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lundi 8 mai 2017

De la boxe aux migrants albanais, un micro-roman d'actualité par Bessa Myftiu

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Le site de l'éditeur - merci pour l'envoi.

Quand on est jeune, on a envie de cogner. En Albanie, c'est pareil. On peut être révolté contre un système politique qui vous brime, ou simplement féru de boxe. Et il est permis aussi d'être sensible, de se dire qu'on ne peut pas dire maman, parce que "c'était trop tôt". C'est entre ces approches, caractéristiques d'un adolescent qui se cherche, que l'écrivaine Bessa Myftiu situe son micro-roman "Dix-sept ans de mensonge", publié dans la collection spécialisée "Uppercut" de l'éditeur BSN Press.

De bout en bout, le dialogue tient une place prépondérante dans ce petit texte d'une cinquantaine de pages. On comprend aisément le fin mot de ce besoin d'échange entre les deux personnages: il s'agit de créer un lien entre Elsa, qui vient de sortir de prison et trouve un point de chute chez des connaissances, et Armand, qui veut tout savoir, quitte à poser des questions apparemment gênantes - qui pourraient être celles d'un enfant naïf. Armand et Elsa: ce sont deux personnages clés qui portent des prénoms pas du tout albanais, même s'ils vivent au coeur du pays. Ils ont un nom, et c'est important. L'auteure les distingue ainsi des autres: les sans-nom qui agissent en arrière-plan, et Vassil, également nommé, pièce clé d'un puzzle généalogique.

Il est question de boxeurs dans "Dix-sept ans de mensonge". Cela n'a rien d'évident dans l'Albanie héritière d'Enver Hoxha (nous sommes en 1991), qui avait interdit ce sport réputé violent. Le pratiquer a donc forcément quelque chose de subversif - à l'instar de l'activité d'un poète qui, par vocation, met au jour les failles d'une société. En l'occurrence, en rapprochant le noble art et un régime communiste qui a la gâchette facile face à ses opposants, l'écrivaine soulève un paradoxe qui suggère l'hypocrisie d'un régime mortellement violent avec ses citoyens, mais refusant à ceux-ci une forme stylisée de démonstration de force.

A travers l'Albanie et ceux qui cherchent à la fuir au péril de leur vie, l'auteure dessine par ailleurs des situations d'une brûlante actualité. Peignant un navire surpeuplé de migrants désireux de quitter l'Albanie ingrate (même si les villes de Vlora et Korça ont leur caractère et leurs agréments, que l'écrivaine esquisse) pour l'Italie réputée plus amène, en effet, elle dessine, à une autre échelle, le récit des migrants qui déferlent aujourd'hui d'Afrique ou d'Asie vers l'Europe à bord d'embarcations de fortune. Le lecteur de "Dix-sept ans de mensonge" ne peut s'empêcher d'avoir de l'empathie pour Elsa et Armand, embarqués puis parqués dans un stade de football du côté des Pouilles, faute de mieux parce que le pays est débordé. L'auteure y est pour quelque chose, montrant un bateau prévu pour quelques centaines de personnes finissant par accueillir vingt mille migrants, interdits d'accueil à Brindisi dans un premier temps. La mort est le lot de bon nombre de passagers...

Et puis il y a le salut: la boxe est un sport de combat aussi, certes stylisé, mais qui peut servir pour des cas sérieux. C'est au terme d'un match que tout bascule, sur une seule réplique, à la fois naturelle et forte: "C'est toi, Elsa? La femme de Vassil? Vous avez donc eu un fils?" Un basculement qui a la force d'un uppercut, donnant à un récit qui, commencé sur le ton à la fois aimable et dérangeant d'une complicité qui se construit dans un cadre trop serein et conventionnel pour être honnête, devient soudain une quête avide de la vérité pour un Armand qui en est assoiffé. Et c'est là que le titre prend tout son sens...

Bessa Myftiu, Dix-sept ans de mensonge, Lausanne, BSN Press, 2017.

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