lundi 2 octobre 2017

Un phare en Uruguay avec Catherine Baldisserri

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Catherine Baldisserri – Un voyage en Uruguay, terre d'humains, entre la capitale et les terres les plus reculées: voilà ce que recèle le premier roman de Catherine Baldisserri, enseignante de langues étrangères. "La voix de Cabo" invite le lecteur à suivre le personnage de Teresa Monti au travers des joies et des peines d'une vie, au milieu du vingtième siècle. Cela, en plaçant la transmission au cœur du propos de ce roman à la fois court et dense.


Fascinant personnage, en effet, et volontaire en diable, que cette Teresa Monti! Entichée d'un gardien de phare, elle le suit jusqu'au bout le plus glacé du monde, et parvient à faire de ce lieu sauvage un espace de civilisation, tout simplement en devenant l'institutrice locale. L'école accueille régulièrement son lot d'enfants, mais le lecteur suivra plus particulièrement "le grand", à savoir Machado, qu'on devine encombré de lui-même derrière son banc d'école. Lecteur d'un livre qui pourrait être "Jonathan Livingstone le goéland" de Richard Bach, Machado va se forger une philosophie de vie qui tranche avec celle de ses semblables.

Mais n'anticipons pas: la vie des Monti est marquée par l'exploitation de restaurants, point de départ mercantile qui tranche avec la vocation d'enseignante de Teresa. L'auteure développe une genèse presque rocambolesque des débuts de la dynastie des Monti, née du culot d'un gamin au temps des premiers championnats du monde de football, disputés en Uruguay, que l'écrivaine décrit comme un apogée national. La fortune arrive, s'en va, revient: à chacun de jouer!

Peintre d'ambiances, la romancière excelle tout particulièrement à décrire les relations entre les pêcheurs qui s'aventurent dans les hautes mers. Décrivant les rituels, recréant avec justesse le langage et les techniques de pêche des marins traquant les loups marins - sans parler des usages managériaux qui y prévalent - elle réussit à recréer de façon crédible un microcosme isolé, qui fait écho aux habitants terriens isolés du hameau de Cabo Polonio. Elle développe aussi ce qui se passe dans les restaurants de Montevideo détenus par les Monti: quelques mots lui suffisent à les positionner, et lorsqu'il s'agit de créer une décoration avant-gardiste sous la férule d'une designer new-yorkaise, elle ne manque pas de montrer ceux qui, dans la clientèle et les observateurs, sont pour... ni ceux qui sont contre.

Reste que la grande histoire, au travers des insurrections mises en scène, trouve aussi sa place dans "La voix de Cabo". Le lecteur suivra donc avec bonheur le personnage de Machado, jeune homme aux épaules de géant, osciller entre l'envie d'apprendre et la volonté d'être l'un des acteurs d'une insurrection locale. Là aussi, l'écrivaine excelle à montrer les rapports de force, et surtout les faux semblants de ceux qui sont en place, c'est-à-dire les patrons, ceux qui exploitent le personnel agricole.

Quelle est, dès lors, cette voix de Cabo, si ce n'est celle de cette Teresa Monti qui a créé une école au milieu de nulle part? Elle va essaimer, et ses élèves ne manqueront pas de lui montrer leur reconnaissance, à leur manière, quoi qu'ils aient pu tirer de son enseignement. Le propos est riche! Il est mis en valeur par une écriture globalement neutre, sans esbroufe superflue, qui donne toute sa place à un récit réaliste bien construit, prometteur d'évasion, et émouvant à plus d'un instant.

Catherine Baldisserri, La voix de Cabo, Paris, Intervalles, 2017.

Le site de l'éditeur. Merci pour l'envoi d'un exemplaire!


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