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vendredi 29 octobre 2021

Les humains et les dunes, un monde de transformations

Maxence Van der Meersch – L'écrivain Maxence Van der Meersch a obtenu le prix Goncourt 1936 pour son roman "L'Empreinte du dieu". On l'a oublié un peu depuis! C'est de son premier roman qu'il sera question dans ce billet de blog. Son titre? "La maison dans la dune". C'était en 1932.

Ce roman assume un côté populaire en montrant sans fard le monde des contrebandiers, ceux qui, Français, font passer du tabac belge vers la France au défi des frontières. Ce monde est personnalisé au travers de Sylvain, qui en fait son métier en jouant à cache-cache avec le personnel des douanes. De ce milieu, l'auteur montre un aspect désenchanté dans "La maison dans la dune", notamment avec des dialogues travaillés au plus près de la vérité, dans un esprit canaille.

Il n'empêche, cependant, que l'auteur fait du milieu des contrebandiers un univers romantique qui incite le lecteur à prendre le parti du brigand Sylvain – qu'on imagine en Lino Ventura, façon boxeur aux poings généreux. Pour ce faire, il montre un univers familial atypique, fait en particulier d'une épouse tirée du monde des bordels, nommée Germaine, qu'on voit évoluer avec le poids d'une reconnaissance trop lourde et qu'il lui faut assumer.

Sont-ils heureux en ménage, ces gens? Entre un homme qui vit de nouveaux sentiments au gré des rencontres et une femme qui ressent des émois envers un policier vigoureux, l'auteur dessine les différends liés aux aspirations du couple amoureux. 

Côté homme, Sylvain se retrouve ému face à une très jeune fille, la sage Pascaline, qui lui rappelle implicitement les fondamentaux de la vie: cultiver la terre, s'occuper de soi. De l'autre côté, force est de constater que Germaine, prostituée délivrée du pavé par Sylvain, est aussi l'épouse de ce dernier. Ce qui le place, de manière atypique, dans le questionnement classique: pour un homme, une femme, est-ce une Lilith, une Eve? Femme présentée comme inévitablement vénale, ancienne prostituée sauvée du caniveau par Sylvain, Germaine regarde-t-elle simplement ce dernier comme une banque? On la sent tendue entre l'envie d'un autre homme, l'agent Lourges, et le besoin de rester à sa place, qui est sûre.

Il y a dans "La maison dans la dune" la mise en scène des rapports entre les uns et les autres. L'homme domine la femme, cela paraît évident dans un contexte naguère dessiné par et pour les hommes: "C'est affaire aux hommes", lit-on pour en finir dans un vigoureux dialogue en page 29. Ce rapport de domination apparaît aussi lorsqu'il est question du lien avec les animaux: l'écrivain réserve de fort belles pages au chien de Sylvain, relatant la tendresse hors de l'ordinaire qui rapproche la bête et l'humain. On touche à la symbiose, et c'est de façon claire, dépourvue de pathos, que l'écrivain dessine, en particulier au chapitre IV, le lien qui relie l'homme à l'animal. Un animal dont l'auteur, conscient de la richesse des relations par-delà les espèces, décrit généreusement le dévouement, jusqu'à la mort de la bête.

Le lecteur note enfin qu'au fil de son intrigue, l'auteur de "La maison dans la dune" fait émerger comme une constante les changements que les humains subissent. Tout commence avec le titre, qui suggère qu'il y a des dunes, mouvantes. Ainsi la géographie devient-elle le reflet des corps, malmenés par l'âge ou par une vie violente.

C'est bien de Sylvain qu'il sera question avant tout dans "La maison dans la dune", avec ses transformations et ses doutes. Ses chiens, considérés comme des auxiliaires, viennent s'ajouter à son jeu, à telle enseigne qu'ils sont présentés comme des humains à part entière au gré des pages. Cette vision est-elle valable? Placé dans un monde bien situé au nord de la France, "La maison dans la dune" est un roman finement ciselé qui, sous des aspects faussement ordinaires, donne à voir ce que vivent les humains, entre peines et joies.

Maxence Van der Meersch, La maison dans la dune, Paris, Bibliothèque Albin Michel, 2007.

Lu par Christine, Exulire




Lu dans le cadre du défi "Cette année sera classique" avec Délivrer des livres et Vivre Livre.



2 commentaires:

  1. Merci pour cette nouvelle participation. Son nom me dit quelque chose, mais je n'ai jamais rien lu de cet auteur.

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    1. Ce fut une belle découverte pour moi aussi - dans un esprit à la fois populaire et très bien travaillé, façon réaliste. Je l'ai reçu il y a plusieurs années dans le cadre d'un troc, d'une ancienne blogueuse domiciliée dans le nord de la France.
      Encore merci pour ce défi!

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