appréciera la qualité des poignées de minutes de lecture que lui offriront chacun des textes recueillis. Et voilà l'astuce: à l'inverse des articles de presse classiques, les textes réunis dans cette livraison vieillissent bien!
Sept.Mook 53, Villars-sur-Glâne, sept.ch, 2026.
Le site des éditions sept.info (pour commander un numéro, mais aussi pour s'abonner).

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