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jeudi 16 août 2018

Six personnages en quête d'un supplément d'âme, une nuit à Beyrouth

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Diane Mazloum – Beyrouth, un soir de coupe du monde de football en 2010: on joue Allemagne-Ghana. Le match est anecdotique, c'est un match de poule, mais il teinte l'ambiance. Sur ce fond, six personnages jeunes vivent leur vie cette nuit-là, entrecroisant leurs destins d'êtres humains doués de sentiments. C'est l'histoire de "Beyrouth, la nuit", premier roman de Diane Mazloum.

La première séquence met en scène Marylou. Son copain est parti avec une autre, une danseuse russe désireuse de faire carrière, alors que son nouveau compagnon aimerait plutôt la fixer et fonder un foyer. Particularité: cette danseuse apparaît sur des annonces contre le cancer du sein. Le ton est donné: on s'aime, on se quitte, mais les amours vous hantent toujours. Quant aux mentalités, elles s'entrechoquent dans une ville qui est un personnage à part entière de ce roman.


Beyrouth, entre passé marquant et modernité hors sol
Connaît-on bien Beyrouth, en effet? L'écrivaine en donne une vision approfondie et impressionniste. Elle souligne les marques de l'histoire, par exemple les carcasses d'immeubles ruinés par les bombardements et les bâtiments coloniaux qui subsistent. Les noms des rues sont cités également, rappelant, parce qu'elles portent les noms de gens illustres, les personnalités qui ont marqué le passé de la ville. Des gens pas forcément libanais, Weygand par exemple...

Ce passé marquant fait écho à la modernité creuse, hors sol, que vivent les jeunes gens mis en scène par l'écrivaine: téléphones portables, téléviseurs à écran plat, rien ne saurait manquer. Les lumières de la ville n'ont pas toujours un sens évident... Enfin, l'auteure montre Beyrouth comme un carrefour des cultures, avec cette image forte des cloches qui sonnent en même temps que le chant du muezzin.

Des personnages de caractère
Amours et solitudes: un tel cocktail exige de la part de l'écrivaine une écriture qui met tous le sens en éveil. Et c'est gagné: on décrit ce que l'on voit, mais aussi ce que l'on sent, avec par exemple ces flacons de parfum cassés dans le lavabo d'un hôtel. On se caresse aussi; et l'on se dégoûte du petit-déjeuner copieux préparé par la bonne, ou alors on boit des verres. La musique est présente aussi, avec quelques tubes internationaux comme "Alabama Song" dans la version de David Bowie: ces airs trottent longtemps dans la tête du lecteur.

Quant aux interactions entre les personnages, elles sont celles qui peuvent intervenir entre des personnages aux caractères forts, donnant l'impression constante d'une guerre amoureuse. Cette surenchère de vannes et de trucs de drague peine à masquer la solitude, qui affleure cependant, par exemple lorsque tel personnage ne sait plus à qui téléphoner pour sortir ou lorsqu'un dialogue met à nu l'impossibilité d'un amour pourtant sincère. La romancière passe de l'un à l'autre au gré de chapitres courts, ce qui confère de la force et du rythme à "Beyrouth, la nuit". Et puis, il y a cette artiste, Nara, morte dans le feu d'un crash aérien: a-t-elle été la dernière amante d'un autre des personnages en présence?

Porté par une écriture d'apparence sobre mais chargée de sensualité en fait, "Beyrouth, la nuit" est ainsi le portrait d'une certaine jeunesse, brossé au travers de six personnages en quête d'un supplément d'âme. Cette jeunesse est parfaitement ancrée dans la modernité mais peine à trouver ses marques, dans un contexte d'apparente libéralité citadine: ni les portables, ni le football (vécu par procuration: le Liban n'était pas en phase finale des championnats du monde de football en 2010) ne peuvent masquer une certaine vacuité de vie. Tout cela, au cœur d'une cité meurtrie à laquelle l'écrivaine offre une ambiance convaincante au cœur d'une nuit d'été.

Diane Mazloum, Beyrouth, la nuit, Paris, Le Livre de Poche, 2015. Première publication Paris, Stock,  2014.

Le site du Livre de Poche, celui des éditions Stock.

4 commentaires:

  1. Un roman qui se déroule à Beyrouth et qui parle de sa jeunesse, c'est assez rare pour que je ne m'y intéresse pas. Merci pour cette découverte !

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  2. Je t'en prie! Je te souhaite un bon voyage dans la nuit de Beyrouth!

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  3. Un constat un peu désespérant sur l'avenir du pays.

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    1. Juste un constat sur l'actualité, plutôt. Avec six personnages qui cherchent à vivre.

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