Pages

mercredi 8 janvier 2020

Shemsi Makolli, la nature et l'amour en poésie

Mon image
Shemsi Makolli – D'origine kosovare, écrivain entre deux langues et deux cultures, le poète Shemsi Makolli a su trouver sa place en Suisse romande, par la singularité de son verbe et par le choix des thèmes abordés. En deux parties, "Élégie d'automne" est un recueil en vers libres et aisés, d'emblée écrit en français, qui oscille entre philosophie et amour, avec quelques interrogations adressées à la religion. Tout cela, Bertil Galland le résume de façon très juste; mais comme il y a plusieurs façons de voir juste face aux résonances des poèmes, il vaut la peine d'y aller voir et de partager une autre expérience de lecture.


Force est de constater, dès le départ, une volonté d'organisation formelle: l'auteur ne se contente pas d'aligner des perles pour espérer en faire un collier correct. Non: "Une porte de l'âme", premier texte du recueil, fait figure de poème liminaire et joue le rôle de "captatio benevolentiae". L'auteur assume un petit côté racoleur ici, c'est de bonne guerre; mais ce texte recèle un élément qui va traverser en tout cas toute la première partie du livre: le jeu sur les images florales – et plus largement naturelles.

Avec une juste précision, il est question en effet, au fil des poèmes, d'un corbeau, d'un lièvre ou d'une limace baveuse, voire des feuilles mortes, auxquelles le poète consacre tout un poème, "Discussions de feuilles": les voilà personnalisées, douées de parole. L'auteur place ici, de plus, des poèmes qui rappellent l'Iliade, et en particulier le cheval de Troie. Telles seront les évocations de la guerre dans ce recueil, écrit par un auteur concerné: de beaux yeux glacés valent-ils la peine qu'on prenne les armes? Nature encore... mais humaine cette fois. Ce qui ouvre la porte aux réflexions philosophiques, qui traversent le recueil.

La seconde partie de "Élégie d'automne", centrée sur l'amour, paraît plus particulièrement personnelle. Baudelairienne aussi, si l'on laisse résonner "Ton âme est un sacré temple" (p. 49) avec le célèbre premier vers de "Résonances" de Charles Baudelaire: "La nature est un temple où de vivants piliers...". L'auteur sait dès lors saisir les instants des sentiments, les ressentis, les inquiétudes. De façon classique peut-être, mais revisitée avec soin, le poète joue les anaphores dans "Il paraît" (p. 62) pour dire l'indicible amour. Un amour qui s'autorise soudain à dire "nous", ici, et "tu", ailleurs. 

Alors, on est certes dans l'écriture de sentiments adressés par un poète homme qui se sent tout petit face à une femme aimée: "Tu étais belle et innocente..." (p. 54). Mais attention: par le biais d'un accord de participe passé sans doute voulu ("fâché à vie", p. 65), le poète entrouvre la porte de son cycle de poèmes à des ressentis qui ne sont pas forcément ceux d'un homme à l'égard d'une femme. Une seule lettre paraît ainsi ouvrir la porte à l'expression d'une universalité de l'amour qu'on veut exprimer. Universalité dans le temps ("Amants éternels"), mais aussi dans le vécu du sentiment!

Ainsi, pour décrire des ressentis de toujours, le poète opte pour des images intemporelles, habilement mises en évidence pour dire qui a le droit de se dire parfait et comment il peut être indéfiniment amoureux. Cela, en convoquant des images intemporelles et des mythes de toujours.

Shemsi Makolli, Elégie d'automne, Vevey, L'Aire, 2019. Postface de Bertil Galland.

Le site des éditions de l'Aire.

2 commentaires:

  1. Ça a l'air beau et ça pourrait bien me plaire à en lire ta chronique !
    Merci pour la découverte.
    A bientôt

    RépondreSupprimer

Allez-y, lâchez-vous!